L’auteur constate que les pays africains sont plus que jamais confrontés au défi de la modernité afin de tenir leur place dans le concert des nations. Il soutient que la modernité africaine ne peut reposer que sur la croissance, la consommation et l’innovation technologique, qui fondent la modernité occidentale. Il est conscient que « les lumières de la raison occidentale ne suffiront pas » à réformer les institutions et les pratiques africaines, notamment dans le domaine de l’éducation et de la formation. Le système éducatif africain doit en effet former des élites capables de répondre aux multiples défis du monde contemporain. Pour s’acquitter de sa mission, le système doit acquérir une véritable « souveraineté éducative ».
Mais il constate que l’idée de révolution des systèmes éducatifs se heurte en Afrique à de multiples résistances de natures politique et bureaucratique. Dans certains pays, la liberté académique est « travaillée » par les idéologies et les intérêts des groupes sociaux au pouvoir, par des traditions religieuses ou ethniques et par la « violence symbolique » et « l’impérialisme économique » du capitalisme occidental. L’auteur dénonce courageusement certaines pratiques « clientélistes » en usage dans les universités, en faveur de la sélection des étudiants, de la nomination et de l’avancement des professeurs, de la fixation des programmes d’enseignement et de l’organisation des examens. L’auteur analyse notamment les procédures contribuant à la reproduction des élites et à leur alignement sur les usages des groupes ou des coalitions au pouvoir.
Selon l’auteur, les universités africaines doivent abriter des espaces de liberté de l’enseignement , de la recherche et de l’innovation. Afin que le système éducatif reflète l’identité culturelle d’un pays et serve les aspirations les plus profondes de sa population, le nouveau système doit partiellement s’affranchir du modèle éducatif colonial et mieux intégrer le paradigme socioculturel africain.
L’auteur est conscient, qu’à l’instar du modèle occidental, chaque État africain devra déconstruire certaines traditions, moderniser ses administrations, réformer ses institutions et repenser sa gouvernance. Le rôles des écoles et des universités sera essentiel dans la mise en œuvre de cette reconstruction, par des diagnostics réalistes des problèmes, des aides efficaces à la prise de décisions, à leur mise en œuvre et au contrôle de leur exécution. Il plaide avec courage en faveur d’une réforme des systèmes éducatifs africains qui vise à s’affranchisse des modèles coloniaux et à intégrer les particularismes culturels du continent, mais sa plaidoirie pourtant bien documentée montre l’ampleur du chemin restant à parcourir par le continent africain.
Roch Cyriaque GALEBAYI est diplômé de l’IEP d’Aix en Provence et docteur en histoire. Il est formateur dans des écoles militaires africaines.
Jean-Jacques Pluchart



