UNE DISCIPLINE SANS RÉFLEXIVITÉ PEUT-ELLE ÊTRE UNE SCIENCE? Épistémologie de l’économie[m1] Robert Boyer, Éditions de la Sorbonne, 2022, 139 pages

Robert Boyer rappelle que l’économie politique a connu une succession de courants de recherche – physiocrate, mercantiliste, marxiste, classique, monétariste, évolutionniste, friedmanien, keynésien, nouveaux classiques… – qui ont proposé des modèles analysant les effets de différents facteurs sur la stabilité économique (effets Keynes, Pigou, Mundell, Fisher, Harrod, Kaldor…). Ces modèles ont présenté des formes axiomatiques (comme le modèle de la théorie générale de Walras et Debreu ou le modèle IS-LM de Hicks), conditionnelles (le modèle d’asymétrie d’information d’Akerlof) ou historiques et empiriques (la plupart des modèles macroéconomiques). La multiplication des hypothèses testées dans des contextes et sur des territoires différents a entraîné une balkanisation des sciences économiques, qui se sont fragmentées en sciences expérimentale (Smith), comportementale (Thaler), à expérimentations contrôlées (Duflo), des données (Heckman), à agents hétérogènes (Nelson et Winter), écologique (Nordhaus), institutionnelle (Ostrom)… Cette fragmentation a été favorisée par le développement de l’intelligence artificielle et des bases de données.

Pour autant, ces approches purement quantitatives des phénomènes économiques et sociaux n’ont pas permis de prévenir et de mesurer les effets des crises de 2008 (subprimes), 2010 (Grèce), 2020 (endettement dû à la pandémie) et 2021 (énergie). Cette « incertitude radicale » attachée à ces « cygnes noirs » (Taleb) s’est étendue aux « cygnes verts » (Zizek) pesant sur le réchauffement climatique. C’est pourquoi Robert Boyer suggère une meilleure réflexivité des chercheurs sur leurs pratiques, un « aggiornamento » des théories purement quantitatives et une transversalisation de la recherche en économie.

Le titre de cet opuscule évoque plutôt une thèse de doctorat ou une épreuve d’agrégation qu’un essai critique sur les mutations en cours des sciences économiques. Il faut toute l’expérience et l’autorité académique de l’auteur pour évaluer la portée et les limites des multiples courants actuels de la recherche en économie. Sa réflexion, illustrée de nombreux schémas et restituée dans un style didactique, répond opportunément aux interrogations partagées par les chercheurs, les enseignants, les experts, les praticiens (notamment financiers) et les étudiants.

Hommage rédigé par Jean-jacques Pluchart

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