Cet ouvrage collectif s’efforce de caractériser les rationalités africaines en conjuguant des analyses à la fois historique, philosophique, sémiologique et sociologique. Les auteurs veulent dépasser l’approche occidentale de la rationalité héritée des pensées de Descartes et de Kant. La rationalité africaine repose sur une vision de l’africain désireux de s’affranchir des déterminismes naturels et historiques, des logiques cartésienne, kantienne, comtienne, mais aussi existencialiste et spiritualiste. Les auteurs ont pour ambitieux objectif de construire une nouvelle herméneutique africaine. Ils se livrent à une « décolonisation des savoirs africains », en adoptant une méthodologie originale basée sur une analyse des logiques appliquées aux langages africains par les développeurs d’algorithmes numériques. Les grammaires des algorithmes de l’IA s’efforcent de traduire les nombreux dialectes et langues des pays africains. Les modèles constituent un levier à la fois fédérateur pour les peuples d’Afrique et prometteur pour la jeunesse africaine. Les auteurs de l’ouvrage qualifient ce processus « d’humanisme numérique », car ils influent sur le rapport de l’africain au monde non seulement occidental mais aussi à celui du sud global. Bien que digitalisée, la « Nouvelle Pensée Africaine » n’en conserve pas moins son originalité .
Les approches « afrocentriste » et «eurocentriste » sont fondées sur des représentations originales de l’homo africanus et de l’homo economicus. Les auteurs, inspirés par Kwame Nkrumah, s’inspirent notamment des pensées d’Edgar Morin et de Bruno Latour, selon lesquelles la rationalité n’est ni « absolue » ni « limitée », mais plutôt « élargie », « plurielle » et « contextuelle ». A l’instar du langage, elle se construit par des processus empiriques et expérimentaux, démultipliés par les réseaux sociaux, les modèles d’IA et les nouvelles technologies. La pensée de l’homo africanus – notamment dans la gestion des organisations – peut intégrer des pratiques relevant du paranormal, de la télépathie, de la métamorphose ou de la divination, qui reposent sur des croyances ne respectant qu’imparfaitement les critères scientifiques conventionnels. « Penser autrement, ne signifie pas penser contre la raison, mais penser avec d’autres formes de raison ».
Cette approche hétérodoxe de la science se justifie par le fait que cette dernière ne connait pas un progrès continu, mais une série aléatoire de révolutions « dérationalisantes » basées sur des inspirations, des fulgurances ou des hallucinations. La frontière entre le rationnel et l’irrationnel, le scientifique et le non-scientifique, ne cesse ainsi de reculer. La science se compose de récits dont la rationalité évolue dans le temps et dans l’espace.
La lecture exigeante de l’ouvrage invite donc à une réflexion sur l’altérité culturelle.
Les auteurs dont enseignants-chercheurs dans des universités africaines
Jean-Jacques Pluchart


