Elementor #76

LE RETOUR DE MILTON FRIEDMAN

Jean-Jacques Pluchart La pensée de Milton Friedman connaît  un regain d’intérêt depuis quelques semaines, alors que l’économie des États-Unis est marquée par un retour de l’inflation, une stagnation des salaires réels et un rejet par la justice des droits de douane imposés par la nouvelle présidence américaine. Après des études d’économie et de mathématiques, Milton Friedman (1914-2006) a été l’assistant de Simon Kuznets, le « père du PIB », puis enseignant-chercheur dans plusieurs universités américaines, notamment celle de Standford. Il a participé à la conception du Plan Marshall avant de recevoir le Prix Nobel d’économie (1976). Il est notamment  l’inspirateur  de l’École de Chicago et des politiques anti- stagflationnistes engagées à la sortie des Trente Glorieuses, aux États-Unis et  au Royaume Uni – et dans une moindre mesure en Europe continentale – au cours  des années 1970 et 1980. Il a publié de nombreux ouvrages parmi lesquels Histoire monétaire des États-Unis de 1867 à 1910, Inflation et système monétaire, Capitalisme et liberté. Il se présente comme étant à la fois économiste et historien. Il déduit de ses analyses que si le libéralisme engendre des inégalités, il permet également de combattre certaines discriminations.  Sa pensée est injustement résumée par quelques formules simples selon lesquelles « l’entreprise a un rôle économique et non social », ou  « le marché est meilleur que l’État pour la conduite de l’activité économique ». Mais il a en fait développé une pensée originale et prémonitoire sur le dilemme « inflation- chômage », sur les missions des banques centrales, sur l’arbitrage entre la liberté et l’égalité et le rôle de l’éducation dans la réduction des inégalités. Milton Friedman  s’est fait connaître par son analyse de la crise de 1929 et  pour sa critique du « compromis fordien » et surtout de l’analyse keynésienne de la consommation. Il a soutenu que cette dernière ne dépendait pas des revenus  des ménages à un moment donné, mais plutôt de la perception de leurs « revenus permanents » à moyen terme, qu’il qualifie « d’anticipation adaptative ». Si l’avenir est perçu comme stable, les agents ont tendance à consommer, et si la conjoncture est vécue comme instable, ils ont tendance à épargner. Mais  Milton Friedman  est surtout  le « champion » de la liberté d’entreprendre et de la concurrence sur les marchés. Il s’oppose à toutes situations de monopole, de « passager clandestin »  ou d’emprise sur les marchés.  Il dénonce « l’erreur » de Keynes, selon  laquelle « l’inflation combat le chômage », et il critique la « courbe de Phillips », selon laquelle le taux de chômage serait en relation inverse avec les salaires nominaux (« plus la hausse du salaire est  forte, plus le chômage est faible »). Il considère que les indicateurs- clé sont le salaire réel et non le salaire nominal, ainsi que le « taux de chômage naturel », c’est-à-dire le taux minimal sous lequel un État ne peut relancer l’emploi par des mesures seulement conjoncturelles. Il critique ainsi « l’illusion monétaire »  par laquelle le taux de chômage ne dépend pas à court terme de la variation des salaires et des prix nominaux , mais  plutôt à long terme des évolutions des salaires et de l’emploi réels. Il a ainsi inspiré les indicateurs NAIRU et NAWRU (non accelerating wage rate of unemployability), qui sont actuellement très surveillés en raison de la reprise du chômage et de l’inflation dans certains pays. Friedman soutient par ailleurs que « l’Etat- arbitre »  doit se contenter d’exercer des fonctions régaliennes (justice, sécurité, transport),  garantir la concurrence sur les marchés et se garder de toute réglementation qui risquerait  de limiter l’efficience des marchés. L’État doit éviter d’alourdir les « dépenses contraintes» des entreprises (pesant sur leurs investissements) et des ménages (réduisant leur consommation). Il doit privilégier les mesures qui favorisent la mobilité des facteurs de production, et notamment des talents afin de « limiter la simple reproduction des élites ».  Comme Tocqueville, il considère que les inégalités sont « justes » lorsqu’elles sont justifiées par du talent et/ou du travail et non par des situations de rente. Il est favorable à une concurrence entre les écoles et universités publiques et privées afin de développer les capacités et les compétences, et d’alléger es coûts des formatons. Milton Friedman est le champion de l’orthodoxie monétaire. Il dénonce la « versatilité » des gouvernements et des banques centrales en matière monétaire, ainsi que le culte de l’étalon-or. Il conseille d’appliquer une « règle » stable, estimant que le rôle d’une banque centrale est d’abord de mener une politique anti-inflationniste  (le taux d’inflation doit être selon lui compris entre 2 et 2,5%) grâce à  la fixation de taux d’intérêt permettant de réguler le crédit et à un guidage prospectif (forward guidance) ) donnant des indications sur l’orientation future de la politique monétaire. Sur le plan, fiscal, il s’oppose à la progressivité de la taxation des revenus  (à l’exception des très hauts revenus), mais il est favorable à une faible taxation des dividendes et des « héritages justes » , issus du « talent et de l’effort », mais il préconise  une  forte imposition des « héritages injustes »,  basés sur des rentes ou des gains au jeu.  Un des objectifs de l‘État doit être, par une fiscalité adaptée,  de favoriser  le financement sur fonds propres des investissements les plus rentables. Il est par ailleurs opposé à tout revenu universel, mais est  favorable  à un « impôt négatif » en faveur des ménages les plus modestes et à des bourses aux étudiants les plus méritants. Milton Friedman reconnaît, comme Karl Popper, que les théories économiques sont critiquables et donc réfutables, mais il n’en demeure pas moins qu’une lecture ou une relecture de ses publications s’impose avant de se plier à « l’ardente obligation nationale » de restaurer les équilibres économiques fondamentaux.

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Masson A.(2025), L’héritage au XXIe siècle, Odile Jacob.

L’ouvrage se présente comme un vade mecum comportant des réponses à 50 questions fréquemment posées en matière de fiscalité de l’héritage. L’ouvrage est organisé en trois parties traitant le rôle de l’héritage dans la vie sociale, le déclin des droits de succession, puis formulant des propositions de réforme des dispositifs actuels. Une des problématiques fiscales les plus sensibles porte en France depuis plusieurs décennies sur la taxation du capital (immobilier et financier) et de l’héritage, notamment depuis la parution de l’ouvrage de Piketty, Le capital au XXI e siècle (2021). Ce dernier propose un « Grand Transfert » du capital entre les seniors (détenteurs de 60% du patrimoine privé national) et les jeunes générations. Cette question a été traitée par d’illustres économistes et sociologues, comme Atkinson, Friedman, Rawls, Pikettey, Sen… Elle constitue un révélateur du positionnement économique et social des français. Elle est d’autant plus clivante qu’elle oppose ou divise les générations, les ménages (plus ou moins fortunés), les mouvements politiques et les gouvernements européens. Pourtant, l’héritage n’a jamais été aussi peu taxé en France (il engendre moins de 1% des recettes de l’État); c’est pourquoi la tentation est de plus en plus grande de redresser les comptes publiques en « surtaxant les riches », mais cette mesure radicale est de nature à intensifier l’exil fiscal. Des réformes « systémiques » sont notamment préconisées puis rapidement oubliées, comme la dotation d’un héritage minimum en début de vie active, la surtaxation d’héritages issus d’autres héritages ou produits par des rentes improductives…  Afin d’orienter l’épargne faiblement productive placée dans des comptes de trésorerie, et des obligation d’État, plusieurs économistes (Artus et Viard, 2022) ; Tirole et Blanchard, 2021 ; Masson, 2025) proposent des formules hybrides  conjuguant des incitations aux donations, la création de nouvelles tranches d’imposition (jusqu’à 60%) des transmissions, des exemptions d’impôts sur les produits des « placements d’avenir »  destinés à financer des projets à très long terme (jusqu’à 25 ans) répondant aux principes ESG. André Masson est directeur de recherche au CNRS et à l’EHESS, ainsi que  chercheur à L’École d’économie de Paris. Jean-Jacques Pluchart

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BOROUMAND Raphaël & MAESTRONI Myriam. Economie et Climat – le Faux dilemme, De Boeck Supérieur, 2026, 288 pages

Myriam MAESTRONI et Raphaël BOROUMAND propose dans leur ouvrage de réconcilier les « climato-sceptiques » et les « climato-défaitistes ». Ils croient en la combinaison de l’ensemble des leviers en faveur d’une croissance sélective, sobre et décarbonée, « sans opposer les préoccupations de fin de mois à celles de fin du monde ». La décarbonation va couter cher, mais ces investissements sont bien inférieurs aux coûts du dérèglement climatique. Cela nécessite la décroissance de certains secteurs, comme le textile, et la croissance de secteurs bas carbone et utiles à l’économie. Ils évoquent l’effet du « champagne curve » en montrant qu’à partir d’un certain seuil de développement économique, la croissance des émissions de carbone n’améliore plus le bien-être des populations. Les auteurs prônent l’efficacité énergétique comme une des solutions majeures avec le développement massif des énergies renouvelables afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Cette efficacité énergétique doit être optimisée dans tous les secteurs : accroitre les énergies renouvelables et gérer leur intermittence via des solutions de stockage, développer massivement l’hydrogène vert, décarboner les transports et développer la capture du dioxyde de carbone. Les auteurs présentent un panorama complet des systèmes énergétiques et des nouveaux enjeux géopolitiques. L’Europe veut être championne du développement durable mais dépend fortement de fournisseurs extérieurs, telles que la Chine pour les métaux rares et les Etats-Unis pour le gaz de schiste, depuis le début de la guerre en Ukraine. Elle ne « doit pas confondre leadership règlementaire et leadership climatique ». En effet, pour atteindre les objectifs de développement des énergies renouvelables, elle avait supprimé en 2018 les droits de douane sur les panneaux solaires chinois. A peine 10 ans plus tard, cette décision montre les erreurs commises pour remplir des objectifs à court terme alors qu’une nouvelle politique européenne énergétique et industrielle nécessite une vision à long terme. A défaut d’avoir les ressources stratégiques sur son territoire, les auteurs estiment que l’Europe a sa carte à jouer dans le développement d’usines de transformation dédiées au recyclage et au raffinage de minerais. Aucune énergie n’est sans risque ni ne fait l’unanimité au niveau mondial. Mais le livre fait la part belle à l’hydrogène, vue comme l’énergie du futur puisqu’elle n’émet pas de CO2. L’émergence de la filière hydrogène vert peut répondre à la combinaison de croissance économique, créations d’emplois et de transition écologique. Tous ces développements nécessitent des investissements que les Etats ne seront pas en mesure de financer seuls. Le monde financier et l’épargne des citoyens devront être mis à contribution pour assurer les objectifs de décarbonation.   Un livre complet et bien documenté, qui ravira les lecteurs convaincus qu’une nouvelle voie de développement économique et durable est possible. Raphaël BOROUMAND est professeur d’économie à PSB, spécialiste de l’énergie et du climat. Il est docteur de l’EHESS-Paris et HDR en sciences économiques (Université Paris-Saclay). Il conseille des institutions publiques (ministères, parlement, régulateurs, think tanks) et privées sur les stratégies en matière d’énergies, de politiques climatiques, et de gestion de risques sur les marchés de matières-premières. Myriam MAESTRONI est une dirigeante engagée dans la transition énergétique, devenue très jeune directrice générale dans le secteur de l’énergie avant de fonder Economie d’Energie et l’entreprise DEESCO. Elle préside le fonds de dotation E5T ainsi que le programme « 100 leaders pour la Planète ». Décorée de la Légion d’Honneur et de l’Ordre nationale du Mérite, elle siège dans plusieurs conseils d’administration et figure au top 40 du classement Forbes France. Note de lecture réalisée par Sophie FRIOT

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IA générative et LLM : vers des cygnes noirs ?

Jean-Jacques Pluchart Les multiples acteurs liés à l’Intelligence Artificielle s’interrogent sur la capacité des modèles d’IA générative et de LLM (grands modèles linguistiques) à engendrer des profits pour leurs concepteurs et des gains de productivité pour leurs utilisateurs. Le dernier rapport du  MIT (Massachusetts Institute of Technology) intitulé « The GenAI Divide: State of AI in Business 2025 », relève que 95% des programmes de l’IA générative lancés depuis 2022 n’ont toujours pas atteint leurs objectifs de rentabilité chez les éditeurs et les entreprises américaines  utilisatrices.  Il est vrai que les dépenses mondiales consacrées à l’IA ont atteint un pic en 2026,  avec des projets d’investissement estimés dans le monde à 2500 milliards € après avoir été multipliées par plus de 3 depuis 2023.  Après de fortes hausses de cours, la crainte de sévères corrections boursières s’intensifie, et les experts les plus reconnus semblent être incapables de prédire la date et l’ampleur des corrections.  Les perspectives boursières sont toutefois différentes selon les maillons de la chaîne de valeur de l’IA : les cours boursiers des équipementiers  en semi-conducteurs (Nvidia aux USA, TSMC à Taïwan, Samsung en Corée) et ceux des fournisseurs d’électricité, sont bien orientés ; ceux des centres de données, de calcul, de stockage et de location (cloud) sont inégaux ; les cours des  éditeurs de logiciels, comme les GAFA , sont plus incertains, de même que  ceux des équipementiers européens (ASML et STMicroelectronics). L’écosystème de l’IA semble être menacé par le « piège de Thucydide » par lequel une rivalité entre un leader et ses suiveurs engendre souvent  des absorptions et parfois des conflits. Le piège menace  les leaders du secteur comme Open AI et Anthropic, concurrencés par plusieurs développeurs d’applications, mais aussi, les leaders américains  challengés par les concepteurs chinois comme MiniMax M3 et DeepSeek V4 Pro.  Les entreprises occidentales et asiatiques testent de plus en plus les applications chinoises, moins coûteuses en tokens et plus économes en énergie. Elles s’efforcent également de diversifier leurs sources d’approvisionnement en équipements et en applications, par crainte d’un renchérissement des redevances et d’un embargo américain ou chinois sur certaines applications. Enfin, en Europe, les concepteurs et les utilisateurs risquent d’être taxés par les gouvernements des États membres en vue de contribuer aux investissements publics dans les infrastructures  (électricité, eau, voies d’accès) des plates formes digitales. Pour toutes ces raisons, les perspectives notamment financières de l’écosystème de l’IA peuvent être qualifiées de « cygne noir » au sens de Taleb.

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Collectif Le Grand Continent, L’ennemi qui nous désigne,Editeur Gallimard,mai 2026 , 378 pages.

« L’ennemi qui nous désigne » signifie que l’on devient l’ennemi d’autrui dès lors que celui-ci choisit de nous considérer comme tel, indépendamment de nos intentions ou de nos protestations ». Carl Schmitt. Nous sommes en 1965 à la Sorbonne. Un jeune philosophe, Julien Freund  est assis derrière une table. Face à lui, plusieurs grands maîtres de la philosophie française l’écoutent, avec un mélange d’intérêt et d’inquiétude. Il convient de revenir à sa phrase mystérieuse : “L’ennemi vous empêchera de cultiver votre jardin”, pour comprendre le monde dans lequel la présidence de Donald Trump nous a spectaculairement plongés. Et Julien Freund de poursuivre à l’encontre d’un éminent membre du jury : « vous pensez que c’est vous qui désignez l’ennemi comme tous les pacifistes. Et donc du moment que nous ne voulons pas d’ennemi, nous n’en aurons pas ! Or c’est l’ennemi qui vous désigne, et s’il veut que vous soyez son ennemi, vous l’êtes !  C’est le point de départ de ce cinquième volume du Grand Continent qui réunit une nouvelle fois des spécialistes de premier plan et des voix décisives pour s’orienter dans ce moment géopolitique. Si nous éprouvons un tel vertige face aux bouleversements en cours, c’est peut-être parce que nous refusons encore d’intégrer une dimension massive du contemporain : la Chine. Les auteurs lui consacrent  un dossier exclusif en publiant – souvent pour la première fois en français – des sinologues de renom et des doctrinaires clefs de Xi Jinping qui affichent de façon tout à fait ouverte et autorisée pourquoi et comment l’Occident « va perdre ». « Nous connaissons actuellement des changements sans précédent depuis un siècle et c’est nous qui, ensemble, sommes à l’origine de ces changements » a lancé le Président XI à Vlamidir Poutine. Ainsi toutes les forces convergentes risquent de faire courir aux démocraties libérales européennes un sort qui n’est pas sans rappeler celui de la République florentine à l’époque de Machiavel qui disait aux citoyens florentins : «  Ne vous laissez pas tromper pas par les cents années que vous avez vécues et où vous vous êtes gardés libres, ….car vous verrez qu’il est impossible que vous puissiez sauvegarder votre liberté d’aujourd’hui à la manière d’hier.  Dans ce cadre de réflexion et d’action, le Grand Continent s’efforce de fournir, outre des outils d’analyse, quelques moyens d’apprendre à résister aux prédateurs. Si les contours de la menace apparaissent, à ce stade, terriblement clairs, une réponse à la hauteur de l’époque peine à émerger. Giuliano da Empoli avec les contributions de Michael Albertus, Robert-Henri Berger, Emily Feng, Stacie Goddard, Beeban Kidron, Phil Klay, Oleksandra Matviitchouk, Abraham Newman, Minxin Pei, Paul Saffo, Afra Wang, Dan Wang et Meredith Whittaker qui dessine une cartographie chiffrée des tendances qui façonnent déjà une nouvelle hégémonie industrielle et technologique. Le dossier chinois sous la direction scientifique de David Ownby comprend les contributions de Lu Feng, Wang Huning, Jiang Shigong et Zhao Xiaozhuo qui affirme qu’aucune puissance fondée sur les services n’a gagné face à des adversaires bien dotés en technologie. Ce qui confirme l’adage militaire chinois selon lequel la meilleure victoire est celle obtenue sans avoir livrer bataille.  Le contenu de l’ouvrage est le suivant: Introduction de Giuliano da Empoli et Gilles Gressani Stacie Goddard et Abraham Newman, Néo-royalisme : le nouvel ordre mondial de Donald J. Trump Phil Klay ; Le Colisée numérique : géopolitique du Brainrot Meredith Whittaker ; L’infrastructure numérique de la souveraineté dépend de nos choix Michael Albertus, Recolonisation : le retour de l’empire et de la prise de terre au XXIᵉ siècle Oleksandra Matviïtchouk ; La force de notre lutte :Dan Wang ; Un État-ingénieur : chiffres et tendances de la nouvelle hégémonie chinoise Minxin Pei ; La modernisation totalitaire : aux sources du régime de Xi Jinping Emily Feng, “Que les fleurs rouges” : le problème de l’identité chinoise Wang Huning, L’Amérique contre l’Amérique : extraits choisis Lu Feng ; Maximalisme industriel : la doctrine économique du siècle chinois Zhao Xiaozhuo ; Le plan chinois pour prendre Taïwan Jiang Shigong ; L’Empire et l’ordre mondial Paul Saffo ; Le nouveau Moment Grotius Beeban Kidron ; Génération IA : notes pour les enfants perdus du numérique Robert-Henri Berger ; Gagner la guerre : pour une armée nouvelle Postface de Afra Wang ; L’Éveil de Lingao Présentation des auteurs. Le Grand Continent, revue née en ligne et portée par une nouvelle génération, s’est imposé comme la plateforme de référence pour le débat stratégique, politique et intellectuel à l’échelle continentale. Ce livre d’une grande clarté « quoique technique » doit être lu par quiconque s’intéresse à l’avenir de notre démocratie libérale, particulièrement en ce semestre qui va conduire la France et l’Europe a opéré des choix incontournables. Comme l’a dit JF KENNEDY, ce ne sera pas aisé, mais c’est parce que c’est difficile que nous devons choisir cette voie ! Dominique CHESNEAU

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Yao ASSOGBA, La Françafrique à l’épreuve du Panafricanisme. Réinvestir la pensée de Kwame Nkrumah, L’Harmattan, 2026, 318 pages.

Le professeur Yao Assogba se livre à une réflexion originale sur le Panafricanisme et la  Françafrique. Il rappelle les origines des mouvements panafricains  initiés en 1900 par Henry Sylvester-Williams de Trinitad, influencés par Rosa Louis Mc Karly et par Martin Luther King, puis développés par Marcus Aurelius Mosiah Garvey (1887-1940), qui a fondé  la doctrine Race First et le projet Back to Africa,  et par William Edward Burghhardt Du Bois (1863-1963), qui a défendu la cause de « l’Afrique aux Africains ». Ces deux courants ont été réunis dans la pensée de Kwame Nkruma (1909-1970), premier président de la république du Ghana,  auteur du livre Africa must unit. Le « Nkumanisme » est un mouvement politique ayant pour objectifs l’indépendance complète des États africains et la création d’États-Unis d’Afrique sur le modèle des États-Unis d’Amérique. Il s’oppose à toutes formes de néo-colonialisme et se réclame d’une idéologie  matérialiste et de socialiste, conjuguant traditions africaines et modernité occidentale. Il repose sur des « principes humanistes et égalitaires ». Il repose sur l’idéal- type de l’homo africanus politique nouveau ». Le mouvement a encore une certaine influence sur les populations et surtout sur la jeunesse africaine, notamment dans le cadre de l’Alliance des États du sahel, composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger).   Yao Assogba applique la démarche sociologique préconisée par Max Weber pour analyser le système de la Françafrique mis en place par la France en 1960 lors de la déclaration d’indépendance des États d’Afrique de l’Ouest, de l’Est et des Grands Lacs (soit 400 millions d’habitants et 8 millions de km2), ayant fait partie des l’Empire colonial puis de la Communauté française. Le système repose sur la reconnaissance de l’indépendance de chaque État et la mise en place d’un « pacte post-colonial » comportant  plusieurs formes de coopération industrielle (l’exploitation des ressources et les commandes publiques), économique (le franc CFA, l’exclusivité de certains échanges commerciaux…), géopolitique (la représentation des États africains par la France dans certaines instances internationales)  et culturelle (la francophonie). L’auteur esquisse en conclusion une analyse de la situation actuelle de l’ex Afrique francophone , à partir des verbatims des certaines personnalités françaises engagées dans les conflits au Sahel. Il constate que le Nkrumanisme recule face aux  avancées des mouvements islamiques, de l’Iran, de la Russie et de la Chine. Yao Assogba est professeur émérite en sociologie à l’Université Laval (Canada) et titulaire de la Chaire de la francophonie. Jean-Jacques Pluchart

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