
IA générative et LLM : vers des cygnes noirs ?
Jean-Jacques Pluchart Les multiples acteurs liés

Collectif Le Grand Continent, L’ennemi qui nous désigne,Editeur Gallimard,mai 2026 , 378 pages.
« L’ennemi qui nous désigne »

Yao ASSOGBA, La Françafrique à l’épreuve du Panafricanisme. Réinvestir la pensée de Kwame Nkrumah, L’Harmattan, 2026, 318 pages.
Le professeur Yao Assogba se livre

Benoît Mandelbrot ou la géométrie rugueuse des marchés financiers
Avec Black, Scholes et Merton, la

Roch Cyriaque GALEBAYI, La modernisation des systèmes éducatifs africains. Étude comparée et solutions, Eds L’Harmattan, 2026, 263 pages.
L’auteur constate que les pays africains

IA générative et LLM : vers des cygnes noirs ?
Jean-Jacques Pluchart Les multiples acteurs liés à l’Intelligence Artificielle s’interrogent sur la capacité des modèles d’IA générative et de LLM (grands modèles linguistiques) à engendrer des profits pour leurs concepteurs et des gains de productivité pour leurs utilisateurs. Le dernier rapport du MIT (Massachusetts Institute of Technology) intitulé « The GenAI Divide: State of AI in Business 2025 », relève que 95% des programmes de l’IA générative lancés depuis 2022 n’ont toujours pas atteint leurs objectifs de rentabilité chez les éditeurs et les entreprises américaines utilisatrices. Il est vrai que les dépenses mondiales consacrées à l’IA ont atteint un pic en 2026, avec des projets d’investissement estimés dans le monde à 2500 milliards € après avoir été multipliées par plus de 3 depuis 2023. Après de fortes hausses de cours, la crainte de sévères corrections boursières s’intensifie, et les experts les plus reconnus semblent être incapables de prédire la date et l’ampleur des corrections. Les perspectives boursières sont toutefois différentes selon les maillons de la chaîne de valeur de l’IA : les cours boursiers des équipementiers en semi-conducteurs (Nvidia aux USA, TSMC à Taïwan, Samsung en Corée) et ceux des fournisseurs d’électricité, sont bien orientés ; ceux des centres de données, de calcul, de stockage et de location (cloud) sont inégaux ; les cours des éditeurs de logiciels, comme les GAFA , sont plus incertains, de même que ceux des équipementiers européens (ASML et STMicroelectronics). L’écosystème de l’IA semble être menacé par le « piège de Thucydide » par lequel une rivalité entre un leader et ses suiveurs engendre souvent des absorptions et parfois des conflits. Le piège menace les leaders du secteur comme Open AI et Anthropic, concurrencés par plusieurs développeurs d’applications, mais aussi, les leaders américains challengés par les concepteurs chinois comme MiniMax M3 et DeepSeek V4 Pro. Les entreprises occidentales et asiatiques testent de plus en plus les applications chinoises, moins coûteuses en tokens et plus économes en énergie. Elles s’efforcent également de diversifier leurs sources d’approvisionnement en équipements et en applications, par crainte d’un renchérissement des redevances et d’un embargo américain ou chinois sur certaines applications. Enfin, en Europe, les concepteurs et les utilisateurs risquent d’être taxés par les gouvernements des États membres en vue de contribuer aux investissements publics dans les infrastructures (électricité, eau, voies d’accès) des plates formes digitales. Pour toutes ces raisons, les perspectives notamment financières de l’écosystème de l’IA peuvent être qualifiées de « cygne noir » au sens de Taleb.

Collectif Le Grand Continent, L’ennemi qui nous désigne,Editeur Gallimard,mai 2026 , 378 pages.
« L’ennemi qui nous désigne » signifie que l’on devient l’ennemi d’autrui dès lors que celui-ci choisit de nous considérer comme tel, indépendamment de nos intentions ou de nos protestations ». Carl Schmitt. Nous sommes en 1965 à la Sorbonne. Un jeune philosophe, Julien Freund est assis derrière une table. Face à lui, plusieurs grands maîtres de la philosophie française l’écoutent, avec un mélange d’intérêt et d’inquiétude. Il convient de revenir à sa phrase mystérieuse : “L’ennemi vous empêchera de cultiver votre jardin”, pour comprendre le monde dans lequel la présidence de Donald Trump nous a spectaculairement plongés. Et Julien Freund de poursuivre à l’encontre d’un éminent membre du jury : « vous pensez que c’est vous qui désignez l’ennemi comme tous les pacifistes. Et donc du moment que nous ne voulons pas d’ennemi, nous n’en aurons pas ! Or c’est l’ennemi qui vous désigne, et s’il veut que vous soyez son ennemi, vous l’êtes ! C’est le point de départ de ce cinquième volume du Grand Continent qui réunit une nouvelle fois des spécialistes de premier plan et des voix décisives pour s’orienter dans ce moment géopolitique. Si nous éprouvons un tel vertige face aux bouleversements en cours, c’est peut-être parce que nous refusons encore d’intégrer une dimension massive du contemporain : la Chine. Les auteurs lui consacrent un dossier exclusif en publiant – souvent pour la première fois en français – des sinologues de renom et des doctrinaires clefs de Xi Jinping qui affichent de façon tout à fait ouverte et autorisée pourquoi et comment l’Occident « va perdre ». « Nous connaissons actuellement des changements sans précédent depuis un siècle et c’est nous qui, ensemble, sommes à l’origine de ces changements » a lancé le Président XI à Vlamidir Poutine. Ainsi toutes les forces convergentes risquent de faire courir aux démocraties libérales européennes un sort qui n’est pas sans rappeler celui de la République florentine à l’époque de Machiavel qui disait aux citoyens florentins : « Ne vous laissez pas tromper pas par les cents années que vous avez vécues et où vous vous êtes gardés libres, ….car vous verrez qu’il est impossible que vous puissiez sauvegarder votre liberté d’aujourd’hui à la manière d’hier. Dans ce cadre de réflexion et d’action, le Grand Continent s’efforce de fournir, outre des outils d’analyse, quelques moyens d’apprendre à résister aux prédateurs. Si les contours de la menace apparaissent, à ce stade, terriblement clairs, une réponse à la hauteur de l’époque peine à émerger. Giuliano da Empoli avec les contributions de Michael Albertus, Robert-Henri Berger, Emily Feng, Stacie Goddard, Beeban Kidron, Phil Klay, Oleksandra Matviitchouk, Abraham Newman, Minxin Pei, Paul Saffo, Afra Wang, Dan Wang et Meredith Whittaker qui dessine une cartographie chiffrée des tendances qui façonnent déjà une nouvelle hégémonie industrielle et technologique. Le dossier chinois sous la direction scientifique de David Ownby comprend les contributions de Lu Feng, Wang Huning, Jiang Shigong et Zhao Xiaozhuo qui affirme qu’aucune puissance fondée sur les services n’a gagné face à des adversaires bien dotés en technologie. Ce qui confirme l’adage militaire chinois selon lequel la meilleure victoire est celle obtenue sans avoir livrer bataille. Le contenu de l’ouvrage est le suivant: Introduction de Giuliano da Empoli et Gilles Gressani Stacie Goddard et Abraham Newman, Néo-royalisme : le nouvel ordre mondial de Donald J. Trump Phil Klay ; Le Colisée numérique : géopolitique du Brainrot Meredith Whittaker ; L’infrastructure numérique de la souveraineté dépend de nos choix Michael Albertus, Recolonisation : le retour de l’empire et de la prise de terre au XXIᵉ siècle Oleksandra Matviïtchouk ; La force de notre lutte :Dan Wang ; Un État-ingénieur : chiffres et tendances de la nouvelle hégémonie chinoise Minxin Pei ; La modernisation totalitaire : aux sources du régime de Xi Jinping Emily Feng, “Que les fleurs rouges” : le problème de l’identité chinoise Wang Huning, L’Amérique contre l’Amérique : extraits choisis Lu Feng ; Maximalisme industriel : la doctrine économique du siècle chinois Zhao Xiaozhuo ; Le plan chinois pour prendre Taïwan Jiang Shigong ; L’Empire et l’ordre mondial Paul Saffo ; Le nouveau Moment Grotius Beeban Kidron ; Génération IA : notes pour les enfants perdus du numérique Robert-Henri Berger ; Gagner la guerre : pour une armée nouvelle Postface de Afra Wang ; L’Éveil de Lingao Présentation des auteurs. Le Grand Continent, revue née en ligne et portée par une nouvelle génération, s’est imposé comme la plateforme de référence pour le débat stratégique, politique et intellectuel à l’échelle continentale. Ce livre d’une grande clarté « quoique technique » doit être lu par quiconque s’intéresse à l’avenir de notre démocratie libérale, particulièrement en ce semestre qui va conduire la France et l’Europe a opéré des choix incontournables. Comme l’a dit JF KENNEDY, ce ne sera pas aisé, mais c’est parce que c’est difficile que nous devons choisir cette voie ! Dominique CHESNEAU

Yao ASSOGBA, La Françafrique à l’épreuve du Panafricanisme. Réinvestir la pensée de Kwame Nkrumah, L’Harmattan, 2026, 318 pages.
Le professeur Yao Assogba se livre à une réflexion originale sur le Panafricanisme et la Françafrique. Il rappelle les origines des mouvements panafricains initiés en 1900 par Henry Sylvester-Williams de Trinitad, influencés par Rosa Louis Mc Karly et par Martin Luther King, puis développés par Marcus Aurelius Mosiah Garvey (1887-1940), qui a fondé la doctrine Race First et le projet Back to Africa, et par William Edward Burghhardt Du Bois (1863-1963), qui a défendu la cause de « l’Afrique aux Africains ». Ces deux courants ont été réunis dans la pensée de Kwame Nkruma (1909-1970), premier président de la république du Ghana, auteur du livre Africa must unit. Le « Nkumanisme » est un mouvement politique ayant pour objectifs l’indépendance complète des États africains et la création d’États-Unis d’Afrique sur le modèle des États-Unis d’Amérique. Il s’oppose à toutes formes de néo-colonialisme et se réclame d’une idéologie matérialiste et de socialiste, conjuguant traditions africaines et modernité occidentale. Il repose sur des « principes humanistes et égalitaires ». Il repose sur l’idéal- type de l’homo africanus politique nouveau ». Le mouvement a encore une certaine influence sur les populations et surtout sur la jeunesse africaine, notamment dans le cadre de l’Alliance des États du sahel, composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger). Yao Assogba applique la démarche sociologique préconisée par Max Weber pour analyser le système de la Françafrique mis en place par la France en 1960 lors de la déclaration d’indépendance des États d’Afrique de l’Ouest, de l’Est et des Grands Lacs (soit 400 millions d’habitants et 8 millions de km2), ayant fait partie des l’Empire colonial puis de la Communauté française. Le système repose sur la reconnaissance de l’indépendance de chaque État et la mise en place d’un « pacte post-colonial » comportant plusieurs formes de coopération industrielle (l’exploitation des ressources et les commandes publiques), économique (le franc CFA, l’exclusivité de certains échanges commerciaux…), géopolitique (la représentation des États africains par la France dans certaines instances internationales) et culturelle (la francophonie). L’auteur esquisse en conclusion une analyse de la situation actuelle de l’ex Afrique francophone , à partir des verbatims des certaines personnalités françaises engagées dans les conflits au Sahel. Il constate que le Nkrumanisme recule face aux avancées des mouvements islamiques, de l’Iran, de la Russie et de la Chine. Yao Assogba est professeur émérite en sociologie à l’Université Laval (Canada) et titulaire de la Chaire de la francophonie. Jean-Jacques Pluchart

Benoît Mandelbrot ou la géométrie rugueuse des marchés financiers
Avec Black, Scholes et Merton, la finance moderne avait trouvé l’une de ses formulations les plus puissantes. Le prix d’une option pouvait être déduit d’un raisonnement d’arbitrage, d’une stratégie de couverture dynamique et d’une équation différentielle issue de la diffusion brownienne. Le hasard financier devenait ainsi un objet calculable, neutralisable, presque domestiqué. Là où Bachelier avait introduit le mouvement aléatoire des prix, où Wiener avait donné une structure rigoureuse au mouvement brownien, où Markowitz avait organisé le choix de portefeuille sous incertitude, Black, Scholes et Merton franchissaient une étape supplémentaire : ils montraient que l’on pouvait valoriser un droit contingent sur le risque lui-même. Mais cette construction reposait sur une représentation particulière du hasard. Les variations de prix y sont continues, les rendements sont supposés suffisamment proches d’une loi normale, la volatilité est considérée comme constante ou, à tout le moins, maîtrisable dans le cadre du modèle. Le monde ainsi décrit est instable, mais d’une instabilité régulière ; incertain, mais d’une incertitude disciplinée ; aléatoire, mais d’un aléa suffisamment lisse pour être intégré dans une équation. C’est précisément cette représentation que Benoît Mandelbrot vient troubler. Son apport à la finance ne consiste pas à proposer une nouvelle formule de valorisation comparable à celle de Black-Scholes. Il est plus profond et, d’une certaine manière, plus dérangeant. Mandelbrot affirme que les marchés financiers ne sont pas seulement incertains : ils sont rugueux. Ils ne fluctuent pas toujours selon une géométrie douce et continue ; ils connaissent des ruptures, des accélérations, des discontinuités, des concentrations de volatilité, des événements extrêmes plus fréquents que ne le prévoit le modèle gaussien. Avec lui, la finance ne peut plus se contenter de penser le risque comme une dispersion régulière autour d’une moyenne. Elle doit apprendre à penser l’irrégularité elle-même. Benoît Mandelbrot naît à Varsovie le 20 novembre 1924 dans une famille juive d’origine lituanienne. Son père est commerçant, sa mère médecin. La famille Mandelbrot appartient à ce monde d’Europe centrale où la culture scientifique, les langues, les migrations et l’incertitude historique se mêlent étroitement. Très tôt, le jeune Benoît est marqué par un environnement intellectuel exigeant. Son oncle, Szolem Mandelbrojt[1], est un mathématicien reconnu, professeur au Collège de France, spécialiste d’analyse et proche du groupe Bourbaki[2]. Cette présence familiale joue un rôle important dans son orientation intellectuelle, même si Mandelbrot restera toujours à distance des écoles constituées et des orthodoxies mathématiques. En 1936, face à la montée des périls en Europe orientale, la famille quitte la Pologne pour la France. Benoît Mandelbrot arrive à Paris à l’âge de onze ans. Cette rupture géographique et culturelle est décisive. Elle l’expose à la fois à la richesse du système intellectuel français et à la violence de l’histoire. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la famille doit se réfugier en province pour échapper aux persécutions. Ces années de guerre interrompent une scolarité normale, mais elles développent chez Mandelbrot une forme très particulière d’intelligence visuelle et intuitive. Il racontera plus tard qu’il apprenait souvent mieux par les images, les formes et les analogies géométriques que par les démonstrations linéaires traditionnelles. Cette singularité le distingue très tôt. Après la guerre, il intègre l’École polytechnique, où il bénéficie notamment de l’enseignement de Gaston Julia[3], l’un des grands noms de la théorie des fonctions complexes. Julia avait étudié, dès le début du XXe siècle, des objets mathématiques qui deviendront plus tard centraux dans la théorie des fractales. À l’époque, ces formes étaient encore largement considérées comme des curiosités analytiques, voire comme des monstres mathématiques : des ensembles difficiles à visualiser, irréguliers, échappant à l’intuition géométrique classique. Mandelbrot y trouvera plus tard l’une des sources profondes de son œuvre. Après Polytechnique, il poursuit ses études aux États-Unis, notamment au California Institute of Technology, puis revient en France avant de travailler au CNRS. Mais il ne se reconnaît pas pleinement dans le style dominant des mathématiques françaises de l’après-guerre. Le groupe Bourbaki, dont son oncle est proche, valorise une mathématique très abstraite, axiomatique, structurale, détachée des applications immédiates. Mandelbrot, au contraire, est attiré par les phénomènes concrets, les formes irrégulières, les données empiriques, les objets mal classés. Il s’intéresse aussi bien à la linguistique qu’à la turbulence, à la géographie des côtes, à la distribution des revenus, aux bruits de transmission dans les lignes téléphoniques ou aux variations des prix financiers. Il ne cherche pas seulement à démontrer ; il cherche à voir. Cette liberté intellectuelle explique son départ vers les États-Unis. En 1958, il rejoint les laboratoires IBM, où il restera pendant plusieurs décennies. Ce choix est fondamental. IBM lui offre un environnement rare : la possibilité de travailler à la frontière des mathématiques, de l’informatique, de la physique et de l’économie, sans être enfermé dans les contraintes d’un département universitaire traditionnel. Surtout, IBM lui donne accès à des ordinateurs puissants, qui vont jouer un rôle décisif dans la visualisation des objets fractals. Pour Mandelbrot, l’ordinateur n’est pas seulement une machine de calcul ; il devient un instrument d’exploration géométrique. Il permet de rendre visibles des formes que les mathématiques classiques avaient pressenties mais ne pouvaient pas encore pleinement représenter. Le mot « fractal » n’apparaîtra que plus tard, dans les années 1970. Mandelbrot le forge à partir du latin fractus, qui signifie brisé, fragmenté, irrégulié. Une fractale est une forme dont la complexité se répète à différentes échelles. Une côte maritime, un nuage, une montagne, un réseau vasculaire ou une fougère présentent cette propriété : lorsqu’on zoome sur une partie, on retrouve des motifs qui rappellent la structure d’ensemble. C’est l’autosimilarité ou invariance d’échelle. Ces formes ne se laissent pas décrire correctement par la géométrie euclidienne classique. Une droite, un cercle, un triangle ou une sphère conviennent pour représenter un monde idéal, lisse et régulier ; mais le monde réel est souvent rugueux, fragmenté, accidenté. La grande intuition de Mandelbrot consiste à montrer que cette rugosité n’est pas du désordre pur. Elle possède une structure. Elle peut être mesurée, décrite, comparée. Le chaos apparent recèle une forme d’ordre, mais un ordre différent de

L’APPROCHE ETHIQUE DE L’IA
Afin de limiter les effets des biais qui entachent les pratiques d’une IA durable, des « coalitions » constituées d’institutions, d’entreprises, de scientifiques et de think tanks, s’efforcent de définir des référentiels éthiques – sous forme de codes et de chartes – basés à la fois sur des réflexions philosophiques, sociologiques et psychologiques, mais ce cadre suscite des débats entre régulationnistes et libertariens. Les fondements des éthiques de l’IA Les délibérations éthiques relatives aux pratiques de l’IA suivent trois principales approches : universelle, normative et appliquée. La première – de nature axiologique et inspirée par Kant, et Rouseau – repose sur les principes et les valeurs qui fondent la vie en société : le respect de l’homme, de la vérité, de la justice, de la nature… La seconde – dite légaliste ou prescriptive – recouvre des jugements moraux et des valeurs sociales, comme le vrai ou le faux, le bon ou le mauvais, le juste ou l’injuste… La troisième – de nature praxéologique – mesure les conséquences, les externalités ou les impacts d’un système, d’un comportement ou d’un objet sur l’économie, la nature, la société ou la personne. Elle est le plus souvent appliquée aux nouvelles technologies, notamment à l’IA, et au management, notamment durable (Pistilli, 2024). Les cadres des éthiques de l’IA Afin de limiter leurs impacts négatifs sur les pensées, les décisions ou les comportements collectifs et individuels, des guides ou des chartes d’éthique publiés par les entreprises et des codes normatifs, référentiels et/ou règlements édictés par des régulateurs (Organisations internationales, États-nations, associations) ,visent à encadrer la conception des logiciels et l’utilisation de leurs données et résultats par les entreprises (Constantinides & al, 2024). Les codes ne revêtent généralement pas de dimension déontologique ou morale, contrairement aux chartes, aux guides ou, en France, aux « raisons d’être » des entreprises. Les institutions internationales comme l’OCDE, l’ONU, l’UNESCO et le G7 se sont efforcées depuis 2019 d’instaurer une « éthique normative » et « une gouvernance mondiale de l’IA ». Le Vatican, inspiré par les travaux de Bonanti (2018) inspirateur de plusieurs codes, prône l’avènement d’une « algor- éthique » (ou éthique des algorithmes) fondée sur les principes « de transparence, d’inclusion sociale, de responsabilité, d’impartialité et de fiabilité ». . Dans l’ensemble, selon Menecoeur (2020), les 126 documents sur l’éthique de l’IA recensés au niveau mondial, se partagent entre des codes publics (nationaux et internationaux) et des guides privés (d’entreprises, d’universités et d’associations). Mais les gouvernants des États – Unis, de la Chine populaire et de l’Union européenne, ainsi que les dirigeants de leurs entreprises numériques et/ou orientées ESG, ont appliqué des règles, des codes et des guides éthiques qui répondent à des approches souvent différentes. Le relativisme éthique de l’IA Les textes européens – et notamment l’AI Act – font notamment l’objet d’intenses actions de lobbyng, notamment de la part des GAFAM, afin d’éviter l’AI open source et les déclassements de certains logiciels d’AI générative. La plupart des think tanks européens conseillent un renforcement de la régulation de l’IA, comme l’Institut Montaigne, qui a lancé l’opération Objectif IA en faveur de la formation au numérique, l’Observatoire de la RSE qui s’efforce de mettre l’IA au service de l’application des normes ESG, et l’Institut Louis Bachelier qui a engagé le programme Good in Tech afin de mesurer l’impact de l’IA sur la société Mais un collectif regroupant 30 leaders mondiaux de l’IA a dénoncé l’approche européenne, déclarant que « l’Europe est devenue moins compétitive et moins innovante par rapport à d’autres régions, et elle risque maintenant de prendre encore plus de retard à l’ère de l’IA en raison de décisions réglementaires incohérentes ». Ces réactions montrent que les codes et les guides de l’IA sont soumis à une forme de « relativisme éthique », car ils dépendent de facteurs à la fois technologiques et économiques, mais aussi – et de plus en plus – de considérations géopolitiques et culturelles. Ils font l’objet de lectures différentes selon les disciplines, les métiers et les idéologies des acteurs de l’IA et de l’idéologie. Aux États-Unis, sous l’influence des Federal Guidelines for Sentencing Organisations (1991), les guides pratiques (guidelines) sont plus fréquents parmi les entreprises américaines que parmi les firmes européennes ou chinoises. Les GAFAM ont engagé un Partnership on AI qui recommande l’application de principes généraux et un engagement collectif: « Nous nous engageons à mener des recherches ouvertes et à dialoguer sur les implications éthiques, sociales et économiques de l’IA » (Hern, 2016). Mais l’interprétation de ces principes diffère d’une société à l’autre. Google met l’accent sur les critères sociaux (notamment les non-discriminations). Apple affiche une charte fondée sur l’honnêteté et sur le respect des parties prenantes. Meta déclare seulement appliquer les normes professionnelles en vigueur.Amazon reprend les principes fondamentaux, mais déclare paradoxalement que « l’IA pilote l’humain » ; Microsoft et Open AI affichent des « Codes de confiance reflétant leurs cultures et leurs valeurs ; ils reconnaissent « le potentiel de partialité des algorithmes et s’efforcent d’en atténuer l’impact ». En Europe, les réflexions sur l’éthique de l’IA ont été lancées en 2015 et ont débouché sur un règlement visant la protection des données personnelles (Data Governance Act) publié en 2018 (mais appliqué en 2023), puis d’un livre blanc sur l’IA (2020), d’une directive sur les microprocesseurs (Chips Act, 2023) et d’une directive sur l’intelligence artificielle (AI Act) votée en 2024, (maisapplicable en 2026). Ces textes s’efforcent de gérer les risques induits par l’IA et de promouvoir une « IA digne de confiance » reposant sur le respect des lois (Lawful AI), des valeurs éthiques (ethical AI) et des compétences techniques (robust AI). Les principes – empruntés à la bioéthique – portent sur l’autonomie humaine (respect des droits des citoyens), la prévention de toute atteinte (protection des hommes et des biens), l’équité (entre utilisateurs) et l’explicabilité (des logiciels).. Ces principes ont été ensuite déclinés en « exigences » : les systèmes (données, logiciels, résultats) doivent « rester sous contrôle humain » ; ils doivent être robustes, surs et transparents » . Le respect des exigences est contrôlé par des méthodes dites « techniques » : audit des « architectures dignes de confiance » (Trustworthy AI), contrôle de l’application des normes de conception (X-by-design), des méthodes d’explication, des essais, des validations et

Roch Cyriaque GALEBAYI, La modernisation des systèmes éducatifs africains. Étude comparée et solutions, Eds L’Harmattan, 2026, 263 pages.
L’auteur constate que les pays africains sont plus que jamais confrontés au défi de la modernité afin de tenir leur place dans le concert des nations. Il soutient que la modernité africaine ne peut reposer que sur la croissance, la consommation et l’innovation technologique, qui fondent la modernité occidentale. Il est conscient que « les lumières de la raison occidentale ne suffiront pas » à réformer les institutions et les pratiques africaines, notamment dans le domaine de l’éducation et de la formation. Le système éducatif africain doit en effet former des élites capables de répondre aux multiples défis du monde contemporain. Pour s’acquitter de sa mission, le système doit acquérir une véritable « souveraineté éducative ». Mais il constate que l’idée de révolution des systèmes éducatifs se heurte en Afrique à de multiples résistances de natures politique et bureaucratique. Dans certains pays, la liberté académique est « travaillée » par les idéologies et les intérêts des groupes sociaux au pouvoir, par des traditions religieuses ou ethniques et par la « violence symbolique » et « l’impérialisme économique » du capitalisme occidental. L’auteur dénonce courageusement certaines pratiques « clientélistes » en usage dans les universités, en faveur de la sélection des étudiants, de la nomination et de l’avancement des professeurs, de la fixation des programmes d’enseignement et de l’organisation des examens. L’auteur analyse notamment les procédures contribuant à la reproduction des élites et à leur alignement sur les usages des groupes ou des coalitions au pouvoir. Selon l’auteur, les universités africaines doivent abriter des espaces de liberté de l’enseignement , de la recherche et de l’innovation. Afin que le système éducatif reflète l’identité culturelle d’un pays et serve les aspirations les plus profondes de sa population, le nouveau système doit partiellement s’affranchir du modèle éducatif colonial et mieux intégrer le paradigme socioculturel africain. L’auteur est conscient, qu’à l’instar du modèle occidental, chaque État africain devra déconstruire certaines traditions, moderniser ses administrations, réformer ses institutions et repenser sa gouvernance. Le rôles des écoles et des universités sera essentiel dans la mise en œuvre de cette reconstruction, par des diagnostics réalistes des problèmes, des aides efficaces à la prise de décisions, à leur mise en œuvre et au contrôle de leur exécution. Il plaide avec courage en faveur d’une réforme des systèmes éducatifs africains qui vise à s’affranchisse des modèles coloniaux et à intégrer les particularismes culturels du continent, mais sa plaidoirie pourtant bien documentée montre l’ampleur du chemin restant à parcourir par le continent africain. Roch Cyriaque GALEBAYI est diplômé de l’IEP d’Aix en Provence et docteur en histoire. Il est formateur dans des écoles militaires africaines. Jean-Jacques Pluchart