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DEUX MESSAGES DE JEAN-CLAUDE TRICHET  POUR LES CINQ ANNEES A VENIR

Jean-Claude Trichet est ancien directeur du Trésor, gouverneur honoraire de la Ancien directeur du Trésor, gouverneur honoraire de la Banque de France, ancien président de la Banque centrale européenne, président de l’Académie des sciences morales et politiques, président honoraire de l’Institut Bruegel (Bruxelles) et du Groupe des 30 (Washington)… et président du jury du Prix Turgot. Je retiendrais deux messages essentiels pour les cinq années qui suivront l’élection présidentielle d’avril et mai 2027. Pour la France, la restauration courageuse des finances publiques. Cette entreprise d’assainissement est indispensable tant la situation présente obère non seulement la compétitivité et la prospérité du pays, mais porte aussi atteinte à son autorité en Europe et dans le monde. Pour l’Europe, les cinq prochaines années seront également cruciales. Dans une perspective de long terme, l’Europe devrait s’interroger sur les conditions économique, politique et géostratégique permettant de s’engager résolument vers une fédération politique. La France aurait un rôle important à jouer dans cette réflexion stratégique. France :restaurer les finances publiques La restauration des finances publiques est une obligation essentielle pour le nouveau président de la République, le gouvernement et le Parlement de notre pays. Une situation très grave, qui s’est complètement détériorée depuis la grande crise de 2007-2008. Quatre considérations montrent la nécessité d’une correction fondamentale. En premier lieu, notre pays consacre aux dépenses publiques en 2025 le plus grand pourcentage du PIB parmi l’ensemble des pays de la zone euro, ex aequo avec la Finlande – plus de 57 % dans les deux cas. C’est 6 % de plus que l’Italie, 12 % de plus que l’Allemagne et plus de 7 % de plus que la moyenne de la zone euro 1. Par rapport aux principaux grands pays européens comparables, les frais généraux récurrents de l’économie française constituent un très lourd handicap. En deuxième lieu, notre pays a le déficit public le plus élevé de la zone euro en 2025, ex aequo avec la Belgique (5,1 %) et largement au-dessus de l’Italie (3,1 %), de l’Espagne (2,5 %) et de l’Allemagne (2,7 %).  En troisième lieu, notre pays est le plus lent de toute la zone euro à rétablir ses comptes publics. Les engagements actuels de la France la conduisent à porter son déficit public sous le seuil des 3 % du PIB en 2029 seulement. L’Italie devrait être à 3 % dès 2026, la Belgique et la Slovaquie en 2027, la Finlande et l’Autriche en 2028. En quatrième lieu, l’endettement public français a été celui qui s’est aggravé le plus au sein de l’Europe depuis la crise mondiale des subprimes et de Lehman Brothers. En 2007, l’endettement public français représentait 64 % du PIB, soit le même niveau que l’Allemagne. En 2025, cet endettement s’est élevé à environ 116 % du PIB, alors que le niveau allemand était toujours d’environ 64 %. Cette dégradation rapide de notre situation a contribué à une importante dégradation corrélative de la qualité de notre signature. Au moment de la très grande crise de 2008 et dans les années suivantes, la signature de la France n’avait pas été mise en cause par les épargnants nationaux, européens et mondiaux, à la différence des cinq pays qui se sont trouvés dans la tourmente (Grèce, Irlande, Portugal, Espagne et Italie). Nous empruntions alors à un niveau de taux d’intérêt très inférieur aux leurs et proche de celui auquel empruntait l’Allemagne. Aujourd’hui, la France emprunte à 10 ans, plus cher que le Portugal, l’Irlande, l’Espagne, la Grèce, et aussi cher que l’Italie. La qualité relative de la signature de la France n’a cessé de se dégrader depuis la grande crise de 2008. Des mesures de redressement à prendre dès mai 2027 Cet article ne contient pas un programme. Je ne dresserai pas la liste des mesures indispensables et possibles pour redresser la situation. En tout état de cause, un très grand nombre de décisions susceptibles d’être prises relèvent du domaine public. Mais le Président, le gouvernement et le Parlement auront une obligation de résultat : convaincre le pays, l’Europe et le monde que la France se situera désormais à un «point d’inflexion» dans la conduite de ses finances publiques et qu’elle entend changer radicalement son approche dans une perspective  de moyen et long terme. J’insisterai simplement sur deux points. D’abord, décider d’emblée d’engager les réformes indispensables sans attendre. L’expérience constante de ces dernières années montre que l’attente conduit inéluctablement à ne faire qu’une fraction ténue de ce qu’il faudrait faire. C’est donc immédiatement après les élections qu’il faudrait prendre les décisions apparaissant comme nécessaires pour crédibiliser le «changement radical d’orientation» : désindexer de nombreuses prestations 2, augmenter de nombreux tickets modérateurs, ne rien négliger car les petits ruisseaux font les grandes rivières aussi en matière de finances publiques, et – ceci est capital – réformer les retraites sans attendre, ce que nos partenaires européens ont tous fait 3. L’exemple de l’Italie est particulièrement parlant : ce pays a décidé dès décembre 2011 de reporter l’âge de la retraite à 67 ans. Ce vote a été obtenu au Parlement italien à une majorité considérable. Il n’a pas été remis en cause depuis. Le coût politique de ces mesures ne serait qu’une fraction ténue du prix à payer par nos concitoyens dans la crise financière qui sanctionnerait l’immobilisme du gouvernement.  Naturellement, le nouveau gouvernement devrait simultanément indiquer à nos partenaires et à la Commission qu’il entend être en dessous des 3 %, non pas en 2029 mais dès 2028 (deux ans après l’Italie et en même temps que l’objectif de la Finlande et de l’Autriche). Europe : réfléchir aux conditions de réussite d’une fédération politique Au cours des 76 dernières années, depuis la présentation de l’idée de Communauté européenne du charbon et de l’acier par Robert Schuman en 1950, l’Europe a fait preuve de dynamisme et de résilience, ainsi que de la volonté de construire une «union sans cesse plus étroite» 2. Les dépenses de protection sociale évoluent plus vite que la croissance du PIB en valeur en 2024 et 2025 (5,3 % contre 3,6 %

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ENJEUX ET DEFIS DE L’IA AGENTIQUE DANS LE SECTEUR FINANCIER

Nadia ANTONIN Depuis 2022, les débats sur l’intelligence artificielle (IA) ont principalement porté sur les modèles de langage et les assistants conversationnels (chatbots), tels que ChatGPT (OpenAI), Copilot (Microsoft), Gemini (Google), Claude (Anthropic) ou le Chat (Mistral). A cet égard, il existe différents formats de robots conversationnels dont celui basé sur l’IA générative à l’aide des techniques d’apprentissage automatique (machine learning) et de traitement en langage naturel (natural language processing).  Après les agents conversationnels et l’IA générative, une nouvelle génération de systèmes d’IA émerge : l’IA agentique qui est déjà utilisée dans de nombreux secteurs. Dans le secteur financier, cette évolution technologique ouvre des perspectives importantes mais soulève également des défis majeurs. IA agentique : analyse conceptuelle « L’ère de l’IA agentique est déjà arrivée. Des agents sont déployés à grande échelle dans l’économie pour effectuer toutes sortes de tâches » a déclaré Sinan Aral, professeur de gestion, d’informatique et de marketing au MIT Sloan. Un rapport du MIT Sloan Management Review et du Boston Consulting Group de novembre 2025 révèle que 76 % des dirigeants considèrent désormais les IA agents davantage comme des collègues que comme des outils. Par ailleurs, en moins de deux ans, 35 % des entreprises ont déjà adopté l’IA agentique et 44 % supplémentaires prévoient de la déployer très prochainement. Comme le souligne l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (INRIA), l’IA agentique représente moins une rupture scientifique fondamentale qu’une rupture fonctionnelle et systémique. Pour le Conseil de l’IA et du numérique, l’IA agentiquene constitue pas une rupture technologique unique mais correspond plutôt à la combinaison d’accélérations technologiques. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), signale que les concepts « agents d’IA » et « IA agentique » sont parfois utilisés de manière interchangeable, ce qui entraîne une certaine confusion et un manque de clarté conceptuelle. Cependant, un examen plus approfondi révèle des distinctions importantes entre ces deux concepts (« The agentic AI landscape and its conceptual foundations », février 2026). Pour l’OCDE, « l’IA agentique désigne des systèmes composés de plusieurs agents d’IA coordonnés, capables de décomposer des tâches, de collaborer et de poursuivre des objectifs complexes de manière autonome sur de longues périodes. Ces systèmes sont conçus pour fonctionner dans des environnements physiques ou virtuels plus ouverts et moins prévisibles, et pour opérer avec un minimum de supervision humaine ». Contrairement à l’IA générative qui se limite à produire du contenu, l’IA agentique, système d’IA autonome, est capable d’agir de manière indépendante pour atteindre des objectifs prédéterminés. On lui délègue une tâche à exécuter. Il se compose d’agents IA, de modèles d’apprentissage automatique capables d’imiter la prise de décision humaine pour résoudre des problèmes en temps réel. Les principaux enjeux de l’IA agentique dans le secteur financier L’IA agentique peut automatiser des processus complexes afin d’améliorer la productivité tout en réduisant les coûts opérationnels : analyse de marchés et veille économique, détection des fraudes et des opérations suspectes, automatisation des processus de conformité, etc. Par ailleurs, l’IA agentique permet d’accélérer la prise de décision grâce à une meilleure exploitation des données : amélioration de la pertinence des données utilisées et consolidation des données jusque-là dispersées. Enfin, grâce à l’IA agentique, les banquiers, assureurs et gestionnaires d’actifs peuvent proposer une personnalisation des services financiers. Quelques exemples d’utilisation de l’IA agentique dans le secteur bancaire et financier Ce nouveau système d’IA est en plein boom dans les banques américaines. D’après une enquête de Ernst and Young et du MIT en 2025, 70 % des dirigeants du secteur bancaire affirment que leurs banques utilisent déjà l’IA agentique. Sur le terrain, les applications dans le secteur bancaire se multiplient. Ainsi, JPMorgan Chase explore l’utilisation de l’IA agentique pour détecter les fraudes, fournir des conseils financiers personnalisés, automatiser les processus d’approbation de prêts et traiter des documents juridiques. En France, la Société Générale, par l’intermédiaire de sa nouvelle entité SocGen AI, transforme sa transformation numérique en se concentrant sur l’IA agentique, qu’elle perçoit comme la prochaine étape majeure au-delà de l’IA générative classique. Le groupe BPCE mise sur l’IA pour automatiser davantage de processus, tout en conservant l’humain au cœur des décisions stratégiques. Des tests sont effectués sur différents métiers : relation-client, middle-et back-offices, contrôles. Les principaux défis liés à l’IA agentique L’un des plus grands défis concerne la question de la responsabilité en cas de défaillance d’un système autonome. D’où la nécessité de maintenir une supervision humaine. En outre, avec l’IA agentique, nous nous heurtons aux risques de non-conformité règlementaire (RGPD, AI Act européen, lutte contre le blanchiment des capitaux, …). Concernant la cybersécurité, si l’IA agentique peut être mise à son service (détection de la fraude notamment), elle n’en crée pas moins de nouvelles menaces : attaque par injection d’instructions génératives (prompts), fuite de données sensibles, … Un rapport du Sénat du 28 avril 2026 souligne que l’IA agentique accélère les capacités d’attaque bien plus rapidement que l’installation d’outils de cyberdéfense. De plus, la prolifération de l’IA agentique entraîne de nouveaux risques systémiques tels que l’amplification des réactions de marché, l’augmentation de la contagion financière, … Enfin, parmi les défis éthiques de l’IA agentique, son déploiement pose des risques de biais algorithmiques et des violations de la confidentialité des données personnelles. En conclusion, l’IA agentique préfigure désormais des mutations profondes au sein du secteur de la finance. Elle gagne du terrain en automatisant des processus complexes, en s’imposant comme le nouveau moteur de la relation client et en améliorant la gestion des risques. Toutefois, son déploiement soulève des défis considérables en matière de gouvernance, de conformité règlementaire, de cybersécurité et de gestion du risque systémique. Pour réussir cette nouvelle révolution de l’intelligence artificielle, il faudra combiner autonomie des agents, supervision humaine et conformité règlementaire. Comme le souligne Bpifrance, l’IAagentique, aussi performante soit-elle, présente des limites et des risques. « L’équilibre entre autonomie, supervision et responsabilité humaine demeure indispensable pour garantir la fiabilité et l’éthique des décisions prises ».

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DUBERTRET Julien & RAGACHE Nicolas. La longue dérive de la dette française, Editions PUF, 2026, 670 pages

« La longue dérive de la dette française » pourrait être la une d’un média économique à l’heure où le rendement de l’OAT française à 10 ans vient de franchir le seuil des 4%, soit son plus haut niveau depuis octobre 2008. Julien Dubertret et Nicolas Ragache ont retracé dans cet essai, paru en avril dernier, 70 ans de politique budgétaire de la France, de 1958 à nos jours. L’ouvrage est largement documenté à partir des séries longues de l’INSEE. Les orientations économiques et les présentations des projets de loi de finances sont complétées des extraits des déclarations de politique générale. Une restitution remarquable, après des années de travail et recherches, avec un objectif clair : éclairer les concitoyens sur les succès et les échecs observés sur la période. Un retour dans le passé nécessaire afin de mieux comprendre la situation actuelle des finances publiques et tenter de répondre à cette question : comment a-t-on pu passer d’un ratio de dette publique sur PIB de 48% en 1980, 109% en 2023 et plus de 115% en 2025 ? On y apprend que le vrai moment de la rupture sur le déficit public français se situe en 1981 et non en 1975. La seconde moitié des années 70 ont enregistré une période d’alourdissement du coût du travail en France et de perte de compétitivité très durable des entreprises françaises, aggravée par la mise en place de la taxe professionnelle. La limite de 3% de déficit a été formulée en France en 1982-1983. Cette limite sera retenue ultérieurement par les textes européens et s’est ancrée comme un dogme à respecter, en la rendant acceptable tant qu’elle demeure inférieure à 3% du PIB : « Le déficit est devenu une ressource publique à part entière. » Quelques leçons de cette histoire budgétaire relevés au fil des années : Le livre se termine sur un tableau peu radieux de la situation économique de la France, basé sur un modèle de dépenses publiques et des prélèvements obligatoires élevés, dans un paysage parlementaire fragmenté. Cet essai est à conseiller aux futurs candidats à l’élection présidentielle où les auteurs les invitent à s’appuyer sur une meilleure lecture du cycle économique et sur des objectifs de long terme ambitieux et moins dépendants de la croissance. Julien DUBERTRET a été conseiller budgétaire du premier ministre avant de prendre la tête, en 2011, de la Direction du budget, où il était entré en 1992, puis de servir à l’Inspection générale des finances. Ill est aujourd’hui expert au sein du cabinet Global Sovereign Advisory.  Nicolas RAGACHE est économiste et juriste diplômé de l’Ensae, de l’École d’économie de Paris et de Paris-Panthéon-Assas. Il a occupé des postes d’administrateur à Bercy, de conseiller ministériel et est actuellement chef économiste de l’Afep (Association française des entreprises privées). Note de lecture réalisée par Sophie FRIOT

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LE RETOUR DE MILTON FRIEDMAN

Jean-Jacques Pluchart La pensée de Milton Friedman connaît  un regain d’intérêt depuis quelques semaines, alors que l’économie des États-Unis est marquée par un retour de l’inflation, une stagnation des salaires réels et un rejet par la justice des droits de douane imposés par la nouvelle présidence américaine. Après des études d’économie et de mathématiques, Milton Friedman (1914-2006) a été l’assistant de Simon Kuznets, le « père du PIB », puis enseignant-chercheur dans plusieurs universités américaines, notamment celle de Standford. Il a participé à la conception du Plan Marshall avant de recevoir le Prix Nobel d’économie (1976). Il est notamment  l’inspirateur  de l’École de Chicago et des politiques anti- stagflationnistes engagées à la sortie des Trente Glorieuses, aux États-Unis et  au Royaume Uni – et dans une moindre mesure en Europe continentale – au cours  des années 1970 et 1980. Il a publié de nombreux ouvrages parmi lesquels Histoire monétaire des États-Unis de 1867 à 1910, Inflation et système monétaire, Capitalisme et liberté. Il se présente comme étant à la fois économiste et historien. Il déduit de ses analyses que si le libéralisme engendre des inégalités, il permet également de combattre certaines discriminations.  Sa pensée est injustement résumée par quelques formules simples selon lesquelles « l’entreprise a un rôle économique et non social », ou  « le marché est meilleur que l’État pour la conduite de l’activité économique ». Mais il a en fait développé une pensée originale et prémonitoire sur le dilemme « inflation- chômage », sur les missions des banques centrales, sur l’arbitrage entre la liberté et l’égalité et le rôle de l’éducation dans la réduction des inégalités. Milton Friedman  s’est fait connaître par son analyse de la crise de 1929 et  pour sa critique du « compromis fordien » et surtout de l’analyse keynésienne de la consommation. Il a soutenu que cette dernière ne dépendait pas des revenus  des ménages à un moment donné, mais plutôt de la perception de leurs « revenus permanents » à moyen terme, qu’il qualifie « d’anticipation adaptative ». Si l’avenir est perçu comme stable, les agents ont tendance à consommer, et si la conjoncture est vécue comme instable, ils ont tendance à épargner. Mais  Milton Friedman  est surtout  le « champion » de la liberté d’entreprendre et de la concurrence sur les marchés. Il s’oppose à toutes situations de monopole, de « passager clandestin »  ou d’emprise sur les marchés.  Il dénonce « l’erreur » de Keynes, selon  laquelle « l’inflation combat le chômage », et il critique la « courbe de Phillips », selon laquelle le taux de chômage serait en relation inverse avec les salaires nominaux (« plus la hausse du salaire est  forte, plus le chômage est faible »). Il considère que les indicateurs- clé sont le salaire réel et non le salaire nominal, ainsi que le « taux de chômage naturel », c’est-à-dire le taux minimal sous lequel un État ne peut relancer l’emploi par des mesures seulement conjoncturelles. Il critique ainsi « l’illusion monétaire »  par laquelle le taux de chômage ne dépend pas à court terme de la variation des salaires et des prix nominaux , mais  plutôt à long terme des évolutions des salaires et de l’emploi réels. Il a ainsi inspiré les indicateurs NAIRU et NAWRU (non accelerating wage rate of unemployability), qui sont actuellement très surveillés en raison de la reprise du chômage et de l’inflation dans certains pays. Friedman soutient par ailleurs que « l’Etat- arbitre »  doit se contenter d’exercer des fonctions régaliennes (justice, sécurité, transport),  garantir la concurrence sur les marchés et se garder de toute réglementation qui risquerait  de limiter l’efficience des marchés. L’État doit éviter d’alourdir les « dépenses contraintes» des entreprises (pesant sur leurs investissements) et des ménages (réduisant leur consommation). Il doit privilégier les mesures qui favorisent la mobilité des facteurs de production, et notamment des talents afin de « limiter la simple reproduction des élites ».  Comme Tocqueville, il considère que les inégalités sont « justes » lorsqu’elles sont justifiées par du talent et/ou du travail et non par des situations de rente. Il est favorable à une concurrence entre les écoles et universités publiques et privées afin de développer les capacités et les compétences, et d’alléger es coûts des formatons. Milton Friedman est le champion de l’orthodoxie monétaire. Il dénonce la « versatilité » des gouvernements et des banques centrales en matière monétaire, ainsi que le culte de l’étalon-or. Il conseille d’appliquer une « règle » stable, estimant que le rôle d’une banque centrale est d’abord de mener une politique anti-inflationniste  (le taux d’inflation doit être selon lui compris entre 2 et 2,5%) grâce à  la fixation de taux d’intérêt permettant de réguler le crédit et à un guidage prospectif (forward guidance) ) donnant des indications sur l’orientation future de la politique monétaire. Sur le plan, fiscal, il s’oppose à la progressivité de la taxation des revenus  (à l’exception des très hauts revenus), mais il est favorable à une faible taxation des dividendes et des « héritages justes » , issus du « talent et de l’effort », mais il préconise  une  forte imposition des « héritages injustes »,  basés sur des rentes ou des gains au jeu.  Un des objectifs de l‘État doit être, par une fiscalité adaptée,  de favoriser  le financement sur fonds propres des investissements les plus rentables. Il est par ailleurs opposé à tout revenu universel, mais est  favorable  à un « impôt négatif » en faveur des ménages les plus modestes et à des bourses aux étudiants les plus méritants. Milton Friedman reconnaît, comme Karl Popper, que les théories économiques sont critiquables et donc réfutables, mais il n’en demeure pas moins qu’une lecture ou une relecture de ses publications s’impose avant de se plier à « l’ardente obligation nationale » de restaurer les équilibres économiques fondamentaux.

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Masson A.(2025), L’héritage au XXIe siècle, Odile Jacob.

L’ouvrage se présente comme un vade mecum comportant des réponses à 50 questions fréquemment posées en matière de fiscalité de l’héritage. L’ouvrage est organisé en trois parties traitant le rôle de l’héritage dans la vie sociale, le déclin des droits de succession, puis formulant des propositions de réforme des dispositifs actuels. Une des problématiques fiscales les plus sensibles porte en France depuis plusieurs décennies sur la taxation du capital (immobilier et financier) et de l’héritage, notamment depuis la parution de l’ouvrage de Piketty, Le capital au XXI e siècle (2021). Ce dernier propose un « Grand Transfert » du capital entre les seniors (détenteurs de 60% du patrimoine privé national) et les jeunes générations. Cette question a été traitée par d’illustres économistes et sociologues, comme Atkinson, Friedman, Rawls, Pikettey, Sen… Elle constitue un révélateur du positionnement économique et social des français. Elle est d’autant plus clivante qu’elle oppose ou divise les générations, les ménages (plus ou moins fortunés), les mouvements politiques et les gouvernements européens. Pourtant, l’héritage n’a jamais été aussi peu taxé en France (il engendre moins de 1% des recettes de l’État); c’est pourquoi la tentation est de plus en plus grande de redresser les comptes publiques en « surtaxant les riches », mais cette mesure radicale est de nature à intensifier l’exil fiscal. Des réformes « systémiques » sont notamment préconisées puis rapidement oubliées, comme la dotation d’un héritage minimum en début de vie active, la surtaxation d’héritages issus d’autres héritages ou produits par des rentes improductives…  Afin d’orienter l’épargne faiblement productive placée dans des comptes de trésorerie, et des obligation d’État, plusieurs économistes (Artus et Viard, 2022) ; Tirole et Blanchard, 2021 ; Masson, 2025) proposent des formules hybrides  conjuguant des incitations aux donations, la création de nouvelles tranches d’imposition (jusqu’à 60%) des transmissions, des exemptions d’impôts sur les produits des « placements d’avenir »  destinés à financer des projets à très long terme (jusqu’à 25 ans) répondant aux principes ESG. André Masson est directeur de recherche au CNRS et à l’EHESS, ainsi que  chercheur à L’École d’économie de Paris. Jean-Jacques Pluchart

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BOROUMAND Raphaël & MAESTRONI Myriam. Economie et Climat – le Faux dilemme, De Boeck Supérieur, 2026, 288 pages

Myriam MAESTRONI et Raphaël BOROUMAND propose dans leur ouvrage de réconcilier les « climato-sceptiques » et les « climato-défaitistes ». Ils croient en la combinaison de l’ensemble des leviers en faveur d’une croissance sélective, sobre et décarbonée, « sans opposer les préoccupations de fin de mois à celles de fin du monde ». La décarbonation va couter cher, mais ces investissements sont bien inférieurs aux coûts du dérèglement climatique. Cela nécessite la décroissance de certains secteurs, comme le textile, et la croissance de secteurs bas carbone et utiles à l’économie. Ils évoquent l’effet du « champagne curve » en montrant qu’à partir d’un certain seuil de développement économique, la croissance des émissions de carbone n’améliore plus le bien-être des populations. Les auteurs prônent l’efficacité énergétique comme une des solutions majeures avec le développement massif des énergies renouvelables afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Cette efficacité énergétique doit être optimisée dans tous les secteurs : accroitre les énergies renouvelables et gérer leur intermittence via des solutions de stockage, développer massivement l’hydrogène vert, décarboner les transports et développer la capture du dioxyde de carbone. Les auteurs présentent un panorama complet des systèmes énergétiques et des nouveaux enjeux géopolitiques. L’Europe veut être championne du développement durable mais dépend fortement de fournisseurs extérieurs, telles que la Chine pour les métaux rares et les Etats-Unis pour le gaz de schiste, depuis le début de la guerre en Ukraine. Elle ne « doit pas confondre leadership règlementaire et leadership climatique ». En effet, pour atteindre les objectifs de développement des énergies renouvelables, elle avait supprimé en 2018 les droits de douane sur les panneaux solaires chinois. A peine 10 ans plus tard, cette décision montre les erreurs commises pour remplir des objectifs à court terme alors qu’une nouvelle politique européenne énergétique et industrielle nécessite une vision à long terme. A défaut d’avoir les ressources stratégiques sur son territoire, les auteurs estiment que l’Europe a sa carte à jouer dans le développement d’usines de transformation dédiées au recyclage et au raffinage de minerais. Aucune énergie n’est sans risque ni ne fait l’unanimité au niveau mondial. Mais le livre fait la part belle à l’hydrogène, vue comme l’énergie du futur puisqu’elle n’émet pas de CO2. L’émergence de la filière hydrogène vert peut répondre à la combinaison de croissance économique, créations d’emplois et de transition écologique. Tous ces développements nécessitent des investissements que les Etats ne seront pas en mesure de financer seuls. Le monde financier et l’épargne des citoyens devront être mis à contribution pour assurer les objectifs de décarbonation.   Un livre complet et bien documenté, qui ravira les lecteurs convaincus qu’une nouvelle voie de développement économique et durable est possible. Raphaël BOROUMAND est professeur d’économie à PSB, spécialiste de l’énergie et du climat. Il est docteur de l’EHESS-Paris et HDR en sciences économiques (Université Paris-Saclay). Il conseille des institutions publiques (ministères, parlement, régulateurs, think tanks) et privées sur les stratégies en matière d’énergies, de politiques climatiques, et de gestion de risques sur les marchés de matières-premières. Myriam MAESTRONI est une dirigeante engagée dans la transition énergétique, devenue très jeune directrice générale dans le secteur de l’énergie avant de fonder Economie d’Energie et l’entreprise DEESCO. Elle préside le fonds de dotation E5T ainsi que le programme « 100 leaders pour la Planète ». Décorée de la Légion d’Honneur et de l’Ordre nationale du Mérite, elle siège dans plusieurs conseils d’administration et figure au top 40 du classement Forbes France. Note de lecture réalisée par Sophie FRIOT

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