Jean-Jacques Pluchart
La hausse du pétrole brut de plus 70% au cours des six derniers mois modfie- t- elle l’équation de la transition énergétique mondiale ? Le remplacement des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) par des énergies alternatives (solaire, éolien, biomasse), est en principe régi par leurs cours différentiels. Le niveau de 105-110 $ atteint en mai 2026 par le baril de pétrole brut (brent) devrait en principe rendre compétitives la plupart des énergies nouvelles, et les risques de pénuries entrainées par la fermeture du détroit d’Ormuz devrait inciter les pays européens et asiatiques à promouvoir leurs sources domestiques d’énergie.
Malgré ces incitations, les décideurs des entreprises les plus consommatrices d’énergie semblent encore hésiter à engager les investissements à long terme nécessaires à chaque maillon de la chaine de création de valeur des différentes sources d’énergie : production, transport massif, distribution, consommation. Les cours boursiers des parties prenantes de ces chaînes restent encore sous-valorisées par rapport à ceux des groupes dominants des filières d’énergies fossiles. Les gouvernements des pays consommateurs tardent à mettre en œuvre des plans massifs de soutien du développement des énergies alternatives.
Ces hésitations trouvent différentes explications. La volatilité des cours du pétrole brut et du gaz naturel est due à l’incertitude pesant sur les issues des conflits ukrainien et iranien. Une chute significative des cours consécutive à leur règlement compromettrait la rentabilité des projets engagés dans les filières énergétiques alternatives. Les investisseurs seraient-ils soumis à la théorie des jeux et à sa loi du minimum regret ? Dans les pays les plus endettés, comme la France, la marge de manœuvre pour soutenir l’offre et la demande d’énergie reste limitée. Le financement des investissements verts reste freiné par l’incertitude pesant sur leur rentabilité à long terme, sur les sources d’approvisionnement étrangères de certains composants et sur leurs infrastructures d’approvisionnement, comme dans le cas des voitures électiques et des panneaux solaires.
Pour l’ensemble de ces raisons, si les derniers conflits contribuent à modifer les stratégies des acteurs privés et publics impliqués dans la transition énergétique, leurs issues improbables et l’inconstance des politiques publiques ne permettent pas d’en percevoir encore tous les effets.


