L’ancien directeur adjoint de cabinet de Pierre Mauroy, de 1981 à 1983, dresse un portrait pamphlétaire de la situation économique, sociale, politique et syndicale de notre pays. La démocratie est affaiblie, la société est fracturée, l’économie est en déclin, les finances publiques sont lourdement déficitaires, et le monde politique et syndical ne cesse de faire preuve de son incapacité à relever ces défis. La verticalité des pouvoirs à tous les niveaux, le refus du dualisme, le déni de la réalité, l’inculture économique, doublée de l’escroquerie intellectuelle de quelques-uns, ont poussé la France dans un désordre tel que la démocratie est menacée de disparition.
La France n’est pas capable, par elle-même, de faire société. Les faits historiques postrévolutionnaires nous le rappellent : de la Terreur jusqu’à la IIIe République, qui s’installe après avoir vaincu militairement la Commune, la France se réforme dans les émeutes et le sang. Les différentes forces sociales et les nombreux partis ne cherchent qu’à accéder à ce pouvoir suprême de verticalité. Chacun défend donc ses positions dans son propre intérêt, sans se soucier du bien commun.
Pour l’auteur, la situation actuelle n’est pas sans rappeler celle de la monarchie de Juillet. La crise qui nous menace est à la fois économique, financière et politique. Le déficit et la dette sont tous deux hors de contrôle, et notre appareil productif souffre d’un manque de compétitivité. Les organisations patronales et syndicales campent sur leurs positions, tandis que, du côté des responsables politiques, la gauche, encore profondément anticapitaliste, reste prisonnière du mythe des ultra-riches qu’il faudrait taxer toujours davantage, et la droite se berce d’illusions en pensant qu’il suffirait de baisser les dépenses publiques sans toucher aux dépenses sociales. Pendant ce temps, les extrémistes de gauche comme de droite, dont les programmes n’ont pas la moindre capacité de redressement économique du pays, font miroiter des idées de changement et de bouleversement de la société pour attirer les « derniers de cordée ».
Pourtant, les solutions existent pour traiter chacun de ces problèmes. Elles sont connues, documentées. Mais qui, à gauche comme à droite, est prêt à exprimer et à expliquer ce qu’il conviendrait de mettre en œuvre ? Les solutions naissent du drame : c’est une habitude bien française. Alors, devrons-nous d’abord plonger dans le chaos, ceci étant le scénario le plus probable retenu par l’auteur, pour voir apparaître une fois encore l’homme ou la femme providentiel capable de résoudre les problèmes de fond et de changer enfin nos méthodes de gouvernance ?
Jean Peyrelevade, Haut fonctionnaire, ex directeur adjoint du cabinet de Pierre Mauroy, Ex-Président de Suez, Banque Stern, UAP et Crédit Lyonnais. Économiste et conseil indépendant.
Ph Alezard


