
Impact de la titrisation synthétique sur la croissance
Nadia ANTONIN En berne depuis la

Celine MARANGE, La guerre d’Europe a commencé, Editions Les Arènes Avril 2026, 265 pages
Le 5 mars 1946, Winston Churchill

Isabelle GUERIN. La femme endettée. Collection La Découverte économie politique. 394 pages
Fruit d’enquêtes sur deux décennies et

Les impacts économiques, sociaux et psychologiques
des défoulements et des refoulements Jean-Jacques

Michel DOUMONT. Du marché à la puissance. Plaidoyer pour une Europe stratège.L’Harmattan, collection « Diplomatie et stratégie », 3 septembre 2026, 198 pages
L’auteur traite une problématique actuellement tres

Pierre Cahuc & André Zylberberg, La dérive, Eds Albin Michel, octobre 2026,288 pages.
Les auteurs soutiennent la thèse selon

Impact de la titrisation synthétique sur la croissance
Nadia ANTONIN En berne depuis la crise financière de 2008, la titrisation européenne fait l’objet d’un projet de relance à Bruxelles visant à alléger les contraintes règlementaires pesant sur les banques pour libérer du capital et financer l’économie réelle. Cette volonté de relance se traduit notamment par une mobilisation des autorités nationales en faveur du développement du marché européen de la titrisation. Dans une réponse conjointe à la consultation de la Commission européenne, les autorités françaises soutiennent ainsi le développement pérenne du marché de la titrisation en tant qu’outil indispensable au financement de l’économie européenne. Les effets attendus de la titrisation sur le financement de l’économie ont également fait l’objet d’analyses au sein de la Banque centrale européenne (BCE). Ainsi, dans un rapport intitulé « Can synthetic securitisation support economic growth ? » publié le 2 septembre 2026, Johanne Evrard, Wagner Eduardo Schuster, Fabian Wassmann and Michael Wedow rappellent qu’en théorie, la titrisation peut accroître l’offre de crédit et contribuer à stimuler la croissance en libérant du capital et des liquidités. Si la titrisation synthétique peut, en théorie, renforcer la capacité de prêt des banques et libérer des fonds propres réglementaires, les données empiriques indiquent que son impact réel sur la croissance économique réelle est très limité. Le mécanisme de la titrisation synthétique La titrisation synthétique se distingue de la titrisation classique principalement par la nature du transfert réalisé, le traitement des actifs au bilan de l’établissement initiateur et les mécanismes utilisés pour transférer le risque de crédit. L’ouvrage intitulé « Terminologie bancaire et financière multilingue » sous la direction de Nadia Antonin et en collaboration avec le Comité français d’organisation et de normalisation bancaires (CFONB) définit la titrisation synthétique comme « la technique qui permet, par la combinaison d’une titrisation classique et de dérivés de crédit, de transférer des risques de crédit sans cession d’actif ». Ainsi, dans le cas d’une titrisation synthétique : 1) les créances ne sont pas vendues : elles restent inscrites au bilan de l’établissement d’origine ; 2) seul le risque de crédit lié à ces actifs est transféré, en tout ou partie, à des investisseurs ou à d’autres contreparties financière ; 3) ce transfert s’effectue via des instruments financiers dérivés tels que les couvertures de défaillance (credit default swaps/CDS) ou des garanties financières. A l’inverse, dans le cas d’une titrisation classique : 1) les créances sont vendues et transférées juridiquement à une entité ad hoc, désignée sous le vocable de special purpose vehicle (SPV) ; 2) elles sont sorties du bilan ; 3) le SPV émet des titres financierscomme des asset-backed securities/ABS. Quel lien entre la titrisation synthétique et la croissance économique ? La titrisation synthétique peut influencer la croissance via plusieurs canaux : – une capacité accrue de financement : en transférant certains risques de crédit, la banque peut libérer une partie de ses capacités financières et prudentielles ; – un soutien potentiel à l’octroi de crédits : les ressources ainsi dégagées peuvent permettre de financer de nouveaux projets ; – une meilleure répartition des risques : les différents risques de crédit sont répartis entre différents acteurs financiers, ce qui peut améliorer le financement de l’économie. Les principaux enseignements du rapport de la BCE Bien que la titrisation synthétique permette aux banques de libérer du capital réglementaire, les données montrent que les établissements qui y ont recours n’augmentent que très marginalement leurs prêts aux entreprises. Une hausse de 1 % des émissions de titrisations synthétiques n’entraîne qu’une hausse de 0,02 % de la croissance des prêts aux entreprises. Cet effet est jugé trop faible pour avoir un impact macroéconomique significatif. Par ailleurs, au lieu de réinjecter les capitaux ainsi libérés dans de nouveaux prêts aux entreprises, les banques consacrent souvent une part importante de ces fonds à la distribution de dividendes à leurs actionnaires. Une augmentation de 1 % des émissions de titres synthétiques correspond à une hausse de 0,07 % des versements de dividendes, soit un impact environ trois fois supérieur à celui observé sur les prêts aux entreprises. Enfin, malgré une transmission faible vers l’économie réelle, le segment de la titrisation synthétique (qui recourt à des dérivés de crédit plutôt qu’à la vente d’actifs physiques) a connu un essor fulgurant, son volume ayant presque triplé depuis 2021 et dépassant celui des titrisations traditionnelles. Les risques financiers liées à la titrisation synthétique – Risques de crédit : risques de défaut des emprunteurs initiaux sur les créances sous-jacentes. – Risques de liquidité et de valorisation: La titrisation et, plus spécifiquement, la titrisation synthétique ont joué un rôle central dans la propagation et l’amplification de la crise des subprimes en 2007-2008. Dans les années 2000, des banques américaines ont accordé des crédits immobiliers à des personnes financièrement vulnérables, tout en prenant une hypothèque sur le logement financé. Ces crédits, plus risqués, étaient qualifiés de subprimes. Ces banques ont pu céder ces prêts via des opérations de titrisation dont le rendement a attiré des investisseurs institutionnels internationaux. Une hausse du taux d’intérêt directeur décidé par la FED, qui est passé de 1 à 5 % entre 2004 et 2006, a entraîné une forte progression des mensualités de crédit, au point que les ménages se sont trouvés dans l’impossibilité d’y faire face. En outre, la mise en vente de nombreux logements saisis par les banques et sociétés financières a contribué à la chute des prix immobiliers et partant, d’importantes pertes pour les investisseurs. La crise immobilière est devenue une crise financière. En conclusion, le rapport de la BCE invite à nuancer les bénéfices de la titrisation synthétique. En effet, si la titrisation synthétique peut soutenir la croissance en renforçant la capacité de financement des banques, ses effets dépendent de la réallocation effective du capital libéré vers l’économie réelle. La relance du marché européen de la titrisation ne saurait donc constituer une fin en soi. Elle doit favoriser l’octroi de crédits à l’économie réelle tout en préservant la stabilité financière.

Celine MARANGE, La guerre d’Europe a commencé, Editions Les Arènes Avril 2026, 265 pages
Le 5 mars 1946, Winston Churchill prononça un discours dans lequel il dit « je ne pense pas que la Russie soviétique veuille la guerre ; ce qu’elle veut ce sont les fruits de sa puissance comme de ses doctrines. Nos difficultés et nos dangers ne disparaitront pas si nous nous voilons la face, si nous attendons de voir ce qui va se passer ou encore si nous pratiquons une politique d’apaisement ». Ces réflexions d’un autre temps frappent par leur actualité. Le Kremlin veut redevenir la puissance redoutée qu’il a été dans le passé en réaffirmant ses droits sur des terres considérées comme ancestrales. Face à la montée des périls il est impératif d’avoir les idées claires, sur l’état de la menace, sur les modes d’actions adverses, sur nos biais d’interprétation et notre niveau de préparation. Un danger autrement plus pernicieux est également à redouter : c’est celui d’une altération des systèmes démocratiques alors que l’intelligence artificielle va permettre un ciblage d’une rare précision et des manipulations de l’information d’une sophistication insoupçonnée. Pour l’Ukraine c’est une guerre de libération nationale, une lutte pour la survie de l’état et un combat pour la liberté puisque que le président Russe nie l’existence de la nation ukrainienne. La guerre a forgé une nouvelle Ukraine, éprouvée, épuisée mais unie et résolue. Le Kremlin utilise la guerre en Ukraine pour mettre en scène sa confrontation avec les pays occidentaux et accentuer les divisions du monde. Ce qui est certain, c’est que dans la confrontation actuelle ne se jouent pas seulement la survie de l’Ukraine et la sécurité de l’Europe, mais bien la pérennité de la démocratie libérale, désormais assaillie de toutes parts. Face à un danger certe imprécis mais flagrant, parer au plus pressé est une nécessité ; imaginer le pire est un impératif catégorique. Sans cet effort d’imagination et un sursaut de volonté, le risque est grand d’être pris au dépourvu. Car la Russie se prépare activement à la possibilité d’une extension de la guerre en Europe. Plusieurs indicateurs montrent que la Russie se prépare à une guerre prolongée : Le budget de la défense qui représente 38% du budget de la Russie atteste que la priorité du kremlin est à la poursuite de la guerre, elle se réarme à plein régime tout en s’organisant pour améliorer ses approvisionnement et ses armements : elle fabrique 300 chars par an – la France qui est la mieux dotée possède 215 chars Leclerc. La Russie augmente la taille de son armée : 600 000 soldats contre 150 000 avant la guerre d’Ukraine. Une levée des sanctions donnerait une bouffée d’air à l’économie Russe. Un régime militariste se nourrit de la guerre ; nombreuses sont les actions qui frappent déjà l’Europe et la France en particulier, il y a aussi les attaques contre l’intégrité du débat public visant à orienter l’opinion générale et il y a surtout les attaques contre la cohésion nationale. L’Europe doit se préparer à une confrontation de longue haleine ou tous les coups sont permis. Céline Marangé est chercheuse sur la Russie, l’Ukraine et le Belarus à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire, et membre associée du Centre de recherche en histoire des Slaves (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) Fiche de lecture réalisée par Michel Gabet

Isabelle GUERIN. La femme endettée. Collection La Découverte économie politique. 394 pages
Fruit d’enquêtes sur deux décennies et de collaboration locales, l’auteure nous invite à un voyage, dans le temps et l’espace, pour illustrer la singularité de la femme dans la cybernétique humaine, à partir de cas concrets puisés principalement en Asie et en Afrique, mais aussi plus modestement dans le passé occidental. L’ouvrage est centré sur la femme dans toutes ses dimensions : génitrice, épouse, mère mais aussi dans son rôle central de gestionnaire du quotidien et dans l’équilibre de la cellule familiale. Les différents témoignages soulignent sa fonction vitale dans la vie communautaire et dans l’équilibre économique souvent précaire de la famille. Précarité générée et entretenue par la conjugaison de plusieurs facteurs : chômage endémique touchant les hommes principalement, rapports humains tributaires de la position sociale dans la communauté, survivance de pratiques génératrices d’endettement (Dot, mariage), politique commerciale agressive du secteur bancaire et des différents intermédiaires, pyramide des âges déformée par la forte proportion de jeunes en besoin de formation donc de soutien financier, modifications des ressources traditionnelles, émergence de nouveaux besoins … Sur la femme reposent majoritairement la gestion du poids de la dette et des engagements financiers vis-à-vis des prêteurs, communauté ou banquiers ou usuriers. Cela implique des négociations difficiles aux résultats problématiques, obtenus parfois en contrepartie de faveurs, le corps de la femme devenant une monnaie d’échange ou de facilitation. Cette sexualisation dans le processus, est un paramètre non mineur principalement en Afrique malgré les tentatives de financements alternatifs, tel que le microcrédit ou ceux mis en place par des congrégations religieuses. Par ailleurs les prêteurs privilégient les engagements féminins réputés plus fiables et renforcent ce lien prêteurs / emprunteuses. En résumé dans un système traditionnellement patriarcal, les qualités reconnues aux femmes, leurs permettent d’occuper une place centrale dans la vie de la famille, de la communauté et dans l’environnement économique et social. En contrepartie de la charge mentale, physique et sexiste est leur quotidien, les femmes trouvent souvent un exutoire jubilatoire dans les liens qui les unissent. Cet état d’indivisibilité tend à se réduire avec l’émergence d’une nouvelle génération plus éduquée. Ouvrage largement documenté, résolument féministe, permettant d’entrer dans l’intimité des cas étudiés sur une longue période et à travers eux d’approcher d’autres cultures mais aussi de revivre la réalité européenne fin 19ème, début 20ème siècles. Isabelle GUERIN Socioéconomiste. Directrice de Recherche à l’IED et au CESSMA, affiliée à l’Institut français de Pondichéry. A cofondé et codirigé l’Observatoire des dynamiques rurales et des inégalités sociales en Inde du Sud. Elle a publié de nombreux ouvrages sur la financiarisation des inégalités, la résistance qu’elle suscite et la manière d’enquêter qui fait dialoguer les vies et les chiffres. Hubert ALCARAZ

Les impacts économiques, sociaux et psychologiques
des défoulements et des refoulements Jean-Jacques Pluchart La journée du 17 octobre a été marquée par les comportements de « hordes sauvages » qui ont agressé les forces de l’ordre et détruit des édifices publics et des commerces. La journée a été qualifiée « d’historique » et a fait l’objet de nombreux commentaires en France et à l’étranger, de la part des leaders politiques et des experts économiques, mais aussi, de sociologues et de psychologues. L’Institut Psychanalyse et Management a notamment relevé que l’analyse des impacts de cet événement sur la psychologie collective requérait la maîtrise des concepts de défoulement et de refoulement, ainsi que de certaines notions fondamentales de la psychanalyse freudienne. Seule une analyse des causes profondes du phénomène permettra de juger du caractère plus ou moins créatif des destructions. Les débordements du 17 octobre traduisent, selon la plupart des observateurs, le défoulement d’une minorité de « casseurs » et de « pillards » qui ne peut maîtriser sa colère et gérer ses émotions face à des situations bloquées et/ou un système oppressif qu’elle juge injuste et corrigeable seulement par des formes de violence verbale et physique, mais aussi pour certains, créatives par des réformes radicales ou des utopies libératrices. Le défoulement peut avoir des effets positifs lorsqu’il apaise des conflits et ouvre le dialogue social, mais le plus souvent, il ne contribue qu’à aviver les tensions, notamment lorsque le défoulement est exprimé par des sujets sensibles aux contagions mimétiques (aux effets d’entraînement et d’impunité de l’anonymat favorisés par les foules). Dans ce cas, le défoulement est l’expression pérenne d’emprises de natures diverses conjuguées selon les personnalités et les éducations familiales et scolaires des sujets. Mais la journée du 17 octobre a également été marquée par des manifestations de refoulement qui n’ont pas touché quelques milliers mais probablement plusieurs millions de français traumatisés face aux spectacles – omniprésents sur les médias – de violences physiques et de dégradations matérielles. Le refoulement est un système de défense psychologique inconscient contribuant à effacer des pensées, à modérer des émotions, à tempérer une anxiété et/ou à réguler un conflit intérieur. Ce refoulement traduit une forme particulière de colère et/ou de tristesse du sujet face à l’impuissance d’un État, à la défaillance d’une institution, à la faillite d’un système, mais surtout, à l’incapacité physique et/ou à la quasi-interdiction légale de faire face à une agression, sinon à subir l’humiliation de prendre la fuite ou de s’expatrier. Ce refoulement est d’autant plus profond et durable lorsqu’il s’associe au sentiment de culpabilité d’être indirectement responsable des événements, par la négligence de leurs signes annonciateurs, par l’imprévision de leurs effets et par l’impréparation de leurs solutions. Le refoulement a une fonction protectrice à court terme mais il engendre des conflits intérieurs durables dont les effets psychologiques sont encore partiellement inconnus. La conjugaison de ces manifestations de défoulement et de refoulement a des effets sur la vie sociale et sur l’activité économique. Si le défoulement de quelques uns a des conséquences mesurables sur les finances publiques, les bilans des assureurs et les comptes des commerçants, le refoulement de millions de citoyens a des conséquences plus difficilement perceptibles à moyen et à long termes sur les activités productives, sur les comportements d’épargne et/ou sur le patriotisme économique. Seule la mesure de ces effets de rupture économique et sociétale permettra de juger du caractère plus ou moins historique de la journée du 17 octobre . Pour aller plus loin Freud S. Métapsychologie, PUF, 1915. Freud S. Malaise dans la civilisation, PUF, 1930. Le Bon G. Psychologie des foules, PUF, 1895. Laplanche J. & Pontalis J-B. Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1967.

Michel DOUMONT. Du marché à la puissance. Plaidoyer pour une Europe stratège.L’Harmattan, collection « Diplomatie et stratégie », 3 septembre 2026, 198 pages
L’auteur traite une problématique actuellement tres débattue parmi les 450 millions de citoyens du Vieux continent : comment transformer l’espace économique européen en puissance technologique, industrielle et politique ?. Le défi est d’autant plus hardi que l’environnement mondial a beaucoup changé depuis les années 2000, à la fois à l’est, avec le décollage technologique de la Chine, à l’ouest, avec la résurgence nationaliste des Etats- Unis, et au sud, avec l’émergence du « Sud global ». L’Union européenne cumule les handicaps en raison des divisions entre ses membres sur les politiques de défense, énergétique, industrielle et financière. Cette désunion empêche les européens de construire des avantages concurrentiels durables fondés sur la maîtrise de chaines complètes de création de valeur, notamment dans les domaines énergétique, automobile, pharmaceutique et numérique. L’Union se limite à n’être qu’un grand marché plus ou moins intégré selon les activités. Les institutions européennes se contentent d’édicter des directives, des chartes, des recommandations et des normes, qui réglementent surtout la distribution et la consommation de produits et de services. Afin de contrer cette dérive, Michel Dumont fixe trois grandes priorités. La première vise à réformer les institutions (Conseil, Parlement, Commission), afin de pouvoir prendre des décisions plus cohérentes et plus rapides face aux menaces extérieures. La seconde est de doter les 34 millions d’entreprises européennes de personnels formés et motivés, de moyens adaptés de financement, d’accès préférentiels aux marchés publics, d’infrastructures fiables, de soutiens logistiques performants… La troisième consiste à mettre en œuvre une véritable politique industrielle à l’échelle européenne, favorisant les entreprises innovantes, protégeant les entreprises viables mais vulnérables contre des offensives étrangères déloyales, et intégrant les filières industrielles stratégiques. La réunion de ces trois conditions devrait permettre à l’Union européenne de sauvegarder son indépendance et de préserver sa souveraineté. Michel Doumont est un spécialiste belge des institutions et des circuits financiers européens. Il traduit par son ouvrage la volonté d’un des pays fondateurs de la Communauté Economique Européenne de transformer cette dernière en une véritable Union européenne. Jean-Jacques Pluchart

Pierre Cahuc & André Zylberberg, La dérive, Eds Albin Michel, octobre 2026,288 pages.
Les auteurs soutiennent la thèse selon laquelle les dérives budgétaire et financière de la France depuis 1936 sont principalement attribuables à des formes de moins en moins contrôlées de « corporatisme paritaire » et de représentation syndicale fonctionnarisée. Ils observent que depuis 90 ans, le gouvernement et le parlement ont systématiquement échoué à engager ou à appliquer des réformes des systèmes de santé, d’assurance-chômage et de retraite , qui auraient permis de les équilibrer . Les échecs des tentatives seraient dus à l’hostilité des partenaires sociaux à toute réforme structurelle, pour des raisons idéologique, électorale et/ou corporatiste. Les causes pourraient être également systémiques, avec les extensions nationales « quasi-réglementaires » des conventions collectives locales, que les auteurs estiment défavorables à l’emploi et aux finances publiques. Les auteurs distinguent plusieurs périodes : de 1936 aux années 1990, « la montée progressive du corporatisme paritaire, marqué par une dépendance croissante à l’égard des fonds publics et une déresponsabilisation des partenaires sociaux, puis à partir des années 1990 , une prise de conscience des impasses du modèle social français et de la difficulté – sinon de l’impossibilité – à le réformer. Les auteurs déplorent alors que « l’Etat recule partout », mais que des solutions existent. Le modèle social n’en finit pas de se déliter, moins d’un salarié sur dix est syndiqué et pourtant nulle part ailleurs dans le monde, les organisations syndicales et patronales ne possèdent autant de pouvoir. Comment ces organisations ont-elles acquis autant de prérogatives ? La réponse tient à deux décisions presque oubliées : le Front populaire donne en 1936 donne à ces organisations le droit d’élaborer les « lois professionnelles » d’une part, et l’Etat délègue à ces mêmes organisations la gestion de la Sécurité sociale. Ce livre retrace cette dérive depuis les Accords de Matignon jusqu’aux deux quinquennats d’Emannuel Macron. La thèse de ce livre est la suivante : en croyant pacifier les relations sociales à moindre coût, l’Etat a ouvert la voie au corporatisme paritaire. Ce système exclut trop de monde de l’activité pour prétendre maintenir en l’état un niveau de protection sociale que personne ne souhaite ne voir disparaitre. Au-delà de ce diagnostic, ce livre veut aussi tracer des voies pour rétablir le modèle social français avec les mêmes acteurs, les partenaires sociaux et l’Etat, mais sur d’autres fondations et d’autres principes. La structure de l’ouvrage est pédagogique et « efficace » : les personnes intéressées d’abord par l’histoire du modèle social français pourront lire les chapitres 1 à 9. Celles qui veulent privilégier les conséquences économiques de la dérive et les remèdes possibles pourront se reporter directement aux chapitres 10 à 12 qui analysent les effets du corporatisme paritaire sur l’emploi, la productivité et les inégalités, et exposent des propositions de réforme. Sont abordés les sujets suivants : persistance des rentes de situation, une conflictualité permanente, le cas français au prisme international, refaire de la négociation collective une fabrique contractuelle, repenser la représentation et la négociation, impact sur la productivité, suppression du monopole syndical aux élections professionnelles et dans la négociation collective. Le 12 ème chapitre propose un « syndicalisme de services » avec un financement reconnecté à l’adhésion qui suscite la confiance, une transparence renforcée, une clarification des champs d’action et se poursuit avec une méthode. La conclusion confirme les éléments importants de « déblocage » : rétablir la confiance, rebâtir sans démanteler, mise en place d’une convention citoyenne (nonobstant les résultats médiocres de celles mises en place à l’époque des « gilets jaunes »). Les annexes présentent opportunément des tableaux récapitulatifs des propositions de réforme et les trois leviers à mettre en œuvre (utiles à ceux qui auront lu « rapidement » l’ouvrage) que nous laissons le soin aux lecteurs de les découvrir afin de ne pas divulgâcher l’ouvrage. Une fois encore, la personnalité des auteurs conduit à acheter ce livre « les yeux fermés », chacun y trouvera son compte…que l’on commence par les solutions et poursuive pas les causes où l’inverse. Dominique Chesneau et Jean-Jacques Pluchart