Les chefs d’entreprises ont appris de tout temps à jongler avec l’imprévisible. Dans un monde aujourd’hui marqué par les crises successives — sanitaires, géopolitiques, climatiques, économiques – , faire preuve de résilience est une qualité essentielle. Quelque soit la taille de l’entreprise, il existe des effets de leviers qui vont favoriser cette capacité de résilience. Il en est un qui reste largement sous-estimé : la culture d’entreprise.
Parfois réduite à quelques symboles ou valeurs, la culture d’entreprise est trop souvent cantonnée à une composante des ressources humaines. Or c’est une dimension forte de l’entreprise, un ensemble de valeurs, de comportements capables de porter l’innovation et la croissance. Lorsque tout vacille, ce ne sont pas les outils ou les processus qui vont sauver l’entreprise. Bien souvent ce sont des éléments invisibles, qui ne figurent ni au bilan de la société ni dans les comptes de résultat. La culture d’entreprise existe dès lors que le chef d’entreprise démarre son aventure entrepreneuriale entouré de ses premiers collaborateurs.
En effet, dans une entreprise où la culture est forte, claire, incarnée, les collaborateurs savent comment se comporter, ce qui compte, ce qu’on attend d’eux même quand les repères changent. Cela permet de réagir vite, de réorganiser sans chaos, de rester fidèle à l’identité de l’entreprise sans sombrer dans la panique organisationnelle.
À l’inverse, une entreprise sans culture partagée devient vite un champ de tensions : jeux de pouvoir, inertie, désalignement stratégique. Dans la tempête, l’absence de culture se paie cash.
Alors, la culture d’entreprise est-elle un frein pour l’innovation ou la croissance ? C’est une erreur souvent répandue mais jamais démontrée ! La culture d’entreprise permet de créer un cadre de référence sécurisant qui permet aux stratégies de se réaliser. Tant de chefs d’entreprises s’interrogent sur les causes d’échecs de leurs stratégies : la réponse est probablement dans la présence ou non d’une culture d’entreprise !
La culture d’entreprise est aussi le remède pour éviter à l’entreprise de connaître des moments difficiles. Autrement dit, pas d’innovation sans une culture forte. Les entreprises qui innovent de manière durable sont souvent celles où la culture valorise la curiosité, la remise en question, la coopération et la responsabilité. Pas celles où l’innovation est cantonnée à une cellule isolée ou pilotée par des indicateurs stériles.
Nous pouvons nous interroger sur les causes des défaillances d’entreprises en forte hausse dans notre pays. L’absence de culture d’entreprise pourrait être une des causes de défaillances, car quand la culture ne soutient plus la stratégie, l’entreprise se désaligne et prend le risque de se figer. Or un navire qui n’avance plus régresse !
Et si la culture d’entreprise était tout simplement la conscience de la personne morale ? Cette conscience capable de percevoir et d’interpréter les événements. Mais c’est sans compter sur les biais cognitifs qui sont de plus en plus mis en avant pour nous mettre en garde sur ce que l’on croit voir alors que la réalité est tout autre. La culture d’entreprise n’y échappe pas. Il appartient au chef d’entreprise de préserver et de maintenir ce capital cognitif : c’est vital pour son entreprise!
Le monde de demain restera incertain…c’est une certitude ! Les crises continueront, sous d’autres formes. L’innovation restera vitale, mais difficile à maintenir sans repères. Dans ce contexte, la culture d’entreprise devient un facteur de robustesse stratégique. Elle ne protège pas des tempêtes : elle donne la posture pour les traverser, et parfois même pour en sortir renforcée.
François NAUX est directeur général de WICS Consulting, administrateur indépendant, membre APIA et membre du Club Turgot.
Tribune parue dans le journal Les Echos, le 1er décembre 2025


