Jean-Claude Trichet est ancien directeur du Trésor, gouverneur honoraire de la Ancien directeur du Trésor, gouverneur honoraire de la Banque de France, ancien président de la Banque centrale européenne, président de l’Académie des sciences morales et politiques, président honoraire de l’Institut Bruegel (Bruxelles) et du Groupe des 30 (Washington)… et président du jury du Prix Turgot.
Je retiendrais deux messages essentiels pour les cinq années qui suivront l’élection présidentielle d’avril et mai 2027. Pour la France, la restauration courageuse des finances publiques. Cette entreprise d’assainissement est indispensable tant la situation présente obère non seulement la compétitivité et la prospérité du pays, mais porte aussi atteinte à son autorité en Europe et dans le monde. Pour l’Europe, les cinq prochaines années seront également cruciales. Dans une perspective de long terme, l’Europe devrait s’interroger sur les conditions économique, politique et géostratégique permettant de s’engager résolument vers une fédération politique. La France aurait un rôle important à jouer dans cette réflexion stratégique.
France :restaurer les finances publiques
La restauration des finances publiques est une obligation essentielle pour le nouveau président de la République, le gouvernement et le Parlement de notre pays. Une situation très grave, qui s’est complètement détériorée depuis la grande crise de 2007-2008. Quatre considérations montrent la nécessité d’une correction fondamentale.
En premier lieu, notre pays consacre aux dépenses publiques en 2025 le plus grand pourcentage du PIB parmi l’ensemble des pays de la zone euro, ex aequo avec la Finlande – plus de 57 % dans les deux cas. C’est 6 % de plus que l’Italie, 12 % de plus que l’Allemagne et plus de 7 % de plus que la moyenne de la zone euro 1. Par rapport aux principaux grands pays européens comparables, les frais généraux récurrents de l’économie française constituent un très lourd handicap.
En deuxième lieu, notre pays a le déficit public le plus élevé de la zone euro en 2025, ex aequo avec la Belgique (5,1 %) et largement au-dessus de l’Italie (3,1 %), de l’Espagne (2,5 %) et de l’Allemagne (2,7 %).
En troisième lieu, notre pays est le plus lent de toute la zone euro à rétablir ses comptes publics. Les engagements actuels de la France la conduisent à porter son déficit public sous le seuil des 3 % du PIB en 2029 seulement. L’Italie devrait être à 3 % dès 2026, la Belgique et la Slovaquie en 2027, la Finlande et l’Autriche en 2028.
En quatrième lieu, l’endettement public français a été celui qui s’est aggravé le plus au sein de l’Europe depuis la crise mondiale des subprimes et de Lehman Brothers. En 2007, l’endettement public français représentait 64 % du PIB, soit le même niveau que l’Allemagne. En 2025, cet endettement s’est élevé à environ 116 % du PIB, alors que le niveau allemand était toujours d’environ 64 %. Cette dégradation rapide de notre situation a contribué à une importante dégradation corrélative de la qualité de notre signature. Au moment de la très grande crise de 2008 et dans les années suivantes, la signature de la France n’avait pas été mise en cause par les épargnants nationaux, européens et mondiaux, à la différence des cinq pays qui se sont trouvés dans la tourmente (Grèce, Irlande, Portugal, Espagne et Italie). Nous empruntions alors à un niveau de taux d’intérêt très inférieur aux leurs et proche de celui auquel empruntait l’Allemagne. Aujourd’hui, la France emprunte à 10 ans, plus cher que le Portugal, l’Irlande, l’Espagne, la Grèce, et aussi cher que l’Italie. La qualité relative de la signature de la France n’a cessé de se dégrader depuis la grande crise de 2008.
Des mesures de redressement à prendre dès mai 2027
Cet article ne contient pas un programme. Je ne dresserai pas la liste des mesures indispensables et possibles pour redresser la situation. En tout état de cause, un très grand nombre de décisions susceptibles d’être prises relèvent du domaine public. Mais le Président, le gouvernement et le Parlement auront une obligation de résultat : convaincre le pays, l’Europe et le monde que la France se situera désormais à un «point d’inflexion» dans la conduite de ses finances publiques et qu’elle entend changer radicalement son approche dans une perspective de moyen et long terme. J’insisterai simplement sur deux points.
D’abord, décider d’emblée d’engager les réformes indispensables sans attendre. L’expérience constante de ces dernières années montre que l’attente conduit inéluctablement à ne faire qu’une fraction ténue de ce qu’il faudrait faire. C’est donc immédiatement après les élections qu’il faudrait prendre les décisions apparaissant comme nécessaires pour crédibiliser le «changement radical d’orientation» : désindexer de nombreuses prestations 2, augmenter de nombreux tickets modérateurs, ne rien négliger car les petits ruisseaux font les grandes rivières aussi en matière de finances publiques, et – ceci est capital – réformer les retraites sans attendre, ce que nos partenaires européens ont tous fait 3. L’exemple de l’Italie est particulièrement parlant : ce pays a décidé dès décembre 2011 de reporter l’âge de la retraite à 67 ans. Ce vote a été obtenu au Parlement italien à une majorité considérable. Il n’a pas été remis en cause depuis.
Le coût politique de ces mesures ne serait qu’une fraction ténue du prix à payer par nos concitoyens dans la crise financière qui sanctionnerait l’immobilisme du gouvernement.
Naturellement, le nouveau gouvernement devrait simultanément indiquer à nos partenaires et à la Commission qu’il entend être en dessous des 3 %, non pas en 2029 mais dès 2028 (deux ans après l’Italie et en même temps que l’objectif de la Finlande et de l’Autriche).
Europe : réfléchir aux conditions de réussite d’une fédération politique
Au cours des 76 dernières années, depuis la présentation de l’idée de Communauté européenne du charbon et de l’acier par Robert Schuman en 1950, l’Europe a fait preuve de dynamisme et de résilience, ainsi que de la volonté de construire une «union sans cesse plus étroite» 2.
Les dépenses de protection sociale évoluent plus vite que la croissance du PIB en valeur en 2024 et 2025 (5,3 % contre 3,6 % en 2024; 3,6 % contre 1,9 % en 2025). Cette tendance observée ces dernières années est évidemment insoutenable.
Les 74 prochaines années seront-elles marquées par le même dynamisme historique ? L’Union européenne aujourd’hui a de nombreuses raisons non seulement de poursuivre sans relâche son cours historique, mais aussi d’accélérer sa marche vers une «union sans cesse plus étroite » en y incorporant la perspective d’une fédération politique.
Premièrement, il existe à cela une raison économique et financière majeure : l’absence de fédération constitue un « plafond de verre » qui empêche la réalisation d’un véritable marché unique, à l’instar de ceux des États-Unis et de la Chine.
Deuxièmement, une raison diplomatique : seule une fédération peut négocier d’une seule voix avec les autres pays du monde. Sans une fédération aboutie, l’Europe restera durablement désavantagée sur le plan diplomatique.
Troisièmement, une raison géostratégique : sans la défense unifiée d’une fédération, l’Europe ne peut prétendre à l’influence géopolitique dont jouissent les autres grandes puissances, qu’il s’agisse d’États centralisés ou de fédérations.
Quatrièmement, la tendance à la «politique de puissance » (power politics) qui caractérise notre époque est directement préjudiciable à l’Europe actuelle. L’influence des Européens et de l’Union européenne restera marginale tant qu’ils ne s’uniront pas en fédération.
Cinquièmement, les pays émergents continueront, au cours du XXIe siècle, de croître bien plus rapidement que les économies avancées. À défaut d’être unis au sein du cadre institutionnel d’une fédération politique européenne (qui pourrait devenir la quatrième puissance mondiale après la Chine, l’Inde et les États-Unis), chaque pays européen perdra rapidement de son influence géopolitique.
Durant mon mandat de président de la Banque centrale européenne, j’ai eu la conviction qu’une marche plus assurée en direction d’une fédération était nécessaire. J’y ai fait allusion dans plusieurs articles et discours 4 . Je suis beaucoup plus audacieux aujourd’hui et suis convaincu que la fédération européenne est nécessaire dans le courant du siècle 5. Cela étant, la transition vers une véritable fédération européenne semble politiquement difficile, compte tenu de l’état actuel de l’opinion publique dans de nombreux pays européens. Néanmoins, les arguments en faveur d’une telle fédération sont très solides sur le long terme. C’est elle qui permettra à l’Europe de défendre, de protéger et de promouvoir ses intérêts et ses valeurs dans un monde marqué par la « politique de puissance ». Par conséquent, même si l’objectif ultime ne semble atteignable qu’à l’horizon 2050, voire plus tard, il est légitime de réfléchir dès aujourd’hui aux conditions de réussite de la future fédération européenne, laquelle devra être fortement décentralisée.
L’absence de fédération européenne est un «plafond de verre» pour l’économie, les finances et l’influence géostratégique de l’Europe
Au terme des 76 premières années de la construction européenne, deux conclusions s’imposent: l’Europe a fait preuve d’un dynamisme historique constant, tant sur le plan quantitatif que qualitatif. C’est un point positif.
En revanche, la comparaison que l’on peut établir aujourd’hui avec les autres grandes économies continentales – en particulier les États-Unis et la Chine – s’avère bien moins encourageante. Deux rapports sont à cet égard révélateurs : le rapport Draghi 6 et le rapport Letta 7. Tous deux soulignent non seulement que les performances économiques de l’Union européenne sont décevantes, mais aussi que l’écart économique entre l’Europe et les États-Unis s’est considérablement creusé à notre détriment au cours des vingt dernières années. Qu’il s’agisse de la croissance de l’économie réelle, du niveau absolu du PIB, du PIB par habitant, de la productivité globale des facteurs, de la productivité du travail, des investissements en R&D ou des entreprises.
Un élément clef commun aux analyses de Mario Draghi et d’Enrico Letta concernant les performances décevantes de l’Europe réside dans le constat que l’Union européenne ne dispose pas d’un marché unique véritablement opérationnel. Cette situation est paradoxale, car la construction économique européenne reposait initialement sur l’idée qu’un «marché commun» (traité de Rome, 1957) conférerait à l’économie européenne les mêmes économies d’échelle que celles dont bénéficiait la fédération américaine.
30 ans plus tard, l’Europe a pris conscience que le marché commun était insuffisant et qu’un «marché unique» achevé et efficace (Acte unique européen, 1986) constituait la voie à suivre pour tirer pleinement parti des économies d’échelle offertes par le vaste marché intérieur européen. Par ailleurs, les Européens ont lancé la monnaie unique – l’euro – en 1999, avec pour objectif explicite de parachever le marché unique.
27 ans après le lancement de la monnaie unique, 40 ans après le début du marché unique et 70 ans après la signature du traité de Rome, force est de constater que nos objectifs économiques fondamentaux sont encore loin d’être atteints. Il reste encore beaucoup de travail à accomplir, comme le préconisent Mario Draghi et Enrico Letta. Je partage leur diagnostic ainsi que la majeure partie de leurs recommandations, lesquelles sont pertinentes dans une perspective à court et moyen terme, sans impliquer de changements institutionnels.
Il existe un large consensus sur la nécessité de mettre en œuvre ces recommandations. La Commission s’efforce de lancer des politiques concrètes à travers la «Boussole de la compétitivité » (competitiveness compass) et le «Pacte pour une industrie propre » (Clean Industrial Deal). Je ne doute pas que des es améliorations significatives puissent être réalisées, moyennant une réelle volonté politique.
Toutefois, j’estime qu’il existe un « plafond de verre » permanent qui empêche l’Union européenne de rivaliser avec les grandes économies avancée et émergente que sont les États-Unis et la Chine. Les Européens ne sont pas au même niveau en ce qui concerne leur industrie, leurs services et leurs processus financiers, numériques et technologiques. Ces puissances sont pour l’une une économie centralisée, pour l’autre une fédération à part entière. Or, nous, Européens, ne sommes pas organisés en fédération. Nous comparons donc des entités qui ne sont pas comparables. Il ne faut pas s’étonner que la comparaison tourne à notre désavantage. Notre cadre institutionnel explique pourquoi les États membres actuels – en l’absence d’une véritable fédération – se replient souvent sur des « silos verticaux nationaux », opposant leurs logiques propres à l’optimisation globale d’un vaste marché unique continental.
Ce constat vaut pour de nombreux secteurs et s’avère particulièrement emblématique, voire caricatural, dans les domaines des banques commerciales et des opérateurs de téléphonie : par rapport aux États-Unis et à la Chine, chaque pays européen compte à lui seul autant d’entreprises que chacune de ces deux puissances. J’estime qu’il est désormais impératif de ne pas se laisser enfermer dans le court terme ni dans l’idée que l’Europe serait incapable de mener des réformes institutionnelles majeures. Après tout, la perspective à moyen et long terme – qui s’est révélée si précieuse pour tirer les leçons du processus historique passé – devrait également constituer l’horizon pertinent pour éclairer l’avenir de l’Union européenne.
J’envisage deux échéances sur lesquelles réfléchir :
– l’année 2050, qui correspond approximativement à une période d’un quart de siècle (la durée d’existence actuelle de l’euro);
– l’année 2100, fin du siècle, qui correspond à trois quarts de siècle (la durée de la construction européenne depuis la déclaration Schuman de 1950).
Pour l’horizon 2050, deux hypothèses semblent plausibles ; je les désignerai sous les termes H1 et H2. Selon l’hypothèse H1, l’Union européenne poursuivra l’approfondissement de sa construction – vers une « union sans cesse plus étroite » – sans toutefois franchir le pas décisif vers une véritable fédération. Des progrès considérables seront réalisés dans les domaines économique et financier, non seulement selon les orientations suggérées par Mario Draghi et Enrico Letta, mais aussi dans bien d’autres directions, en tenant compte de l’essor fulgurant du numérique et de toutes les transformations économiques et financières liées à l’IA susceptibles de survenir au cours des 25 prochaines années.
Toujours sur le plan économique et financier, le « plafond de verre » continuera d’entraver le fonctionnement optimal du marché unique. Par ailleurs, le manque d’influence géostratégique comparable à celle de ses concurrents constituera un handicap dans toutes les négociations internationales. Dans l’hypothèse H2, l’Union européenne se sera transformée, d’ici à 2050, en une véritable fédération politique d’un type nouveau. Il est probable que cette fédération ne couvrirait pas l’intégralité de l’actuelle Union européenne. Il est également probable que cette fédération serait nettement plus décentralisée que nombre d’autres – à vrai dire, que toutes les autres –, les États européens membres conservant des compétences subsidiaires considérables dans les domaines culturel, social, institutionnel et politique. À mon avis, il est fort probable que les Européens emprunteraient systématiquement aux fédérations existantes (États-Unis, Canada, Australie, Allemagne, Inde, Suisse…) leurs structures décentralisées les plus favorables aux États membres.
Mettre en place un comité chargé de réfléchir à la future fédération européenne
C’est un exercice difficile que d’attribuer des probabilités ex ante aux scénarios H1 et H2. En l’absence d’événements historiques marquants, H1 est probable. Toutefois, si des événements majeurs devaient survenir au cours des 25 prochaines années, H2 deviendrait possible dès 2050. Cela nécessiterait au moins deux événements simultanés : par exemple, la concrétisation d’une invasion militaire russe dans des pays de l’UE membres de l’OTAN (comme les États baltes) et la confirmation que, dans une telle situation, les États-Unis ne considèrent plus que leur parapluie conventionnel et nucléaire s’applique à l’Europe. De telles hypothèses d’attaque russe sont déjà jugées possibles par plusieurs pays européens, et le Président américain lui-même a laissé entendre dans le passé qu’il pourrait décider de ne pas respecter le traité de l’OTAN.
À mon sens, il serait opportun de mettre en place dès 2027 un comité chargé de réfléchir la future Union fédérale de ce siècle, à l’horizon 2050 et au-delà, même en l’absence de consensus politique actuel. J’y vois trois bonnes raisons : d’abord, la nécessité d’examiner attentivement les diverses options institutionnelles pour l’organisation du futur gouvernement ainsi que le niveau très élevé de décentralisation au profit des États membres, qui constituera une caractéristique majeure de la nouvelle fédération; ensuite, la recherche de la meilleure combinaison entre une armée unique conventionnelle et la composante nécessaire de dissuasion nucléaire ; enfin, l’élaboration du meilleur processus décisionnel pour définir une position diplomatique européenne unifiée.
Le rapport Delors constitue un précédent pertinent : il avait été élaboré à une époque où il n’existait aucun consensus sur la monnaie unique, mais il y avait un large accord sur la légitimité d’examiner les conditions auxquelles devrait répondre une future Banque centrale, le cas échéant.
L’avantage de lancer une réflexion dès à présent serait de permettre aux Européens de mieux appréhender les défis historiques qui leur sont – et leur seront – lancés dans le courant du siècle. Ils pourraient ainsi être prêts dès 2050, si l’histoire s’accélérait et imposait la solution de la fédération politique H2. En tout état de cause, ma conviction est que la fédération européenne serait indispensable au plus tard en 2100, à la fin du siècle. Je ne peux imaginer l’Europe totalement marginalisée, tant sur le plan économique que géostratégique, à la fin du siècle actuel. En l’absence de fédération politique européenne, les principales puissances mondiales seront probablement les suivantes : la Chine et l’Inde (ex aequo à la première place) et les États-Unis (en troisième position). Quant à la quatrième place et aux suivantes, plusieurs pays seraient candidats, notamment l’Indonésie, le Pakistan, le Brésil, le Mexique, le Nigeria. Sans une structure fédérale, les pays européens auraient perdu toute influence mondiale significative ainsi que toute capacité à défendre et promouvoir leurs valeurs. Seule une Europe fédérale unie pourrait avoir une chance raisonnable d’être membre du G7 (voire du G5) à la fin du siècle.
Ce constat renforce ma conviction que le futur président de la République française pourrait – dans l’hypothèse qui est naturellement la mienne où il aurait fait campagne sur l’Europe – prendre une initiative importante après son élection. Cela n’aurait rien d’étonnant ni d’inhabituel. La construction européenne a souvent, dans le passé, attribué un rôle important à la France et à son Président. La France a lancé en 1950, par la voix de Robert Schuman, le début de l’entreprise historique. C’est le Président français, en liaison étroite avec le Chancelier allemand, qui a pesé pour la création du Conseil européen et a accéléré la mise en place rapide de l’élection du Parlement européen au suffrage universel (sommet de Paris, 9-10 décembre 1974). C’est aux mêmes Président et Chancelier que revient l’initiative du premier mécanisme de change européen, le Système monétaire européen créé en 1979. C’est enfin le très fort soutien politique du Président et du Chancelier au projet de monnaie unique européenne qui a contribué de façon décisive au succès de cette entreprise.
À ces raisons tirées de l’histoire de la construction européenne s’ajoutent d’autres considérations qui peuvent plaider pour un rôle particulier de la France et de son Président s’agissant de la marche vers une fédération politique. Seule puissance nucléaire de l’Union européenne, seul pays de l’Union membre du Conseil de sécurité de l’ONU, la France pourrait jouer un rôle particulièrement important dans la construction des fédérations militaire et diplomatique.
En tout état de cause, elle devrait avant tout convaincre ses grands partenaires, en particulier l’Allemagne, de réfléchir dès maintenant à la future Union fédérale européenne. Ce ne serait, à l’évidence, pas facile. Comme le dit si bien Jean Monnet : «La vie est généreuse en occasions d’agir, mais il faut s’y être préparé longtemps par la réflexion pour les reconnaître et les utiliser lorsqu’elles surviennent.»
Notas.
1. C’est le niveau de dépenses publiques le plus élevé au sein de l’ensemble des pays avancés.
2. Les dépenses de protection sociale évoluent plus vite que la croissance du PIB en valeur en 2024 et 2025 (5,3 % contre 3,6 % en 2024; 3,6 % contre 1,9 % en 2025). Cette tendance observée ces dernières années est évidemment insoutenable.
3. Sur les retraites, aussi bien que sur les finances publiques françaises en général, lire : Cour des comptes, «Situation financière et perspectives du système des retraites » février 2025; J.-P. Beaufret, «Mesure et démesure : retraites et déficit», Institut Diderot, juin 2025, et «Les comptes de la Sécurité sociale et le redressement des finances publiques », Commentaire, nº 193, 2026/1, p. 93-106; N. Dufourcq, La Dette sociale de la France. 1974-2024, Odile Jacob, 2025
4. «Building Europe, building institutions », discours prononcé à l’occasion de la remise du prix Charlemagne, juin 2011 ; «International policy coordination in the Euro area : toward an economic and fiscal federation by exception», Journal of Policy Modeling, vol. 35, 2013/3, p.473- 481 ; «The ECB during the euro crisis and its future role in global disruption», Universitätsverlag Hildesheim, 2026, consultable sur le site HilPub. en particulier sous la forme de la proposition de création d’un ministère des Finances de la zone euro et de l’activation d’une «fédération par exception».
5. «Thank you speech», remise de l’ordre européen du Mérite, 19 mai 2026.
6. Publié le 9 septembre 2024.
7. Publié le 18 avril 2024. de haute technologie, toutes les comparaisons figurant dans ces deux rapports mettent en évidence d’importantes faiblesses structurelles de l’Europe


