CETTE Gilbert, Travailleur (mais) pauvre, DBS, 203 pages.

Le dernier livre de Gilbert Cette mérite de figurer dans la bibliothèque de campagne des candidats à une élection, car il traite d’un des problèmes les plus sensibles soumis aux gouvernants : la lutte contre la « pauvreté laborieuse ». L’auteur rappelle quelques définitions utiles sur la notion de pauvreté, définie officiellement par des revenus nets (hors transferts sociaux et situation du logement) inférieurs de plus de 60% au revenu médian d’une unité de consommation (dans une famille, 1 UC pour un adulte, 0,3 UC pour un enfant de moins de 14 ans, 0,5 UC pour les autres personnes). En 2019, la France comptait 2,1 millions de travailleurs pauvres, soit 7,8% de l’ensemble des travailleurs, tandis que le taux global de pauvreté s’établissait à  14,6% de l’ensemble de la population. Ces indicateurs situaient la France à des niveaux légèrement inférieurs aux moyennes européennes.

A partir des dernières études scientifiques sur le travail, l’auteur montre notamment que le taux de « pauvreté laborieuse » est nettement inférieur pour les travailleurs à temps plein (5%), mais qu’il est 5 fois plus élevé pour les travailleurs à temps partiel, et est nettement plus important pour les familles monoparentales et les personnes seules. Les études révèlent également que la « pauvreté laborieuse » est un phénomène intergénérationnel (elle dépend du milieu familial) et de la formation professionnelle. Elles montrent que les aides à l’emploi sont inégalement efficientes, notamment pour les exonérations de charges sociales sur les bas salaires, qui constitue un frein à la mobilité.

L’auteur préconise donc de mieux cibler les mesures en faveur du passage du temps partiel au temps plein par des dispositifs d’accompagnement adaptés (déjà expérimentés en Allemagne) , par une meilleure modulation des exonérations de charges sociales (comme aux États-Unis), par un renforcement du soutien aux familles monoparentales et surtout, par une meilleure orientation de la formation professionnelle qualifiante vers les métiers sous tension. L’auteur énonce donc des évidences qui ne sont pas encore suffisamment partagées.

Gilbert Cette est professeur à Néomia et a présidé le groupe d’experts sur le SMIC.

Chronique rédigée par J-J.Pluchart

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