Les auteurs partent d’une question ancienne mais redevenue centrale : comment répartir la richesse créée entre le travail et le capital de manière à favoriser simultanément la croissance, l’emploi et la cohésion sociale ? À leurs yeux, le débat contemporain sur la fiscalité, le pouvoir d’achat ou les inégalités ne peut être compris sans revenir à cette question fondamentale de la répartition des revenus.
Ils contestent notamment l’idée selon laquelle une augmentation de la part des profits finirait mécaniquement par bénéficier à l’ensemble de l’économie grâce à davantage d’investissement et de croissance. Leur raisonnement est que des profits élevés ne constituent pas en eux-mêmes une garantie de croissance : si une part trop importante de la richesse est captée par le capital au détriment des salaires, la consommation et donc la demande s’affaiblissent
À l’inverse, une économie qui privilégierait excessivement les salaires au détriment des profits risquerait de réduire la rentabilité des entreprises, leur capacité d’investissement et surtout leur aptitude à financer l’innovation. Il faut réconcilier Keynes et Schumpeter dans un même modèle de croissance.
Selon leurs travaux et la confrontation avec l’histoire économique, notamment aux USA et en Corée du Sud, ils arrivent à un équilibre : cet équilibre serait particulièrement favorable à une croissance durable et riche en emplois. Il permettrait à la fois de maintenir une demande suffisamment dynamique et de laisser aux entreprises les ressources nécessaires pour investir et innover. Cet équilibre est d’environ deux tiers des revenus pour les salaires et un tiers pour les profits
Les auteurs introduisent également une distinction importante entre les différentes formes d’investissement. Ils estiment notamment que les investissements de rationalisation, qui visent à accroître la productivité en substituant du capital au travail, ne devraient pas représenter plus d’environ un tiers de l’investissement total
Dans la seconde moitié du livre, l’analyse devient plus spécifiquement française. Lorenzi et Villemeur associent la question de la répartition aux problèmes du vieillissement démographique, du financement de la protection sociale et de la situation des jeunes, avec notamment la montée des difficultés d’accès à l’emploi et au logement. Ils considèrent que ces déséquilibres risquent d’alimenter un conflit non seulement entre salariés et détenteurs du capital, mais également entre générations.
Le livre débouche finalement sur la fiscalité. Les auteurs proposent huit principes fiscaux destinés à rapprocher l’économie française de cette répartition qu’ils considèrent comme optimale. Leur objectif est de réorganiser les incitations fiscales afin de favoriser davantage le travail, l’emploi, l’investissement productif et l’innovation avec l’ambition de remettre la France sur une trajectoire combinant croissance et progrès social sans augmentation globale de la pression fiscale.
Jean-Hervé Lorenzi professeur émérite à Paris Dauphine, président des rencontres économiques d’Aix en Provence.
Alain Villemeur est docteur en sciences économiques de l’université de Paris Dauphine
Ph Alezard


