Si ce n’était la période, nous serions tentés de dire que tout comme le Beaujolais Nouveau, le laboratoire Dauphine Recherches en Management (DRM) publie sa synthèse annuelle des nouvelles pratiques de management. Cette année est particulière puisque l’année 2026 marque les 50 ans de la participation de l’université Paris-Dauphine à la recherche en sciences de gestion. Cette 17ème édition d’un ouvrage successivement appelé L’Etat des entreprises (2009-2017), puis L’Etat du management (2018-2026) traduit la vocation du DRM à collaborer avec les entreprises tout en développant la recherche académique.
L’édition 2026 s’inscrit dans un contexte où le maître-mot est « incertitude » : instabilité politique, crises économiques, enjeux climatiques et défis de l’intelligence artificielle. Les visions plutôt optimistes portées par des auteurs comme Aghion sont loin d’être partagées (voir Acemoglu), ce qui alimente un débat auquel les décideurs et chefs d’entreprises ne peuvent échapper dès lors que les activités économiques s’inscrivent dans la durée. C’est donc en référence au temps long que le premier chapitre de l’ouvrage est consacré, soit au patrimoine immatériel de la marque, où la constitution des ressources historiques fait intégralement partie de la chaîne de valeur. Dans cet esprit, la réputation, objet du second chapitre, est soumise à de multiples menaces (e-réputation, compliance, extension médiatique…). Elle est également un actif intangible des plus fragiles. Faire face à une situation de crise devient un enjeu majeur et dans ce cas le silence n’est très certainement pas d’or. Le chapitre 3 qui nous ramène au début des années 80 avec une interrogation sur la notion de leadership, est rassurant : « pour faire de grandes choses, il ne faut pas être un si grand génie ; il ne faut pas être au-dessus des hommes, il faut être avec eux » (Montesquieu). Ouf ! voilà enfin un domaine dans lequel la menace de l’intelligence artificielle se voit réduite – par définition. Le chapitre 4 s’intéresse au « tabou » à transgresser pour qu’un secteur aussi marqué que la sextech ne soit pas un facteur auto-limitant à l’entrepreneure qui a la volonté de développer un projet au-delà des barrières sociales. Dans ce contexte où les normes deviennent parfois évanescentes, les frontières entre travail et plaisir se fondent : le chapitre 5 montre que les espaces de coworking sont à la fois lieux de travail, de consommation et de socialisation. La transformation digitale ne touche pas uniquement les processus associés au monde du travail, c’est ce que montre le chapitre 6 dédié aux nouveaux modes de production musicale qui conduisent inexorablement à une forme d’homogénéisation de la production. Digitalisation qui touche aussi le spectacle sportif, détaillée dans le dernier chapitre, par une surmédiatisation et un affaiblissement de son authenticité première, même si elle permet au spectateur d’être « cocréateur de valeur ».
On le voit, la richesse de cet « Etat du management 2026 » dresse un panorama de travaux qui débordent assez largement des limites de l’entreprise traditionnelle.
Dauphine Recherches en Management (DRM – Unité Mixte de Recherche CNRS 7088), créé le 1er janvier 2005, constitue l’un des plus importants centres français de recherche en sciences de gestion. L’ouvrage a été réalisé sous la direction de Sarah Lasri, Céline Michaïlesco et Sébastien Damart.
Alain Brunet


