Cette relation débute avec la démarche « cornucopienne », marquée par l’illusion que la nature pourvoira éternellement à tous les besoins de l’homme (malgré les disettes et les famines). Cette approche s’oppose à la « thèse finitiste », selon laquelle la population mondiale doit modérer sa consommation en prenant conscience de l’extinction progressive et inéluctable des ressources naturelles. La mondialisation exerce une pression croissante sur les ressources naturelles et la biodiversité. L’homme du XXIe siècle est – il capable d‘arrêter la résorption de son empreinte écologique ? Cette approche s’est progressivement étendue à de multiples ressources : métaux et terres rares, surfaces cultivables, espèces en voie de disparition…
Durant l’âge classique, les physiocrates espéraient une « grande restauration » rendue possible par l’«exploitation rationnelle de la terre » ; ils étaient assurés que « l’homme déchiffrerait le code source de la nature ». A partir du Siècle des Lumières, les philosophes considèrent que la « raison technicienne » dominera « l’idéal naturaliste » et au XIXe siècle, les ingénieurs de la révolution industrielle prônèrent la division du travail et le libre échange. Les économistes étaient assurés qu’afin d’éviter de dégrader leur environnement, les ménages adapteraient leur modes de consommation et que les entreprises créeraient de nouveaux procédés et produits économes en énergie et en sous-produits non recyclables. L’homme était alors considéré comme un homo faber capable de « sculpter le monde à son image ».
Mais ce n’est qu’à partir des années 1970 que les gouvernants prennent pleinement conscience des enjeux de la préservation de l’environnement et de la nécessité d’instaurer une « économie soutenable et conviviale » satisfaisant les besoins réels des populations. Les auteurs rappellent alors les critiques du consumérisme moderne et de la dégradation de l’environnement qui a été formulée par le Vatican dans son encyclique Laudato si et par les multiples mouvements écologistes. Ils analysent notamment les effets des émissions de carbone, de l’acidification des océans, des atteintes à la biodiversité… Le phénomène leur parait d’autant plus préoccupant que l’homme du XX e siècle est incapable de mesurer et de corriger les effets à long terme de ses activités . Ils partagent certains principes défendus par les mouvements écologistes radicaux, en faveur de l’auto-suffisance et de la décroissance économique. Ils soutiennent la théorie de Kahneman (Prix Nobel d’économie) selon laquelle, en raison d’un « biais de négativité », les prévisions pessimistes du club de Rome ou du GIEC sont généralement perçues avec incrédulité ou scepticisme par la majorité de la population.
L’ouvrage témoigne de l’érudition, de la capacité de persuasion et de l’expérience militante de ses auteurs ; il éclaire sans pouvoir le résoudre le dilemme du choix entre économie durable et nature soutenable.
Frederik ALBRITTON JONSSON est professeur à l’université de Chicago et Carl WENNERLIND est historien spécialiste de l’Europe moderne.
JJ Pluchart


