Jean-Jacques Pluchart
Dans un ouvrage collectif intitulé « Nouvelles réflexions sur la richesse des Nations. Les leçons de Turgot et de Smith », publié en 2025, le club Turgot s’interrogeait sur l’héritage de la pensée d’Adam Smith dans les livres récents d’économie politique en langue française. La conclusion du club Turgot était que les idées avancées dans l’ouvrage fondateur de Smith, publié en 1776 et intitulé « An Inquiry into the Nature and causes of the Wealth of Nations » étaient aujourd’hui toujours d’actualité.
En 1776, l’Angleterre et la France étaient en transition entre une société agricole et un monde pré-industriel. Ces pays entraient dans une ère de transformation institutionnelle, économique et sociale. Smith observe alors que les leviers de la prospérité ne résultent pas essentiellement de la terre, de l’or et de l’Etat, mais plutôt de l’organisation du travail. Il soutient que, grâce à la division du travail, la fabrication d’objets gagne en efficacité. Il cite l’exemple célèbre de l’ouvrier ne pouvant fabriquer seul que quelques épingles par jour, alors qu’une chaîne de production organisée selon la division du travail en fabriquait des milliers. Cette vision pionnière s’avère toujours pertinente dans la plupart des industries actuelles. Les chaînes d’approvisionnement mondiales, composées de plateformes numériques et d’entreprises spécialisées fonctionnent aujourd’hui selon le même principe.
La spécialisation des fournisseurs et des sous-traitants favorise par ailleurs l’innovation technique et organisationnelle. La « main invisible du marché » assure la coordination entre les producteurs et les consommateurs qui, tout en servant leurs intérêts particuliers, contribuent à l’intérêt général, grace à la concurrence et au double jeu de l’offre et de la demande. Ce mécanisme de marché est aujourd’hui plus efficient grâce à l’Intelligence Artificielle et aux nouvelles technologies de l’information et de la communication.
Adam Smith s’oppose toutefois à une liberté incontrôlée du marché. Il confie à l’Etat les roles d’encadrer la concurrence, de garantir le droit de copropriété, de sanctionner les manipulations de prix, de défendre le marché intérieur contre les menaces extérieures. Il rejete notamment la formation de monopoles, l’octroi de subventions ou la fixation de droits de douane trop protectionnistes, estimant qu’elles entravent le libre marché. Il charge également l’Etat de favoriser les échanges par des infrastructures adaptées, à l’instar des actions actuelles de l’Etat en faveur du développement des réseaux numériques, des infrastructures électriques ou des activités de recherche. Smith s’oppose ainsi au mercantilisme qui corrige le marché par des droits de douane et des interventions contraires à la division internationale du travail qui nuisent à la prospérité du pays.
250 ans après sa parution, «La richesse des nations » reste bien plus qu’un document historique ; ce n’est ni une idéologie, ni une théorie scientifique, c’est un principe rationnel et une logique intellectuelle qui sont au cœur des débats politiques et sociaux d’aujourd’hui et de demain.


