Les fondements des démocraties occidentales vacillent et l’Europe peine à réagir face à la déferlante des mesures protectionnistes de Donald Trump, des menaces de guerre venant de la Russie et à la montée du populisme. Le protectionnisme, l’autoritarisme et la force ont remplacé le libéralisme, la démocratie et le droit.
L’objectif du dernier essai de Nicole Gnesotto est de comprendre cette rupture dans l’ordre mondial et tente d’apporter des réponses pour un sursaut européen.
Depuis 1945, l’Occident est dominé par les Etats-Unis. Ils sont d’ailleurs les seuls à avoir dans tous les cas le droit de veto au sein des grandes instances internationales. Pendant plus de 60 ans, l’Europe s’est développée dans un environnement de croissance, d’ouverture, de mondialisation et de paix. Mais depuis deux décennies, le scénario est toute autre. La Chine est entrée dans l’OMC, Georges W Bush instaure le Patriot Act après les attentats de 2001, Vladimir Poutine règne sur la Russie, les progrès de l’IA et de la technologie virtualisent les échanges. L’information est orientée et la presse de moins en moins indépendante : « L’idée d’un capitalisme de surveillance, qui remplacerait le capitalisme industriel puis le capitalisme financier et dont le but serait de façonner nos pensées et nos préférences personnelles pour en tirer un maximum de profit. »
L’auteure dresse un parallèle intéressant entre l’hypercontrôle politique du citoyen dans le régime communiste chinois et un contrôle équivalent des citoyens occidentaux par les plateformes et les algorithmes qui orientent les croyances, les positions, les désirs.
Dans ce contexte, l’Europe peut-elle encore compter sur son allié Américain pour défendre ses territoires et la démocratie ? Le Vieux Continent encore endormi des bonnes résolutions d’après-guerre n’a pas pris conscience de l’évolution de la société américaine vers plus d’isolationnisme et que le commerce n’était plus qu’un facteur de paix.
Alors, en juin 2025, l’Europe se réveille et acte la hausse de ses dépenses militaires pour défendre ses territoires car les grandes guerres peuvent revoir le jour.
Pour expliquer la montée du populisme, l’auteure décrit la mondialisation comme principale cause liée à une désindustrialisation massive dans les pays occidentaux. Si la mondialisation a eu des effets non négligeables sur la baisse du taux mondial d’extrême pauvreté, il n’en demeure pas moins qu’elle a accru les inégalités au sein des pays riches, ne permettant plus l’ascenseur social si convoité ; la redistribution sociale étant à la peine.
Le tableau dressé par l’auteure est grave et réaliste. L’essai est éclairant, agréable à lire et bien documenté. Il nous invite à la réflexion en tant que citoyen européen sur notre rôle dans le maintien du libéralisme dans nos sociétés.
Nicole GNESOTTO, historienne, est vice-présidente de l’Institut Jacques Delors, Professeur émérite au Conservatoire national des arts et métiers.
Sophie FRIOT


