Le professeur Yao Assogba se livre à une réflexion originale sur le Panafricanisme et la Françafrique. Il rappelle les origines des mouvements panafricains initiés en 1900 par Henry Sylvester-Williams de Trinitad, influencés par Rosa Louis Mc Karly et par Martin Luther King, puis développés par Marcus Aurelius Mosiah Garvey (1887-1940), qui a fondé la doctrine Race First et le projet Back to Africa, et par William Edward Burghhardt Du Bois (1863-1963), qui a défendu la cause de « l’Afrique aux Africains ». Ces deux courants ont été réunis dans la pensée de Kwame Nkruma (1909-1970), premier président de la république du Ghana, auteur du livre Africa must unit.
Le « Nkumanisme » est un mouvement politique ayant pour objectifs l’indépendance complète des États africains et la création d’États-Unis d’Afrique sur le modèle des États-Unis d’Amérique. Il s’oppose à toutes formes de néo-colonialisme et se réclame d’une idéologie matérialiste et de socialiste, conjuguant traditions africaines et modernité occidentale. Il repose sur des « principes humanistes et égalitaires ». Il repose sur l’idéal- type de l’homo africanus politique nouveau ». Le mouvement a encore une certaine influence sur les populations et surtout sur la jeunesse africaine, notamment dans le cadre de l’Alliance des États du sahel, composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger).
Yao Assogba applique la démarche sociologique préconisée par Max Weber pour analyser le système de la Françafrique mis en place par la France en 1960 lors de la déclaration d’indépendance des États d’Afrique de l’Ouest, de l’Est et des Grands Lacs (soit 400 millions d’habitants et 8 millions de km2), ayant fait partie des l’Empire colonial puis de la Communauté française. Le système repose sur la reconnaissance de l’indépendance de chaque État et la mise en place d’un « pacte post-colonial » comportant plusieurs formes de coopération industrielle (l’exploitation des ressources et les commandes publiques), économique (le franc CFA, l’exclusivité de certains échanges commerciaux…), géopolitique (la représentation des États africains par la France dans certaines instances internationales) et culturelle (la francophonie).
L’auteur esquisse en conclusion une analyse de la situation actuelle de l’ex Afrique francophone , à partir des verbatims des certaines personnalités françaises engagées dans les conflits au Sahel. Il constate que le Nkrumanisme recule face aux avancées des mouvements islamiques, de l’Iran, de la Russie et de la Chine.
Yao Assogba est professeur émérite en sociologie à l’Université Laval (Canada) et titulaire de la Chaire de la francophonie.
Jean-Jacques Pluchart


