La Ve République repose sur un fait simple : celui qui détient la majorité détient le pouvoir. Or cette majorité est devenue introuvable. Le pouvoir a quitté l’Élysée, n’est pas à l’Assemblée et ne réside plus au gouvernement.
L’objectif de ce livre est de comprendre comment un régime, qui a longtemps fonctionné sur l’évidence majoritaire, devient instable quand celle-ci disparaît. Benjamin Morel commence par examiner les raisons pour lesquelles nous sommes passés d’une bipolarisation stable à une tripolarisation dysfonctionnelle. Il analyse ensuite les effets de cette évolution sur le régime politique : la tentation d’étendre les compétences du chef de l’État en surinterprétant la Constitution, la multiplication des expédients pour gouverner malgré tout (maintien d’un gouvernement démissionnaire, ordonnances…), autant de précédents dont l’accumulation rend possible une dérive illibérale.
L’ouvrage nous présente les éléments suivants : la tripolarisation, une Assemblée instable, sortir du piège de l’instabilité, un régime à l’équilibre fragile et gouverner malgré tout avec une Constitution faite pour conjurer l’instabilité tout en étant vulnérable aux dérives illibérales.
La conclusion de l’ouvrage est teintée d’un certain optimisme : celui qui définit la crise est aussi celui qui y apporte des solutions pour autant qu’on ne se fait pas abuser par les faux prophètes.
Changer le mode de scrutin n’est pas une fin en soi. Il convient de mieux me doter le Parlement pour lui permettre d’assurer une co-construction des textes entre Parlement et gouvernement. Le fonctionnement d’un régime n’est pas une propriété métaphysique de la norme, c’est une propriété de la société qui la reçoit. L’Etat fonctionne comme les services publics. Un gouvernement peut perdre sa légitimité politique lorsqu’il ne parvient plus à convertir l’élection en consentement : Gouverner quand même, c’est gouverner malgré ! Ce qui fait tenir un ordre juridique, c’est la conviction de chacun qu’il a intérêt à le respecter et à jouer le jeu.
Il serait facile de régler le problème disent certains. Une nouvelle Constitution viendrait résoudre nos maux. Une nouvelle élection parviendrait à balayer nos soucis. Ce qui fait la crise, c’est le désajustement global entre l’élection et ses attentes. Ce dernier se découpe en trois pôles et attend pourtant que l’un d’eux gouverne avec les pouvoirs absolus d’un bloc majoritaire. Les regards continuent de se porter vers l’élection présidentielle alors que la situation électorale rend le retour d’un Jupiter improbable. Devant ce paradoxe, qui est porté par chaque citoyen, les remèdes ne sont pas dans les textes mais dans les têtes !
Dominique Chesneau


