« La longue dérive de la dette française » pourrait être la une d’un média économique à l’heure où le rendement de l’OAT française à 10 ans vient de franchir le seuil des 4%, soit son plus haut niveau depuis octobre 2008.
Julien Dubertret et Nicolas Ragache ont retracé dans cet essai, paru en avril dernier, 70 ans de politique budgétaire de la France, de 1958 à nos jours. L’ouvrage est largement documenté à partir des séries longues de l’INSEE. Les orientations économiques et les présentations des projets de loi de finances sont complétées des extraits des déclarations de politique générale.
Une restitution remarquable, après des années de travail et recherches, avec un objectif clair : éclairer les concitoyens sur les succès et les échecs observés sur la période. Un retour dans le passé nécessaire afin de mieux comprendre la situation actuelle des finances publiques et tenter de répondre à cette question : comment a-t-on pu passer d’un ratio de dette publique sur PIB de 48% en 1980, 109% en 2023 et plus de 115% en 2025 ?
On y apprend que le vrai moment de la rupture sur le déficit public français se situe en 1981 et non en 1975. La seconde moitié des années 70 ont enregistré une période d’alourdissement du coût du travail en France et de perte de compétitivité très durable des entreprises françaises, aggravée par la mise en place de la taxe professionnelle.
La limite de 3% de déficit a été formulée en France en 1982-1983. Cette limite sera retenue ultérieurement par les textes européens et s’est ancrée comme un dogme à respecter, en la rendant acceptable tant qu’elle demeure inférieure à 3% du PIB : « Le déficit est devenu une ressource publique à part entière. »
Quelques leçons de cette histoire budgétaire relevés au fil des années :
- La tentation de voir dans la dépense publique la source fondamentale de la croissance même en période de haut de cycle
- Lutte contre l’inflation : l’Etat ne doit pas recourir à la création monétaire pour financer ses propres charges
- L’excès de réglementation généralisé était déjà souligné dans les années 60
- Le plan de relance post choc pétrolier : une politique budgétaire et monétaire accommodante n’était pas la bonne solution face à un important choc d’offre liée à la hausse des prix du pétrole.
- « La focalisation excessive sur le conjoncturel au détriment des besoins d’ajustement structurel est un piège récurrent ». Avec comme exemple, l’utilisation des recettes de privatisation, par nature ponctuelle, pour financer des dépenses budgétaires courantes
- Au début des années 80, la réforme des marchés financiers va permettre l’émission des premières OAT (Obligation Assimilable au Trésor) en 1985. Réforme, qui à terme, va faciliter le financement des déficits publics.
- L’équation visant à réduire les dépenses publiques pour réduire simultanément les impôts et le déficit, fonctionne si la croissance est suffisamment dynamique
- Le livre blanc de Michel Rocard publié en avril 1991 a posé le 1er, la question de l’équilibre des régimes de retraite avec l’abaissement à 60 ans de l’âge de la retraite à taux plein entré en vigueur en 1983
Le livre se termine sur un tableau peu radieux de la situation économique de la France, basé sur un modèle de dépenses publiques et des prélèvements obligatoires élevés, dans un paysage parlementaire fragmenté.
Cet essai est à conseiller aux futurs candidats à l’élection présidentielle où les auteurs les invitent à s’appuyer sur une meilleure lecture du cycle économique et sur des objectifs de long terme ambitieux et moins dépendants de la croissance.
Julien DUBERTRET a été conseiller budgétaire du premier ministre avant de prendre la tête, en 2011, de la Direction du budget, où il était entré en 1992, puis de servir à l’Inspection générale des finances. Ill est aujourd’hui expert au sein du cabinet Global Sovereign Advisory.
Nicolas RAGACHE est économiste et juriste diplômé de l’Ensae, de l’École d’économie de Paris et de Paris-Panthéon-Assas. Il a occupé des postes d’administrateur à Bercy, de conseiller ministériel et est actuellement chef économiste de l’Afep (Association française des entreprises privées).
Note de lecture réalisée par Sophie FRIOT


