Jean-Jacques Pluchart
Le management de l’Afrique post-coloniale a été longtemps réduit à la gestion de PME ou de coopératives domestiques et à l’administration de filales de groupes occidentaux. La littérature africaine récente[1] montre que le continent traverse une période de transition marquée par le redéploiement de secteurs d’activité comme l’agroalimentaire, l’énergie, le bâtiment, le tourisme, mais aussi la santé et la téléphonie. Ces transformations sont pilotées par une nouvelle élite africaine, elle même stimulée par une jeunesse qui refuse d’être condamnée à l’émigration et souhaite s’adapter aux changements du monde contemporain. Cette élite est consciente que l’Afrique est de tous les continents le plus riche à la fois par ses ressources en matières premières, sa jeunesse (plus d’un tiers de la population), ses structures sociales (plus de 2000 ethnies) et ses cultures.
Cette élite, formée dans les universités européennes et américaines, s’efforce d’apaiser la tension entre l’héritage des traditions post-coloniales et les modèles post-modernes fondés sur l’innovation, l’individualisme et les libertés. Elle constate que trop d’États africaIns sont encore victimes d’instabilité politique, de précarité des institutions, d’inégalités sociales et de manque de financements. Elle est confrontée aux luttes entre les gouvernements rarement démocratiques, mais surtout , entre des castes locales pour l’appropriation des rentes issues de l’exploitation des ressources naturelles. Elle affronte certains groupes multinationaux occidentaux (de moins en moins européens), asiatiques (de plus en plus chinois) et russes . Les États- nations africains sont traversés par des dynamiques convergentes et divergentes. Ils s’efforcent de solder l’héritage de la colonisation, de consolider leur accès à l’indépendance, d’accéder à leur pleine souveraineté et de peser sur les rapports de force entre continents de l’ouest, de l’est et du sud-global.
La jeunesse africaine souhaite l’émergence d’un modèle managérial original, que l’avénement d’une « modernité africaine active », conçue comme une adaptation des modèles anglo-saxons, et comme une « construction plurielle, alliant science et conscience, mais reflétant aussi les réalités du continent ». Elle perçoit la modernité comme étant « une construction historique visant à libérer l’individu de certaines contraintes sociales et culturelles ». Cette modernité se caractérise par un désancrage des pratiques traditionnelles, une recherche de pragmatisme et surtout, une appropriation des technologies de l’économie numérique – et notamment de l’IA et des crypto-actifs – ainsi que par le développement de grands projets d’infrastructure respectueux de l’environnement. Elle recherche de nouveaux types d’alliances, de coopération et d’investissement, basés sur des échanges plus équilibrés.
Les nouveaux gouvernants et managers africains ont pour priorités d’assurer une gouvernance plus stable, inclusive et transparente, une meilleure intégration régionale et une dynamique stimulante pour la jeunesse. Les nouvelles méthodes de management sont orientées vers la création d’entreprises par la jeunesse africaine, visant à mieux exploiter les ressources locales et à développer les compétences dans les métiers recherchés par les investisseurs internationaux. Une autre priorité de la coopération est de former les africains dans des spécialités contribuant à l’atteinte des Objectifs de Développement Durable (ODD), notamment l’ODD 1 (« Plus de pauvreté »), l’ODD 2 (Faim « zéro »), l’ODD 5 (Égalité homme/femme), l’ODD 8 (Travail décent et croissance économique), l’ODD 10 (Inégalités réduites et inclusion sociale) et l’ODD 13 (Lutte contre les changements climatiques).
L’impulsion de cette dynamique passe par la recherche collaborative et l’innovation pédagogique, auxquelles doivent prendre part les enseignants-chercheurs francophones.
[1] Littérature commentée chaque semaine sur clubturgot.com.


