Ce livre très synthétique traite d’un sujet qui occupe beaucoup l’actualité celui de la baisse de la natalité. Celle-ci préoccupe également la plupart des gouvernements depuis plusieurs années. L’angle choisi par l’auteur est intéressant dans la mesure où il se préoccupe essentiellement de l’impact de ce phénomène démographique sur l’économie qu’il impacte fortement. Ce livre se base sur des recherches récentes pour faire un diagnostic de la France avant d’élargir son analyse à un périmètre mondial.
La baisse de la natalité en France est régulière depuis la seconde moitié du 18ème siècle avec une seule véritable parenthèse inversée durant les « 30 glorieuses ». L’accélération récente de cette baisse et l’augmentation du nombre de décès aujourd’hui conduisent à un croisement des courbes qui crée une inquiétude économique. Seul le solde migratoire important a permis de constater une progression de la population. Même si longtemps un nombre d’enfants par femme autour de 2,1 a été considéré comme un chiffre qui permet le renouvellement et la sécurisation des systèmes sociaux et de retraite, le chiffre actuel de 1,6 enfant par femme conduit à des inquiétudes. Cette évolution est globalement partagée dans la plupart des pays sauf dans un certain nombre de pays d’Afrique ou aux États-Unis dans le futur du fait d’une forte immigration.
Cette situation factuelle va poser des problèmes de financement de la sécurité sociale et des retraites malgré une hausse du taux des actifs avec une hausse des personnes âgées mais en moins bonne santé. Tout ceci devrait conduire à une baisse de la croissance économique avec une main d’œuvre réduite, une baisse de l’innovation dans les entreprises ainsi qu’une augmentation de l’automatisation.
Les gouvernements ont lancé des programmes pour essayer d’enrayer cette baisse de la natalité avec de nombreuses initiatives comme la sécurisation du travail pour les femmes ou des mesures fiscales mais celles-ci se sont avérées globalement peu efficaces, que ce soit pour des contraintes de temps avec en particulier des femmes qui travaillent plus mais aussi des contraintes biologiques avec l’arrivée d’enfants plus tardifs qui ont globalement baissé le nombre d’enfants par femme. L’alternative à cette situation est souvent l’intégration de populations issues de l’immigration qui ont globalement plus d’enfants même si cette solution est très controversée en termes d’acceptabilité sociale et d’impact futur.
Les facteurs structurels de cette faible natalité sont très bien décrits avec tout d’abord la sociabilisation des risques qui permet un parallèle intéressant entre retraites et fécondité. En effet il y un paradoxe sur le fait que des retraites généreuses ne poussent finalement pas à avoir des familles nombreuses, l’émancipation des femmes a également réduit le besoin d’un nombre d’enfants importants ce qui pouvait être vécu comme une sécurité pour le futur. La baisse des mariages et souvent plus tardifs réduit la période de natalité ainsi que le célibat plus souvent subi que choisi et qui concerne en particulier les hommes sans enfants qui ont beaucoup augmenté. D’autre part un enfant est aujourd’hui souvent considéré comme un investissement parental aussi bien pour optimiser le temps qui lui est dédié que le financement de sa formation en privilégiant largement la qualité sur la quantité.
Face à une évolution structurelle et dont le futur n’est pas complètement précis, l’auteur nous recommande d’adapter notre modèle économique et social à cette démographie. Il y a évidemment des opportunités liées à la décroissance en particulier environnementales même si l’impact de la quantité d’habitants doit être nuancé par le mode de vie constaté depuis les années 60. Cela permet également de rééquilibrer l’usage des ressources entre les pays riches et les pays en voie de développement avec des évolutions de la natalité assez différentes. À court terme cette situation doit permettre de faire des économies sur les finances publiques avec moins d’inactifs au chômage ou des financements moins importants en particulier pour l’éducation. Cette situation va également ouvrir des opportunités significatives de la « Silver Economy » pour de nombreuses entreprises.
Pour s’inscrire dans une vision plus longue il convient néanmoins de préparer l’impact de cette décroissance sur l’économie : investir dans l’innovation et le capital humain pour augmenter la productivité, valoriser les compétences, mieux insérer les jeunes, mobiliser les seniors et réformer le système de protection sociale et de retraite (en particulier par des systèmes complémentaires).
En conclusion, l’auteur fait un parallèle avec la prise de conscience récente du changement climatique et nous incite à nous organiser rapidement pour faire face à l’impact de la dénatalité sur l’économie à court et moyen terme.
Pauline ROSSI est professeur d’Economie à l’Ecole Polytechnique
Olivier STEPHAN


