L’objet du livre d’Éric KESLASSY et Christophe RODRIGUES est de démontrer par des analyses historiques et économiques, comment la coopération économique des nations, qui se voulait garante d’une paix entre les états, est aujourd’hui « fragmentée ».
Les effets de la mondialisation ont eu des effets notoires sur la démocratie. Dernièrement, le conflit russo-ukrainien a modifié l’organisation de la mondialisation, celle-ci tend vers un « mouvement de mondialisation entre amis » : les échanges internationaux s’organisent en fonction des affinités géopolitiques, freinant la croissance économique mondiale et entrainant l’inflation à la hausse.
Ensuite, le livre revient plus précisément sur l’histoire de la mondialisation à travers les différents accords et traités. Fondés sur la coopération internationale, ces accords se sont opérés afin de mettre en place un ordre multilatéral sur le plan monétaire et commercial : la mise en place de l’étalon-or en 1870, les accords de Bretton Woods en 1944 pour organiser le nouveau système monétaire international après la seconde guerre mondiale. Les Etats-Unis sont devenus ainsi les créanciers du monde, et en ressortent avec une très nette domination économique, avec le dollar en devise clé. Puis viendra l’accord du GATT en 1947 pour réduire les douanes et stimuler le commerce mondial avant la création de l’OMC en 1995.
Une nouvelle période s’ouvre avec l’hyperglobalisation, de 1990 à 2007, avec l’entrée de la Chine et de l’Inde. Durant cette période, l’économie américaine est frappée par le « choc chinois » et la désindustrialisation. Avec le temps, les conséquences sur le plan économique et social ont généré des inégalités au sein des populations au niveau mondial, créant ainsi des conditions favorables à la montée du populisme. L’histoire révèle que le protectionnisme de Donald Trump s’inscrit dans une tradition américaine ancienne : dès leur indépendance, les États-Unis ont toujours cherché à protéger leurs industries face à la concurrence étrangère.
Le multilatéralisme de l’OMC semble aujourd’hui ne plus répondre aux intérêts et à la vision des Etats membres. L’hyperglobalisation étant allée trop loin, de nombreux accords commerciaux régionaux se sont mis en place (380 en vigueur notifiés à l’OMC).
Face à cette mondialisation fragmentée, l’Europe doit retrouver une souveraineté industrielle pur faire face au protectionnisme américain et au « rouleau compresseur chinois ». Dans la dernière partie du livre, les auteurs proposent deux axes majeurs de réflexions sur la réindustrialisation du continent et la décarbonation accélérée de son système productif.
Un livre à la fois économique et historique, offrant au lecteur une analyse approfondie des déséquilibres mondiaux qui pèsent sur l’Europe, afin qu’elle puisse reprendre en main son avenir économique et politique.
Éric KESLASSY est docteur en sociologie économique (Paris-Dauphine). Après avoir longtemps enseigné l’économie et la sociologie à Sciences po, il est professeur d’économie et de sciences sociales en classe préparatoire à La Prépa Autrement (LPA).
Christophe RODRIGUES est professeur de chaire supérieure en économie et en sciences sociales. Il enseigne en classe préparatoire au lycée du Parc de Lyon et dans le CPES de l’École normale supérieure de Lyon.
Note de lecture réalisée par Sophie FRIOT


