Pascal BLANQUE, Les aventures de l’inflation. Changement de régime, Calmann Levy, 317 pages

 Bien qu’analysé sous toutes ses coutures par les plus brillantes écoles, de Friedmann, tenant d’une vision monétariste à, Keynes, axé sur la notion de déséquilibre offre /demande ou de Zarnowitz  focalisé sur les coûts , le phénomène d’inflation garde une grande part de mystère.   D’autant que la psychologie alimente le processus, l’inflation se nourrissant elle-même des anticipations d’inflation, « les prix montent parce que les gens s’attendent à ce qu’ils montent ».  Il reste que le concept   d’inflation, qui est souvent instrumentalisé dans les débats politiques n’est pas suffisamment compris d’un point de vue scientifique. L’inflation est aussi l’expression de choix explicites ou implicites qu’une société se fait pour elle-même, une   représentation construite d’images et de mots. Les enjeux, autant que la signification qu’on lui attribue, dépassent largement la seule sphère   des faits économiques.  Autant d’éléments qui permettent à l’auteur d’affirmer que « l’inflation ne peut être laissée aux seuls économistes ».  Avec, Les deux plans économiques et sociétaux de l’inflation sont étroitement liés, ouvrant le débat sur les préférences des sociétés et devenant de facto, politique.  Aussi l’objet de cette nouvelle et exigeante parution est de montrer que le retour de l’inflation « a ramené la perspective d’un changement de régime économique et financier, ébranlant les convictions les plus établies et rebattant les cartes des vérités les plus éternelles » 

L’auteur   s’attache à montrer dans deux chapitres particulièrement documentés ce qu’est un régime économique et financier, comment il se met en place, vit, puis cède à un autre qui le remplace. Les « aventures » de l’inflation offrant de ce point de vue, un angle unique  d’ illustration de cette thèse : un régime reste l’association de pratiques économiques et de représentations qui leur donnent sens.  Mais, souligne Pascal Blanqué, en   s’appuyant sur cette vision assez exceptionnelle que lui confèrent ses fonctions et son parcours d’excellence : « l’économique et le financier, comme les kaléidoscopes, proposent à l’infini des jeux de miroirs aux formes et aux couleurs changeantes. L’incertitude des choses humaines y règne en maître ». Il montre une nouvelle fois que l’économie et la finance demeurent des chemins de   recherche fascinants   mais que  «beaucoup  s’enfoncent dans la forêt pour aller nulle part et c’est leur étroitesse même qui font qu’ils sont des  sentiers » . Une forme de lucidité rassurante au moment   où la fragmentation du monde, un nouveau rapport au temps et à la valeur paraissent ouvrir un nouveau régime, celui de la « frag-flation » comme semble l’envisager  l’auteur dans  ce néologisme ?

Une parution qui s’inscrit dans la continuité de l’œuvre   de recherche stimulante de Pascal Blanqué.

Chronique rédigée par Jean-Louis CHAMBON 

Pascal BLANQUE , normalien, docteur en finance est un praticien et théoricien des marchés financiers   Past chef économiste du groupe Crédit Agricole et directeur des investissements de Amundi.  Il est en fonction dans un des plus importants fonds souverains au monde. Auteur d’une œuvre très importante. Distingué à plusieurs reprises par d’éminents Prix.

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Le dernier livre de Pascal Blanqué mérite l’attention des enseignants-chercheurs, des étudiants et des observateurs éclairés de l’économie. Il répond à un des grands questionnements  économiques  contemporains. Il livre l’approche de l’inflation par un des rares intellectuels français   ayant  réussi à concilier des connaissances théoriques  reconnues par de nombreux Prix, et l’expérience pratique d’un des meilleurs traders européens.  

Afin de définir, d’identifier les causes et de mesurer les effets de l’inflation – ou plutôt « des inflations » des produits de consommation, des biens d’équipement et des actifs immobiliers et financiers -, Pascal Blanqué adopte une approche transversale, à la fois économique, politique et sociologique, mais aussi philosophique et  psychologique. Il dresse la généalogie des pensées – et parfois des « utopies » – des théoriciens qui ont modélisé les cycles d’inflation, de désinflation, de déflation, de stagflation, de frag-flation…  Mais l’apport de son livre réside surtout dans sa distinction des différents « régimes d’inflation », marqués par des perceptions du futur différentes   selon les époques et les acteurs socio-économiques. Il montre ainsi que « tout régime économique et financier repose sur trois piliers : une expression des préférences dans la société, la psychologie qui les sous-tend, les mandats donnés aux institutions qui les reflète ».  Chacun de ces piliers « correspond à une certaine relation au temps dans la façon dont s’expriment les choix collectifs ».  La perception du temps a des dimensions à la fois économique (l’épargne, l’investissement et l’endettement),  psychologique  (collective et individuelle), politique ou institutionnelle  (les « choix et les mandats ») et événementielle (le « temps des horloges »). La perception de l’inflation est étroitement liée à celle du temps ; ainsi une hausse durable des prix est souvent perçue   comme détruisant de la valeur, creusant les inégalités et écrasant les dettes, mais elle peut être également interprétée comme étant un facteur de croissance et un levier d’enrichissement .

Pascal Blanqué   est  ainsi progressivement  conduit à redéfinir certains concepts, comme ceux de valeur nominale ou réelle, fondamentale ou événementielle), d’épargne (productive ou improductive), de capital (permanent ou liquide), mais aussi de Sujet économique (identifié ou diffus).  Il montre notamment que les investissements à long terme requis par les transitions énergétique, écologique et numérique, vont contribuer à maintenir un niveau élevé d’inflation, des déséquilibres budgétaires et des endettements publics et privés croissants. Mais cette pression sera tolérée car elle devrait répondre à un « désir profond d’inflation » de la part de la société.  L’auteur montre également l’importance du langage, du texte, du narratif, dans les représentations des différentes formes d’inflation. Ce langage diffère selon les préférences des acteurs économiques, il comporte une « certaine hérédité » et évolue en fonction des crises ou des faits sociaux. En conclusion, l’auteur explore les « univers des possibles et des scénarios » qui « laissent une probabilité sérieuse à l’avènement d’un autre régime qu’il nomme « frag-flationniste », hybridation de fragmentations multiples et de retour de l’inflation ».    

Un livre d’une lecture exigeante qui ouvre de nouvelles voies de réflexion sur l’économie du futur

Chronique rédigée par  Jean-Jacques PLUCHART

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