L’ambition de ce livre est de défendre une idée qui, de prime abord, peut paraitre simple. Les politiques économiques doivent être jugées à partir de leurs effets observés, et non à partir de grandes doctrines égalitaristes, utilitaristes, libérales, keynésiennes, interventionnistes ou autres. L’élaboration de politiques publiques doit former un cycle itératif intégrant l’évaluation à toutes les étapes. Les auteurs s’appuient sur les progrès récents de l’économie empirique, de l’évaluation causale et de l’exploitation de grandes bases de données permettant d’établir les faits afin d’examiner ce qui fonctionne réellement dans des domaines aussi variés que l’emploi, l’éducation, la dette publique, les inégalités, la mondialisation ou la transition écologique.
Leur démarche ne consiste pas à prétendre que l’économie pourrait remplacer la décision politique. Au contraire ils prônent le dialogue entre ceux qui produisent de la connaissance rigoureuse, mais parfois éloignée des contraintes de l’action et ceux qui sont dans l’action sans toujours comprendre ce qui fonctionne vraiment. Les objectifs de politique économique et les arbitrages doivent rester des choix collectifs et relever du débat démocratique. En revanche, une fois ces objectifs définis, l’analyse économique peut aider à identifier les instruments les plus efficaces et les moins coûteux et un certain nombre de désaccords peuvent être tranchés empiriquement.
C’est dans ce cadre et approche hybride que les auteurs font un constat alarmant. La France fait face à des défis économiques majeurs alors que dans le même temps elle subit un décrochage technologique et industriel exacerbé par la révolution IA et les chocs climatiques. Ils proposent une stratégie économique axée autour de six thèmes majeurs.
L’éducation et le capital humain occupent une place centrale, car ils déterminent à la fois l’emploi, la productivité, l’innovation et la capacité à réduire les inégalités de long terme. Les dépenses d’éducation doivent être allouées vers des leviers dont l’efficacité est documentée et démontrée. Les auteurs insistent également sur l’importance de l’innovation pour la croissance, mais une innovation centrée sur des priorités stratégiques.
Concernant les finances publiques, l’assainissement des comptes est une condition sine qua non pour assurer la pérennité de notre modèle social. La dette doit être stabilisée et les aides dont l’efficacité n’est pas démontrée supprimées.
Sur les inégalités, l’ouvrage invite à ne pas se limiter à la redistribution après coup. Les politiques de petite enfance, d’éducation, de santé ou d’accès aux opportunités économiques peuvent réduire les écarts à leur source. Les inégalités patrimoniales et l’héritage font également partie des sujets importants abordés.
Ce livre nous propose une nouvelle philosophie de l’action publique : diagnostiquer, expérimenter lorsque cela est possible, mesurer les résultats, puis corriger. La politique fixe les objectifs, mais les faits doivent guider le choix des moyens. Comme le dit Philippe Aghion dans sa préface « plus les décisions s’accélèrent et les savoirs se morcellent, plus une synthèse rigoureuse des connaissances devient à fois rare et nécessaire ». Cet ouvrage nous l’offre.
Xavier Jaravel est professeur d’économie à la London School of Economics et président délégué de Conseil d’Analyse Economique.Emmanuel Monnet est inspecteur général des finances.Mathieu Peruyero est haut fonctionnaire et enseigne à Science Po. Vincent Pons est professeur d’économie à Harvard BS et membre du CAE.
Ph Alezard


