Fruit d’enquêtes sur deux décennies et de collaboration locales, l’auteure nous invite à un voyage, dans le temps et l’espace, pour illustrer la singularité de la femme dans la cybernétique humaine, à partir de cas concrets puisés principalement en Asie et en Afrique, mais aussi plus modestement dans le passé occidental.
L’ouvrage est centré sur la femme dans toutes ses dimensions : génitrice, épouse, mère mais aussi dans son rôle central de gestionnaire du quotidien et dans l’équilibre de la cellule familiale. Les différents témoignages soulignent sa fonction vitale dans la vie communautaire et dans l’équilibre économique souvent précaire de la famille. Précarité générée et entretenue par la conjugaison de plusieurs facteurs : chômage endémique touchant les hommes principalement, rapports humains tributaires de la position sociale dans la communauté, survivance de pratiques génératrices d’endettement (Dot, mariage), politique commerciale agressive du secteur bancaire et des différents intermédiaires, pyramide des âges déformée par la forte proportion de jeunes en besoin de formation donc de soutien financier, modifications des ressources traditionnelles, émergence de nouveaux besoins …
Sur la femme reposent majoritairement la gestion du poids de la dette et des engagements financiers vis-à-vis des prêteurs, communauté ou banquiers ou usuriers. Cela implique des négociations difficiles aux résultats problématiques, obtenus parfois en contrepartie de faveurs, le corps de la femme devenant une monnaie d’échange ou de facilitation. Cette sexualisation dans le processus, est un paramètre non mineur principalement en Afrique malgré les tentatives de financements alternatifs, tel que le microcrédit ou ceux mis en place par des congrégations religieuses. Par ailleurs les prêteurs privilégient les engagements féminins réputés plus fiables et renforcent ce lien prêteurs / emprunteuses.
En résumé dans un système traditionnellement patriarcal, les qualités reconnues aux femmes, leurs permettent d’occuper une place centrale dans la vie de la famille, de la communauté et dans l’environnement économique et social. En contrepartie de la charge mentale, physique et sexiste est leur quotidien, les femmes trouvent souvent un exutoire jubilatoire dans les liens qui les unissent. Cet état d’indivisibilité tend à se réduire avec l’émergence d’une nouvelle génération plus éduquée.
Ouvrage largement documenté, résolument féministe, permettant d’entrer dans l’intimité des cas étudiés sur une longue période et à travers eux d’approcher d’autres cultures mais aussi de revivre la réalité européenne fin 19ème, début 20ème siècles.
Isabelle GUERIN Socioéconomiste. Directrice de Recherche à l’IED et au CESSMA, affiliée à l’Institut français de Pondichéry. A cofondé et codirigé l’Observatoire des dynamiques rurales et des inégalités sociales en Inde du Sud. Elle a publié de nombreux ouvrages sur la financiarisation des inégalités, la résistance qu’elle suscite et la manière d’enquêter qui fait dialoguer les vies et les chiffres.
Fiche lecture Hubert ALCARAZ


