L’auteur développe la théorie initiée par Karl Polanyi dans son livre fondateur intitulé La grande transformation, qui plaide en faveur d’un « ré- encastrement de l’économie dans la société. Serge Latouche s’efforce – à la suite de Castoriadis et de Lefort -, de dépasser cette thèse en montrant que la décroissance est moins économique que politique et sociale, plus « frugale et culturelle » que matérielle et financière. Il dénonce l’importance excessive prise par l’économie néo-libérale fondée au 18e siècle et sur le mouvement anglais des enclosures dénoncé par Thomas More, puis sur les recherches de Hayek, Friedman et la société du Mont Pèlerin. Il propose un projet de société fondé sur le partage et le vivre ensemble. Il critique le « narratif néo-libertarien de la croissance » , en y opposant la « contre -narration » du « grand récit de la décroissance », qui repose sur les projet de développer les biens communs (les ressources et les services publics) et le bien commun (les valeurs partagées). Le projet a pour finalités de faire cesser les défaillances de l’État et de l’économie de marché.
L’auteur constate que malgré les appels à la vigilance des éco- socialistes, l’économie de la croissance, qui repose sur des « passions tristes » comme « la soif de richesse et de pouvoir », continue à prospérer, notamment grâce à la « post-vérité » entretenue par l’IA. L’auteur s’interroge sur le régime politique le plus adapté pour engager le projet de la décroissance, et conclut que la « démocratie directe et décentralisée » est préférable à une « technocratie ploutocratique », la première transformant la société d’en bas et la seconde d’en haut. Il prône « l’agir local, l’éco – région et le village urbain ». Il soutient que la société de croissance détruit les bien communs (les ressources naturelles) et le bien commun (le projet de société et les valeurs collectives), et qu’elle repose sur un homme unidimensionnel : l’homo economicus. Il commente les débats entre les différents courants de pensée décroissante et déplore que la plupart des éco- socialistes appellent l’avènement de la décroissance par des discours catastrophistes , comme ceux du GIEC.
Le lecteur du livre comprendra mieux les thématiques et les codes de langage des décroissants , mais il appréciera également les impasses de certains de leurs projets.
Serge Latouche est professeur émérite à l’université de Saclay et auteur de nombreux ouvrages et articles sur l’Économie Sociale et Solidaire.
Jean- Jacques Pluchart


