La lecture de l’ouvrage sera particulièrement utile aux futurs candidats aux élections de 2027, car la dérive de la dette publique française a atteint un niveau tel que sa seule stabilisation exige des réormes de plus en plus techniques et radicales. Les auteurs montrent clairement que les dérapages de la dépense publique et des prélèvements obigatoires résultent de compromis ou de non-décisions politiques de la part des gouvernements de droite comme de gauche. La rétrospective couvre la période de 1958 à 2025, marquée par quatre séquences : de 1958 à 1980 (l’équilibre, clé de la Ve République) ; de 1981 à 1997 ( le déséquilibre, nouvelle norme), de 1997 à 2007 (l’équilibre collectif européen, garde fou fragile) et depuis 2007 (équilibre, crises, déséquilibre). Chaque séquence comporte trois phases, qui dévoilent des aspects méconnus de l’histoire budgétaire française, comme le décrochage budgétaire postérieur au choc pétrolier, le « tournant de la rigueur » en 1983, qui n’a eu de rigueur que le nom; les raisons de l’échec du « plan Juppé » de 1995 ; les erreurs de prévsiosn macroéconomiques, notamment en 2025…
L’étude montre clairement que les gouvernements successifs, quelque soit leur tendance politique, ont pris – ou n’ont pas pris – certaines décisions , qui ont eu des effets préjudiciables à long terme sur les finances publiques. La dérive des dépenses est due notamment à l’augmentation des dépenses publiques, dont les effectifs (estimés à 5,9 millions au début de 2026) dans les fonctions d’Etat, territoriale et hospitalière, ont progressé de plus de 20% au cours des 20 dernières années, contre 15% pour l’ensemble de la population française. La multiplication des aides sociales par différents canaux (notamment celui des niches fiscales), la décentralisation de certaines fonctions de l’Etat aux collectivités locales et la contribution de la France au budget communautaire puis européen, ont été de plus plus difficilement maîtrisables.
La France a ainsi atteint le taux de prélèvements obligatoires (avec des rendements de plus plus décroissants) le plus élevé de l’OCDE. Les auteurs concluent en affirmant que l’endettement a atteint un « point limite » et que tout redressement sera d’autant plus difficile en raison de l’instabilité politique du pays.
Jean Dubertret a été conseiller du 1er Ministre, haut fonctionnaire à l’Inspection des Finances et expert au FMI. Nicolas Ragache est chef ééconomiste de l’AFEP après avoir été conseiller ministériel.


