Myriam MAESTRONI et Raphaël BOROUMAND propose dans leur ouvrage de réconcilier les « climato-sceptiques » et les « climato-défaitistes ». Ils croient en la combinaison de l’ensemble des leviers en faveur d’une croissance sélective, sobre et décarbonée, « sans opposer les préoccupations de fin de mois à celles de fin du monde ».
La décarbonation va couter cher, mais ces investissements sont bien inférieurs aux coûts du dérèglement climatique. Cela nécessite la décroissance de certains secteurs, comme le textile, et la croissance de secteurs bas carbone et utiles à l’économie.
Ils évoquent l’effet du « champagne curve » en montrant qu’à partir d’un certain seuil de développement économique, la croissance des émissions de carbone n’améliore plus le bien-être des populations.
Les auteurs prônent l’efficacité énergétique comme une des solutions majeures avec le développement massif des énergies renouvelables afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Cette efficacité énergétique doit être optimisée dans tous les secteurs : accroitre les énergies renouvelables et gérer leur intermittence via des solutions de stockage, développer massivement l’hydrogène vert, décarboner les transports et développer la capture du dioxyde de carbone.
Les auteurs présentent un panorama complet des systèmes énergétiques et des nouveaux enjeux géopolitiques. L’Europe veut être championne du développement durable mais dépend fortement de fournisseurs extérieurs, telles que la Chine pour les métaux rares et les Etats-Unis pour le gaz de schiste, depuis le début de la guerre en Ukraine. Elle ne « doit pas confondre leadership règlementaire et leadership climatique ». En effet, pour atteindre les objectifs de développement des énergies renouvelables, elle avait supprimé en 2018 les droits de douane sur les panneaux solaires chinois. A peine 10 ans plus tard, cette décision montre les erreurs commises pour remplir des objectifs à court terme alors qu’une nouvelle politique européenne énergétique et industrielle nécessite une vision à long terme.
A défaut d’avoir les ressources stratégiques sur son territoire, les auteurs estiment que l’Europe a sa carte à jouer dans le développement d’usines de transformation dédiées au recyclage et au raffinage de minerais.
Aucune énergie n’est sans risque ni ne fait l’unanimité au niveau mondial. Mais le livre fait la part belle à l’hydrogène, vue comme l’énergie du futur puisqu’elle n’émet pas de CO2. L’émergence de la filière hydrogène vert peut répondre à la combinaison de croissance économique, créations d’emplois et de transition écologique.
Tous ces développements nécessitent des investissements que les Etats ne seront pas en mesure de financer seuls. Le monde financier et l’épargne des citoyens devront être mis à contribution pour assurer les objectifs de décarbonation.
Un livre complet et bien documenté, qui ravira les lecteurs convaincus qu’une nouvelle voie de développement économique et durable est possible.
Raphaël BOROUMAND est professeur d’économie à PSB, spécialiste de l’énergie et du climat. Il est docteur de l’EHESS-Paris et HDR en sciences économiques (Université Paris-Saclay). Il conseille des institutions publiques (ministères, parlement, régulateurs, think tanks) et privées sur les stratégies en matière d’énergies, de politiques climatiques, et de gestion de risques sur les marchés de matières-premières.
Myriam MAESTRONI est une dirigeante engagée dans la transition énergétique, devenue très jeune directrice générale dans le secteur de l’énergie avant de fonder Economie d’Energie et l’entreprise DEESCO. Elle préside le fonds de dotation E5T ainsi que le programme « 100 leaders pour la Planète ». Décorée de la Légion d’Honneur et de l’Ordre nationale du Mérite, elle siège dans plusieurs conseils d’administration et figure au top 40 du classement Forbes France.
Note de lecture réalisée par Sophie FRIOT


