Combattre la pauvreté par le travail

Nadia ANTONIN

Dans une étude publiée le 16 avril 2026, l’INSEE révèle que le système français de redistribution réduit les inégalités de revenus mais enferme les bénéficiaires dans une dépendance structurelle aux pouvoirs publics. Cette réduction des inégalités résulte pour l’essentiel de quatre éléments : 1) les transferts sociaux en nature individualisables ; 2) les prestations sociales en espèces sous forme de revenus de remplacement ; 3) les dépenses collectives ; 4) les prélèvements (impôts sur les revenus et le patrimoine).

La note d’étude de l’INSEE illustre en outre qu’entre les 10% les plus riches et les 10 % les plus pauvres, les écarts passent de 1 à 20 avant redistribution à 1 à 3,7, après application des mécanismes sociaux.

Enfin, l’analyse de l’INSEE dévoile qu’en 2023, plus d’un français sur deux a perçu davantage du système qu’il n’y a contribué. D’aucuns déclarent que les aides sociales en France enferment les personnes dans une « trappe à inactivité ».

Après avoir examiné le concept de pauvreté, nous démontrerons que « le travail est indispensable au bonheur de l’homme ; il l’élève, il le console ; et peu importe la nature du travail »[…] (Alexandre Dumas Fils).

Examen du concept « pauvreté »

Comme le rappelle Marie Lecerf du service de recherche du Parlement européen (« La pauvreté dans l’Union européenne », mars 2016), « il n’y a pas de consensus sur la définition de la pauvreté, souvent définie par d’autres concepts, tels que le bien-être, les besoins fondamentaux, les revenus ou l’exclusion sociale, plutôt que par elle-même ».

Selon l’INSEE, « un ménage et les individus qui le composent sont considérés comme pauvres lorsque le niveau de vie du ménage est inférieur au seuil de pauvreté qui est le plus souvent fixé à 60 % du niveau de vie médian ». Comme Eurostat et les autres pays européens, l’INSEE mesure la pauvreté monétaire de manière relative alors que d’autres pays (comme les Etats-Unis ou le Canada) ont une approche absolue. La pauvreté absolue désigne les personnes qui ne sont pas en mesure de combler leurs besoins élémentaires (nourriture, habitation, etc.).

Les conséquences de la disparition de la valeur travail : vivre des aides de l’Etat

L’assistanat est trop développé en France. Les comparaisons internationales révèlent une « certaine exception française ». D’aucuns parlent de la France comme « la patrie des mille et une allocs ! La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), le service statistique du ministère de la santé et de la solidarité, intitule sa présentation des comptes de la protection sociale pour 2024 « Les Français champions de la protection sociale ». En 2024, les dépenses de protection sociale ont atteint 932 milliards d’euros, soit 31,9 % du PIB et 13 650 euros en moyenne par habitant. Dans l’Union européenne à 27, ces dépenses représentent en moyenne 27,3 % du PIB.

La redistribution ayant atteint ses limites structurelles, « il faut remettre la France au travail ».

Le travail est le meilleur moyen de sortir de la pauvreté

Dans son ouvrage intitulé “Celui qui ne travaille pas ne mange pas“, Régis Brunet, professeur à l’université catholique de Louvain, rappelle que “des abbayes bénédictines aux soviets bolchéviques et de la Réforme calviniste au capitalisme“, la formule de Saint Paul n’a cessé de retentir : “que celui qui ne travaille pas ne mange pas non plus“. Cet aphorisme, repris par Lénine pendant la révolution russe, exprime un contrat social autour de la “valeur travail“.

Voltaire dans Candide écrit : « le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin ». Le travail est utile à l’homme. Pour Emmanuel Kant, « la meilleure façon de jouir de la vie est le travail : c’est une délivrance profonde, qui réalise l’homme, lui permet de s’épanouir en sa liberté, qui l’arrache à l’ennui pour le conduire à saisir profondément l’intérêt pratique, qui vivifie sa raison, et enfin le mène à la joie ».

S’affranchir de la pauvreté par le travail implique certes la stabilité, une juste rémunération, un marché du travail favorable mais aussi d’autres conditions essentielles.

Créer les conditions pour permettre aux individus de réussir et de s’élever grâce à leur travail

Dans son ouvrage « Repenser l’inégalité » (1992), l’économiste Amartya Sen propose d’appréhender la pauvreté non pas à partir de l’insuffisance des niveaux de revenus mais à partir des capacités des individus à se réaliser : liberté d’expression, dignité, respect de soi, participation à la vie sociale en général (ce qu’il nomme les « capabilités »).

Afin de redonner au travail ses titres de noblesse, nous proposons les orientations suivantes :

– réduire le poids des impôts qui pèse sur le facteur travail et le capital productif. Selon l’OCDE, la France reste la championne d’Europe de la fiscalité. En 2024, le poids des prélèvements obligatoires s’établit à 45,3 % du PIB en France contre 40,4 % dans l’ensemble de l’UE (Source Eurostat).

– reconnaître le travail, c’est-à-dire identifier, évaluer et récompenser les mérites de chacun. Il faut condamner les primes à l’incompétence, le népotisme et le copinage. Outre la non-reconnaissance du mérite, d’aucuns déplorent à juste titre la dévalorisation des diplômes et notamment le doctorat.

– combattre la jalousie qui ne se cantonne pas uniquement aux relations professionnelles. Qualifiée alors de jalousie sociale, elle est à l’origine d’un certain idéal politique qui prône l’égalitarisme, l’assistanat plutôt qu’une aisance financière acquise par le travail.

Pour conclure sur l’affirmation selon laquelle nous pouvons combattre la pauvreté par le travail, référons nous aux victimes chrétiennes du génocide perpétré en 1915 dans l’Empire Ottoman. Arrivés comme apatrides, ils ont trouvé leur place grâce à leur force de travail. Ils n’ont reçu aucune aide et ont tenu bon avec ténacité. Ils travaillaient 16 heures par jour, sept jours sur sept. Travailleurs acharnés et très dignes, ils ont permis à leurs enfants de la deuxième génération de se hisser au sommet de la hiérarchie.

Share Article:

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Club Turgot

Le blog du club Turgot a publié, en français et en anglais, environ 300 chroniques, notes de lecture et hommages aux œuvres des grands auteurs, au cours de la période de mars 2024 à mars 2026.

Recent Posts

  • All Post
  • Afrique
  • Bonnes feuilles du prochain livre de la collection Turgot
  • Chronique
  • ClubTurgot
  • Grand prix Turgot
  • Grand prix Turgot 2025
  • Hommage
  • la cérémonie du prix Turgot
  • Les premiers livres sélectionnés
  • Livres Anglais
  • Présélection GP 2026
  • Prix spéciaux 2026
  • Prix spéciaux 25
  • Publication 2024
    •   Back
    • P Artus
    • J Mistral
    • M. AGLIETTA
    • J; DE LAROSIERE
    • D Cohen
    • C. SAINT-ÉTIENNE
    • P; BLANQUE
    • J-M DANIEL
    • C. de BOISSIEU
    • F. BOURNOIS
    • JP BETBEZE
    • V. LEVY
    • J. TIROLE
    • R. BOYER
    • N. BAVEREZ
    • H. BOURGUINAT
    • C. Walter
    • A. JEAN
    • G. PITRON
    • A. BURLAUD
    • J. Attali
    • T. de Montbrial
    • O. PASTRE
    • B; Cœuré
    • Y. Le Cun
    • T. Piketty
    • B. Milanovic
    •   Back
    • monnaie-finance
    • économie
    • management
    • Livres 2026
Edit Template

© 2023 Created with Royal Elementor Addons