Les nouvelles pratiques des entreprises et des administrations entrainées par le développement de l’IA

L’intelligence artificielle est devenue le principal facteur de changement des entreprises et des administrations, car elle modifie en profondeur la synergie entre la main-d’œuvre et la machine. Il est devenu impératif pour ces organisations de renforcer leurs compétences et leurs bonnes pratiques numériques. C’est pourquoi elles adoptent de plus en plus des « guides de bonnes pratiques » en matière d’IA, afin de bénéficier pour les entreprises d’un avantage concurrentiel, et pour les administrations un meilleur service aux usagers.  Les clients et les citoyens exigent désormais que les solutions mises en œuvre soient à la fois transparentes, responsables et éthiques. L’adoption anticipée de ces pratiques responsables les protège contre les risques d’improductivité, de perte de la confiance de leurs parties prenantes et d’insécurité technologique et juridique. les entreprises et les administrations doivent faire preuve de sens éthique à la fois dans leurs pratiques courantes, dans le traçage et l’utilisation de leurs données, dans le choix de leurs algorithmes et de  leurs processus de prise de  décision. Elles doivent enrichir leurs compétences en IA et développer une culture de la responsabilité. Elles doivent donner la priorité à la confidentialité et à la sécurité des données afin de garantir que les applications d’IA protègent les données des utilisateurs, grâce à des audits réguliers et indépendants de leurs systèmes et à la rectification systématique des biais algorithmiques. Elles doivent désigner des référents chargés de piloter les projets d’IA, de digitaliser les opérations et d’assister leurs acteurs, de développer des pôles d’expertise internes et d’encadrer les interventions des cabinets externes d’ingénierie.

Ces référents ont également pour rôle de conformer leurs organisations aux nouvelles lois, réglementations et normes en matière d’IA. Les stratégies et les pratiques des entreprises privées et des administrations publiques sont de plus en plus conditionnées par les  dispositions prises par l’État pour développer l’IA, qui a été inspirée en France par trois principales études officielles : le rapport Villani (2018) intitulé Donner un sens à l’intelligence artificielle,  l’étude sur lesimpacts économiques et sociaux de l’IA de France Stratégie (2018) et le rapport du Conseil d’État (2022) Intelligence artificielle et action publique : construire la confiance, servir la performance. Ces rapports soulignent les risques de domination des GAFAM et de captation de données personnelles. L’Etat français a ainsi lancé des plans stratégiques successifs: le plan France IA, qui vise à promouvoir la recherche, l’innovation et l’adoption de l’IA en France ; le programme d’investissement d’avenir  (PIA) doté de 20 milliards d’euros sur 5 ans ; la stratégie nationale pour l’IA,  qui soutient les initiatives associatives visant à rapprocher les acteurs du secteur : France Digitale et  Hub France IA. 

L’Etat français a également renforcé les rôles d’institutions dédiées au numérique : la Direction interministérielle du numérique (Dinum) chargée d’élaborer la stratégie numérique de l’État et de piloter sa mise en œuvre, la Commission Nationale Informatique et Liberté (CNIL) qui examine les enjeux de la pénétration des systèmes numériques dans la société, et la Direction Interministérielle de la Transformation Publique (DITP), qui veille à la mise en œuvre de la politique numérique du gouvernement. Des appels à projets sont également lancés par Bpi France, la Banque des Territoires et l’Agence nationale de la recherche, dans les domaines de l’IA embarquée ou intégrée, de l’IA « de confiance » répondant à des normes de transparence et de confidentialité, de l’IA au service de la transition écologique et l’IA générative.

Dans le même temps, la Commission européenne a présenté en 2018 un plan coordonné pour le développement de l’IA, puis en 2023, le Parlement  a approuvé le projet européen de régulation de l’intelligence artificielle notamment mis en œuvre par  le règlement sur l’AI (AI Act) qui  vise à fournir aux développeurs d’IA des obligations concernant les utilisations spécifiques de l’IA , et à réduire les charges administratives et financières pour les entreprises, et notamment les PME. Le règlement définit notamment Les niveaux de risque liés aux systèmes d’IA.

Cette transformation à la fois technologique, organisationnelle et réglementaire s’inscrit dans un plus  vaste mouvement qui sera analysé dans la prochaine chronique. 

Chronique rédigée par jean-Jacques Pluchart

Pour aller plus loin :

Daniel BONNET et Jean-jacques PLUCHART (dir).  Intelligence Humaine et Intelligence Artificielle, Eds Eska, 2022, 207 pages. Collection Turgot.

Aurelie JEAN, Les algorithmes font ils la loi ?, L’Observatoire, 221 pages, Grand Prix Turgot 2022.

Michel MAILLOUX, Robots financiers et IA, Eds Franel, 2023, 200 pages.  Prix spécial francophone Turgot 2024.

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