Par son dernier livre, David Baverez s’affirme comme étant un des meilleurs spécialistes de la géoéconomie mondiale. Il doit certainement ce titre très disputé à son poste d’observation à Hong Kong où il réside, dans la première cité transfuge du « monde occidental à l’empire du milieu ». Il est certainement plus difficile pour un observateur européen – et a fortiori français – de se forger à partir du Vieux continent une représentation objective des nouveaux équilibres – ou plutôt de la dynamique émergente – des grands blocs mondiaux.
L’ouvrage est particulièrement riche en données chiffrées, en références littéraires et en anecdotes vécues. L’auteur y cultive le sens de la formule : « la ruée vers l’Or-Muz », « une planète du chaos non pas bipolaire mais apolaire », « quatre questions pour une nation-champion », les « années 2020 rugissantes des Etats Unis, « l’étrange défaite de l’Europe » … Certaines formules se présentent toutefois comme des enigmes à déchiffrer. Mais l’auteur conjugue surtout avec talent logique et émotion : logique de la dérive technologique et économique de l’Europe ; émotion suscitée par son caractère apparemment inéluctable.
Son diagnostic est sans appel. Transposant le principe de Laffer (« trop d’impôt tue l’impôt »), il conclut que « trop d’Etat tue l’Etat ». Il partage l’interrogation actuelle des français : « la France peut elle se réformer sans violence ». Les français sont- ils encore capables de se livrer à des réflexions personnelles plutôt qu’à des réactions émotionnelles, à des raisonnements responsables plutôt qu’à des hallucinations idéologiques ? Les français auront- ils le temps, avant de se soumettre à la « troïka » (FMI, BCE, Commission européenne), de déconstruire leur « anti-modèle » socio-économique et de « construire un narratif commun original » ou à défaut, à s’aligner sur le modèle social allemand ?
David Baverez décline un arsenal de mesures destinées à « brancher le Turgot », en faisant appel à la réflexion personnelle plus qu’aux réactions émotionnelles, à l’examen de conscience plus qu’à l’indignation ou à la résignation, et à une réforme de l’Etat par de nouvelles formes de partenariat public-privé.
David Baverez est un investisseur français installé à Hong Kong depuis 2012. Diplômé d’HEC Paris et de l’INSEAD, il est l’auteur de plusieurs ouvrages remarqués sur la stratégie de la Chine, sur la transformation de la géopolitique mondiale et sur les relations économiques entre l’Asie et l’Occident.
Jean-Jacques Pluchart


