Jean-Jacques Pluchart
Les multiples acteurs liés à l’Intelligence Artificielle s’interrogent sur la capacité des modèles d’IA générative et de LLM (grands modèles linguistiques) à engendrer des profits pour leurs concepteurs et des gains de productivité pour leurs utilisateurs. Le dernier rapport du MIT (Massachusetts Institute of Technology) intitulé « The GenAI Divide: State of AI in Business 2025 », relève que 95% des programmes de l’IA générative lancés depuis 2022 n’ont toujours pas atteint leurs objectifs de rentabilité chez les éditeurs et les entreprises américaines utilisatrices. Il est vrai que les dépenses mondiales consacrées à l’IA ont atteint un pic en 2026, avec des projets d’investissement estimés dans le monde à 2500 milliards € après avoir été multipliées par plus de 3 depuis 2023. Après de fortes hausses de cours, la crainte de sévères corrections boursières s’intensifie, et les experts les plus reconnus semblent être incapables de prédire la date et l’ampleur des corrections.
Les perspectives boursières sont toutefois différentes selon les maillons de la chaîne de valeur de l’IA : les cours boursiers des équipementiers en semi-conducteurs (Nvidia aux USA, TSMC à Taïwan, Samsung en Corée) et ceux des fournisseurs d’électricité, sont bien orientés ; ceux des centres de données, de calcul, de stockage et de location (cloud) sont inégaux ; les cours des éditeurs de logiciels, comme les GAFA , sont plus incertains, de même que ceux des équipementiers européens (ASML et STMicroelectronics).
L’écosystème de l’IA semble être menacé par le « piège de Thucydide » par lequel une rivalité entre un leader et ses suiveurs engendre souvent des absorptions et parfois des conflits. Le piège menace les leaders du secteur comme Open AI et Anthropic, concurrencés par plusieurs développeurs d’applications, mais aussi, les leaders américains challengés par les concepteurs chinois comme MiniMax M3 et DeepSeek V4 Pro. Les entreprises occidentales et asiatiques testent de plus en plus les applications chinoises, moins coûteuses en tokens et plus économes en énergie. Elles s’efforcent également de diversifier leurs sources d’approvisionnement en équipements et en applications, par crainte d’un renchérissement des redevances et d’un embargo américain ou chinois sur certaines applications. Enfin, en Europe, les concepteurs et les utilisateurs risquent d’être taxés par les gouvernements des États membres en vue de contribuer aux investissements publics dans les infrastructures (électricité, eau, voies d’accès) des plates formes digitales.
Pour toutes ces raisons, les perspectives notamment financières de l’écosystème de l’IA peuvent être qualifiées de « cygne noir » au sens de Taleb.


