BESS : Sécuriser les fondements de la valeur avant toute décision d’investissement

 Florence Anglès

Les systèmes de stockage d’énergie par batteries (BESS) sont aujourd’hui largement reconnus comme des atouts essentiels de la transition énergétique. Ce point ne fait plus débat. En revanche, la manière dont leur valeur se concrétise en pratique est plus complexe. Contrairement aux infrastructures traditionnelles, il n’existe pas de source de revenus unique qui assure leur pérennité. La valeur provient généralement d’une combinaison de services, de stratégies d’optimisation, de la dégradation des performances et des conditions réglementaires – autant d’éléments qui n’évoluent pas nécessairement de façon linéaire ou prévisible. Cela crée une situation inédite dans le cadre d’une opération de fusion-acquisition.

Il ne s’agit pas d’acquérir un bien stable, mais un système qui évolue avec le temps. Certains aspects peuvent être modélisés, mais une part importante dépend de l’évolution réelle de la situation – sur le plan technique, commercial et réglementaire.

La question n’est donc pas seulement de savoir si le modèle fonctionne sur le papier. Il s’agit plutôt de comprendre où il commence à se fragiliser. En pratique, l’évaluation des risques consiste moins à énumérer les problèmes un par un qu’à se forger une opinion, certes imparfaite, mais cohérente, sur la validité réelle du projet d’investissement. Et finalement, cela devrait permettre de répondre à une question assez simple : faut-il aller de l’avant, renégocier ou reculer ?

 Garantir la viabilité structurelle : protéger les fondements de la VAN

Avant d’examiner la performance, une question essentielle doit être posée : le projet a-t il un droit solide et exécutoire sur la création des flux de trésorerie ?

Lors d’une opération de « M&A » dans le domaine des systèmes de stockage d’énergie par batterie (BESS), les risques les plus préoccupants ne sont pas ceux affectant les marges, mais plutôt ceux touchant aux bases juridiques, techniques et/ou réglementaires du projet. Ceux-ci sont essentiels à l’existence, à la durée, et à l’exécution des flux de trésorerie futurs et ont donc un impact direct sur la valorisation. Il ne s’agit pas ici d’optimiser les rendements, mais de s’assurer que la valeur peut exister.

Accès au réseau et certitude d’interconnexion

Pour un système de stockage d’énergie par batterie (BESS), l’accès au réseau va au-delà d’un simple critère technique ; il représente le levier économique par lequel transitent tous les revenus.

Les principaux facteurs de risque sont les suivants :

  • Droits de raccordement au réseau conditionnels ou révocables,
  • Clauses de limitation de production sans compensation,
  • Dépendance au renforcement du réseau en amont.
  • Exposition à la congestion future du réseau.

Sans droits d’interconnexion fermes et transférables, les revenus projetés restent largement hypothétiques.

Du point de vue de l’évaluation, la fragilité du réseau affecte :

  • La durée des flux de trésorerie,
  • L’éligibilité aux services auxiliaires,
  • La viabilité à long terme de l’actif.

Si l’accès au réseau est incertain, le numérateur de l’équation de la VAN devient spéculatif. Dans ce contexte, la simple modification du taux d’actualisation ne remédie pas aux insuffisances structurelles. Il est essentiel de s’attaquer au risque dès son origine, ou bien de revoir l’investissement.

Stabilité réglementaire et éligibilité au marché

Les projets des systèmes de stockage d’énergie avec des batteries (BESS) évoluent dans un contexte réglementaire en évolution. Les règles des marchés, les systèmes de rémunération, ainsi que les exigences en matière de code de réseaux peuvent changer avec le temps, parfois considérablement.

Les questions clés sont les suivantes :

  • L’actif est-il préqualifié pour les services auxiliaires prévus ?
  • Toutes les exigences de conformité sont-elles pleinement respectées ?
  • Une évolution de la réglementation pourrait-elle affecter l’éligibilité aux revenus ou les contraintes opérationnelles ?

L’incertitude réglementaire n’affecte pas seulement la capacité potentielle de croissance, elle peut même avoir un impact direct sur la capacité de l’actif lui-même à contribuer au marché.

Dans ce contexte, les risques doivent être évalués au-delà de la situation actuelle, en tenant compte la capacité de résistance du projet face aux différents scénarios réglementaires.

Autorisations, droits fonciers et cessibilité

Dans le cadre de la fusion et acquisition des systèmes de stockage d’énergie par batteries (BESS), il est important de souligner que la transférabilité juridique n’est pas un détail, mais un élément clé pour créer de la valeur. La capacité à transmettre les permis, les droits fonciers et les engagements contractuels à l’acheteur conditionne directement la transition du projet de la phase de développement à celle de l’exploitation.

Au premier abord, les permis et autorisations paraissent complets. Cependant, leur solidité dépend de leur validité, de leurs conditions et, surtout, de leur cessibilité. Toute incertitude à ce stade introduit un risque d’exécution souvent sous-estimé lors de l’audit préalable.

Des charges cachées peuvent inclure des recours non réglés, des permis conditionnels, ou des obligations originales concernant le promoteur. Ces facteurs peuvent avoir un impact considérable sur l’opération. Ces questions ne sont pas toujours clairement visibles sur le plan documentaire, mais peuvent avoir des implications opérationnelles immédiates.

En pratique, ces risques peuvent entraîner :

  • La reprise de certaines étapes du développement,
  • Des litiges ou des difficultés administratives,
  • Des retards dans la mise en service commerciale.

Le temps est un facteur déterminant dans les investissements d’infrastructure. Les retards réduisent la VAN par le biais des effets d’actualisation, tandis que l’incertitude juridique accroît le risque perçu et, par conséquent, le rendement exigé. Dans ce contexte, l’imprécision quant à la transférabilité des permis constitue une source classique d’érosion de la valeur.

Modèle de livraison et architecture contractuelle

La solidité d’un projet de système de stockage d’énergie par batteries (BESS) dépend surtout de la cohérence entre son modèle de mise en œuvre et son cadre contractuel. Même si les contrats semblent complets, leur succès tient beaucoup à leur adaptation aux exigences techniques et au fonctionnement réel.

Un problème qu’on oublie souvent dans ce domaine, c’est l’usure des batteries. On la considère souvent comme un simple aspect technique, mais elle a un impact direct sur les finances. Avec le temps, la capacité et l’efficacité des batteries baissent, ce qui diminue aussi leur capacité à générer des revenus. Si on ne prend pas bien ça en compte dans l’analyse des investissements, on risque de surestimer les performances attendues.

Ceci soulève naturellement la question du remplacement. En effet, les composants clés (notamment les batteries et les conteneurs) nécessiteront des remplacements au cours du cycle de vie du système. Ces interventions peuvent engendrer des coûts supplémentaires, des contraintes opérationnelles et des temps d’arrêt potentiels. Par conséquent, dans un environnement aussi isolé ou complexe, les difficultés logistiques liées à ces remplacements peuvent contribuer significativement à l’augmentation des coûts et de la complexité.

Les questions liées à la fin de vie sont souvent mises de côté. Que ce soit pour le recyclage, la valorisation ou la réutilisation, ces aspects peuvent avoir un impact sur la valeur résiduelle et doivent donc être considérés dès le début. Ne pas en tenir compte peut donner une vision partielle de la rentabilité du projet. De plus, gérer la dégradation des batteries demande plus qu’une simple amélioration technologique. Il faut aussi penser à garder leur valeur sur le long terme. Un bon investissement ne tient pas seulement dans des conditions parfaites, mais aussi en tenant compte des contraintes réelles d’utilisation. Il est donc important d’anticiper la dégradation et ce qu’elle implique pour assurer une protection durable.

Les responsabilités entre les différents acteurs – intégrateur système, fournisseur d’onduleurs, fournisseur de services de gestion de l’énergie et prestataire de maintenance – sont souvent floues dès le départ.

Sur le papier, cela semble gérable, mais en réalité, ça peut causer des problèmes de performance voire des conflits une fois le système en marche. Les contrats ne couvrent pas toutes les situations possibles. Si la mise en service ne reflète pas exactement le fonctionnement réel, des trous apparaissent. Avec le temps, ces lacunes deviennent des risques supportés surtout par l’investisseur.

Ces risques ont des conséquences bien réelles. Ils peuvent retarder la mise en service opérationnelle, perturber le fonctionnement dans les premiers mois, ou affecter l’efficacité des protections mises en place. Un contrat mal conçu ou peu solide augmente la probabilité que ces risques deviennent concrets, au lieu de rester théoriques.

Mais avoir un bon contrat ne suffit pas. Ce qui compte vraiment sur la durée, c’est la performance quotidienne du système. En pratique, la réalité opérationnelle diffère souvent des hypothèses prises lors de la conception. Il est donc essentiel de bien suivre les performances en continu et de repérer rapidement les écarts. Cela aide à détecter des problèmes avant qu’ils ne deviennent graves.

C’est d’autant plus vrai pour des installations dans des lieux isolés ou difficiles d’accès, où intervenir prend du temps. Là, même un petit souci peut vite devenir un gros problème s’il n’est pas repéré à temps. Sans un suivi efficace, les baisses de performance – que ce soit en disponibilité, efficacité ou production – ne seront souvent visibles que quand elles auront déjà affecté les revenus. Le suivi ne devrait pas être vu juste comme une fonction technique, mais comme un outil clé pour gérer les risques et protéger la valeur de l’actif.

Les contrats sont par nature incomplets. Or, des modèles de prestation mal adaptés amplifient l’exposition aux risques résiduels et transforment l’incertitude opérationnelle en capital. En définitive, garantir la performance continue d’un actif dans le temps ne se limite pas à la capacité d’observer, de comprendre et de gérer son comportement en conditions réelles. En ce sens, le suivi n’est pas une option : il est indispensable.

Sécurité et assurabilité

Les emballements thermiques, les incendies et les défaillances de sécurité plus générales représentent des risques peu fréquents mais à fort impact. Bien qu’ils puissent paraître lointains, leurs conséquences peuvent être graves et immédiates.

Outre l’atteinte à la réputation, de tels événements peuvent entraîner :

  • L’arrêt définitif de l’installation,
  • Le retrait de la couverture d’assurance,
  • L’exclusion du réseau électrique,
  • Une dépréciation significative de l’installation.

Il ne s’agit pas de risques marginaux. Ils peuvent modifier fondamentalement les flux de trésorerie futurs et les hypothèses de valeur résiduelle. C’est pourquoi la sécurité doit être considérée comme un élément fondamental de l’investissement et non comme une simple question opérationnelle.

Un processus de diligence raisonnable rigoureux doit donc évaluer :

  • L’historique technologique et d’exploitation,
  • L’adéquation des systèmes de détection et d’extinction d’incendie,
  • L’étendue et la solidité de la couverture d’assurance,
  • La conformité aux normes relatives aux infrastructures critiques et à la sécurité.

En définitive, le risque lié à la sécurité n’est pas un détail technique. C’est une question de préservation du capital.

Conclusion

À ce stade, on ne parle pas encore de performance, mais plutôt de vérifier si le projet est vraiment solide. Si les fondations sont fragiles, la valeur n’est qu’une théorie. Une fois ce constat fait, la question évolue. Ce n’est plus seulement une question de savoir si la valeur peut être créée, mais plutôt si elle peut perdurer dans le temps, dans un environnement qui, par nature, est instable.

C’est ce sujet que je vais explorer dans ma prochaine chronique.

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