Elementor #76

David McWILLIAMS, Argent.- Une histoire de l’humanité , Bérengère Viennot (Traduction) 2026 ,  Presses de La Cité,  348 pages.

Objet de nos désirs, moteur de notre génie… Et si l’argent était aussi la plus grande invention de l’humanité ? Saviez-vous que la piastre était l’ancêtre du dollar ? Que Hitler et Lénine s’étaient servis de la monnaie pour manipuler les foules ? Que Le Magicien d’Oz parle en réalité de la déflation associée à l’étalon-or ? Que notre avenir financier ne se trouve pas dans le bitcoin mais dans le crédit téléphonique ? Des grains d’orge des Sumériens aux cryptomonnaies en passant par les assignats révolutionnaires et l’invention du dollar, David McWilliams retrace d’une plume alerte et accessible l’histoire de cette invention qui – au même titre que la roue ou le feu – a façonné les relations entre les hommes. Loin des austères traités d’économie, David McWilliams nous montre que l’argent n’est pas qu’un instrument de pouvoir. Il peut aussi mener à la coopération et au progrès collectif. Il ne s’agit pas du premier ouvrage sur l’argent dans la littérature ni dans la liste des chroniques du Cercle Turgot. L’intérêt renouvelé de type d’ouvrage réside dans l’histoire de l’auteur et sa propre perception de l’argent. De cela découle le choix de continuum historique et des exemples. Certes, on commence avec une partie 1 dédiée à l’Antiquité et le fameux « pactole », on poursuite avec : l’argent au Moyen-Âge, l’argent révolutionnaire, l’argent moderne et enfin l’argent délivré (qui contrôle l’argent, la psychologie de l’argent, l’évolution de l’argent et la théorie monétaire moderne et le M-Pesa). Aussi sont abordées de nombreuses cultures qui ont contribué au développement de l’argent et les innovations que chacune a apportées. La maitrise de l’argent a coïncidé avec d’autres avancées majeures telles que l’écriture, le calcul le droit, la démocratie et la philosophie. Cette évolution soulève une question : l’argent a-t-il été al cause des autres développements ou ces développements ont-ils conduit à l’évolution de l’argent ? Lequel est la poule, lequel est l’œuf ? Telles est l’originalité de ce livre qui a été élu livre de l’année par le Financial Times : donner des éléments de réflexion pour tenter de répondre à la question. David Mc Williams est un auteur social, il a donc fait appel à de nombreux conseils et contributions, et exprime des opinions et… des erreurs qui sont les siennes et celles des gens cités dans le livre. Il ne s’agit pas pour le lecteur d’identifier les éventuelles bévues, mais de comprendre le cheminement intellectuel des contributeurs qui ont pu conduire à « des écarts par rapport à un consensus d’économistes spécialistes de la chose monétaire. Un ouvrage qui doit être lu par toutes personnes curieuses des idées et de leur interprétation et en l’espèce celles de l’argent et de la monnaie qui sont des concepts personnels. C’est un bien commun et un bien…individuel ! Dominique Chesneau

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Jean PEYRELEVADE, La France, du populisme au chaos, Eds Odile Jacob, 235 pages

L’ancien directeur adjoint de cabinet de Pierre Mauroy, de 1981 à 1983, dresse un portrait pamphlétaire de la situation économique, sociale, politique et syndicale de notre pays. La démocratie est affaiblie, la société est fracturée, l’économie est en déclin, les finances publiques sont lourdement déficitaires, et le monde politique et syndical ne cesse de faire preuve de son incapacité à relever ces défis. La verticalité des pouvoirs à tous les niveaux, le refus du dualisme, le déni de la réalité, l’inculture économique, doublée de l’escroquerie intellectuelle de quelques-uns, ont poussé la France dans un désordre tel que la démocratie est menacée de disparition. La France n’est pas capable, par elle-même, de faire société. Les faits historiques postrévolutionnaires nous le rappellent : de la Terreur jusqu’à la IIIe République, qui s’installe après avoir vaincu militairement la Commune, la France se réforme dans les émeutes et le sang. Les différentes forces sociales et les nombreux partis ne cherchent qu’à accéder à ce pouvoir suprême de verticalité. Chacun défend donc ses positions dans son propre intérêt, sans se soucier du bien commun. Pour l’auteur, la situation actuelle n’est pas sans rappeler celle de la monarchie de Juillet. La crise qui nous menace est à la fois économique, financière et politique. Le déficit et la dette sont tous deux hors de contrôle, et notre appareil productif souffre d’un manque de compétitivité. Les organisations patronales et syndicales campent sur leurs positions, tandis que, du côté des responsables politiques, la gauche, encore profondément anticapitaliste, reste prisonnière du mythe des ultra-riches qu’il faudrait taxer toujours davantage, et la droite se berce d’illusions en pensant qu’il suffirait de baisser les dépenses publiques sans toucher aux dépenses sociales. Pendant ce temps, les extrémistes de gauche comme de droite, dont les programmes n’ont pas la moindre capacité de redressement économique du pays, font miroiter des idées de changement et de bouleversement de la société pour attirer les « derniers de cordée ». Pourtant, les solutions existent pour traiter chacun de ces problèmes. Elles sont connues, documentées. Mais qui, à gauche comme à droite, est prêt à exprimer et à expliquer ce qu’il conviendrait de mettre en œuvre ? Les solutions naissent du drame : c’est une habitude bien française. Alors, devrons-nous d’abord plonger dans le chaos, ceci étant le scénario le plus probable retenu par l’auteur, pour voir apparaître une fois encore l’homme ou la femme providentiel  capable de résoudre les problèmes de fond et de changer enfin nos méthodes de gouvernance ? Jean Peyrelevade, Haut fonctionnaire, ex directeur  adjoint du cabinet de Pierre Mauroy, Ex-Président de Suez, Banque Stern, UAP et Crédit Lyonnais. Économiste et conseil indépendant. Ph Alezard

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Rogoff Kenneth, Our dollar, your problem, Eds Yale University Press 2025, 345 pages.

« Notre dollar, votre problème » se lit presque comme un roman, tant Kenneth Rogoff livre au lecteur un récit à la fois précis et technique de plus de quarante années passées au sein de cercles financiers de premier plan, universitaires et institutionnels, à l’échelle mondiale. L’expression originelle « our dollar, your problem » a été forgée par John Connally, alors secrétaire au Trésor des États‑Unis, au début des années 1970, lorsqu’il s’adressait à des dirigeants européens exaspérés à la suite de la suspension de la convertibilité du dollar en or par l’administration Nixon. À cette époque, les pays européens détenaient d’importantes quantités de bons du Trésor américain. Dans le contexte actuel de montée des tensions géopolitiques à travers le globe et de plusieurs conflits impliquant des pays historiquement dépendants du dollar sur les plans monétaire et économique, l’ère dite de la « pax », qui reposait sur le dollar « pour assurer la stabilité et la croissance pour un avenir indéfini », pourrait bien atteindre un tournant décisif. Quoi qu’il en soit, Rogoff suggère que la période antérieure à la pandémie laissera très probablement place à des phases accrues d’instabilité, de surendettement, d’inflation et de volatilité des taux de change. S’appuyant sur sa propre expérience, ses travaux et des prévisions particulièrement éclairantes, Rogoff explore les limites des précédents candidats susceptibles de remettre en cause la domination du dollar, en évoquant successivement l’Union soviétique, le yen japonais, l’euro et le renminbi chinois. Il formule plusieurs analyses intéressantes et pertinentes sur l’émergence de la monnaie unique européenne. Si, en théorie, l’euro disposait du potentiel nécessaire pour rivaliser sérieusement avec le dollar américain, il demeure aujourd’hui essentiellement une monnaie régionale. Les insuffisances d’une « union politique plus profonde », d’une « autorité budgétaire forte », d’un « système bancaire intégré » ainsi que l’absence d’une croissance soutenue au cours des dernières décennies figurent parmi les principales raisons que Rogoff avance pour expliquer les limites de l’euro en tant que véritable concurrent du dollar. Il considère toutefois le renminbi chinois comme une « menace à plus long terme et potentiellement plus redoutable pour le dollar ». Si, par exemple, les autorités chinoises décidaient de découpler le renminbi du dollar, cela entraînerait un basculement massif des économies asiatiques — très dépendantes du dollar pour leurs chaînes d’approvisionnement — en faveur de la monnaie chinoise. À elles seules, les économies asiatiques représentent près de la moitié du bloc dollar (hors États‑Unis) en termes de PIB pondéré. Cette hypothèse comporte néanmoins des défis majeurs pour la Chine, notamment l’essoufflement de son modèle historique de forte croissance, ainsi que les conséquences sociales et financières qu’impliquerait la réussite de trajectoires économiques alternatives. Quoi qu’il en soit, l’auteur estime que le découplage du dollar par la Chine est inévitable à terme. Dans plusieurs chapitres de l’ouvrage, l’auteur revient sur un point particulièrement saillant dans le contexte géopolitique actuel : la relation étroite entre la puissance militaire, soutenue par la technologie, et la force d’une devise. L’Europe, en particulier, accuse un retard significatif par rapport aux États‑Unis et à la Chine dans le domaine technologique, pourtant essentiel pour renforcer efficacement ses capacités de défense. Rogoff s’interroge à juste titre sur la capacité de l’Europe à déployer, avec la même rigueur et le même succès, une montée en puissance rapide de ses ambitions de défense que celle qui avait accompagné la mise en place de l’euro. Rogoff développe également la question des monnaies numériques. S’il reconnaît qu’elles peuvent concurrencer le dollar pour une part des transactions, leur impact resterait selon lui largement cantonné à « l’économie souterraine mondiale ». En tout état de cause, s’agissant des stablecoins, leur évolution restera, in fine, soumise à la régulation des pouvoirs publics. Quant aux monnaies numériques de banques centrales (MNBC), elles constituent un moyen d’accroître l’efficacité des systèmes financiers et l’inclusion financière, tout en pouvant servir de rempart contre une pénétration accrue du dollar dans les économies mondiales. La Réserve fédérale américaine s’est montrée relativement lente à lancer une MNBC : le dollar demeure la monnaie dominante à l’échelle mondiale et il semble exister une préférence consistant à laisser d’autres pays faire l’expérience des turbulences liées au lancement de telles devises numériques. Néanmoins, une initiative comme celle actuellement portée par la Banque centrale européenne pourrait constituer un levier significatif pour contester la domination du dollar. L’auteur conclut cette analyse remarquable en abordant les avantages conférés par la domination monétaire ainsi que la question d’un éventuel pic de la suprématie du dollar. Les bénéfices évidents d’un dollar dominant résident dans sa forte liquidité, liée à une demande soutenue et à son utilisation massive dans les transactions commerciales internationales. Rogoff souligne une nouvelle fois le lien établi plus tôt entre la puissance militaire et la domination monétaire : la prééminence du dollar permet aux États‑Unis de financer plus facilement leurs dépenses militaires et, surtout, leur offre une marge de manœuvre financière considérable en cas de besoin d’augmentation rapide des budgets de défense — une situation que nous observons clairement en 2026. S’agissant de la question de savoir si le dollar a  atteint ou atteindra prochainement son apogée en tant que principale monnaie mondiale, l’auteur explique que tant que la Réserve fédérale parvient à maintenir l’inflation à un niveau durable et maîtrisé, et que l’endettement américain « hors de contrôle » reste contenu, rien ne devrait fondamentalement remettre en cause le statu quo. En revanche, un environnement politique instable, une dérive incontrôlée de la dette et/ou des pressions politiques réduisant l’indépendance de la Fed pourraient ouvrir la voie à une plus grande instabilité et offrir des opportunités à des acteurs périphériques — tels que la Chine, les crypto‑monnaies ou même l’euro — pour modifier sensiblement l’équilibre existant. En guise de conclusion, Rogoff rappelle dès l’ouverture de cet ouvrage majeur que les monnaies dominantes ne changent en général qu’une fois tous les uns à deux siècles. L’avenir dira si nous entrons dans l’ère d’un ou de plusieurs « nouveaux champions ». Kathleen Wantz‑O’Rourke Kenneth Rogoff, ancien économiste en chef du Fonds monétaire international de 2001 à 2003, est professeur d’économie Maurits C. Boas à l’Université de Harvard. Grand maître d’échecs, il siège

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Hommage au Professeur René Passet,

Membre fondateur du CIRET Le Professeur René Passet, membre fondateur du Centre International de Recherches et études Transdisciplinaires (CIRET) qui vient de nous quitter à l’âge de 99 ans, est l’économiste français qui aura su extraire le discours économique de son enfermement afin de le considérer dans ce contexte infiniment plus large que représente la vie sur terre. Le discours économique contemporain trouve son origine dans l’image de la fabrique d’épingles proposée par Adam Smith dans son ouvrage fondateur sur La richesse des nations. On en connaît le principe. Un artisan, seul dans son atelier, peut produire au mieux 10 épingles dans une journée de travail. Dix artisans en produiront donc une centaine. Mais dix ouvriers réunis dans une manufacture équipée de machines et se divisant l’ouvrage en produiront peut-être 10 000, soit 1000 pour chacun d’entre eux. Ceci représente une augmentation de la productivité de 10 000%. La prospérité nationale en sera donc accrue d’autant. A quoi s’ajoute le principe des avantages comparatifs, qui suggère aux Anglais de fabriquer et de vendre des tissus aux Portugais moyennant quoi ceux-ci leur vendront du vin de Porto. Toute la vie économique contemporaine se fonde sur ce double principe. Le problème, c’est qu’il est réducteur par rapport à la réalité. Première question :  l’ouvrier dans la manufacture, à passer son temps à des gestes répétitifs qui lui sont imposés, est-il plus ou moins heureux que l’artisan dans son petit atelier ? L’économiste est plus ou moins muet sur ce point. Deuxième question : l’abondance recherchée est-elle compatible avec la quantité de matières premières et d’énergie disponibles dans le sous-sol de la Terre et les déchets de l’activité industrielle peuvent-ils être absorbés sans dommage par celle-ci ? L’économiste classique est également muet sur ce point. Et donc René Passet est celui qui, dans son livre le plus connu : L’Economique et le Vivant, se sera demandé si le principe de l’efficacité économique est bien compatible avec le principe du maintien et de la reproduction du vivant. Or, cette question est devenue fondamentale pour la survie même de l’humanité. Certains laissent croire que « l’économie verte », le « développement durable », les « énergies renouvelables » permettront d’assurer la compatibilité entre la vie économique et la préservation du vivant. Toutefois, il s’agit là de mots. Comme l’a bien montré Nicholas Georgescu-Roegen, qui était économiste mais également physicien, le « développement économique » se présente comme une manifestation locale de néguentropie. Et la consommation d’énergie, quelle qu’en soit la forme, ne saurait être durablement supérieure à la quantité d’énergie disponible. Et dès qu’elle est supérieure sur terre à l’apport d’énergie solaire, il faut puiser sur les stocks, qui sont limités. On le voit bien, par exemple, avec les « terres rares » aujourd’hui indispensables à l’électronique. La question qui suit la logique du vivant telle qu’elle anime René Passet, est de savoir comment l’on en est arrivé là. C’est l’objet de la somme qu’il a publiée sous le titre Les grandes représentations du monde et de l’économie à travers l’histoire, qui compte plus de 900 pages grand format. On ne cherchera pas ici à en présenter un résumé, qui serait nécessairement partiel. Ce que l’on retiendra, c’est que le discours économique, tel qu’il anime aujourd’hui la plus grande partie de l’humanité, est une construction idéologique. Cette construction idéologique puise dans des courants philosophiques que l’on peut suivre à travers l’histoire, et qui ont débouché sur une vision du monde propre au « monde moderne ». Cette vision du monde conduit l’Humanité à la catastrophe, et c’est pourquoi l’affirmation d’un esprit critique est non seulement nécessaire mais urgente, compte tenu des effets croissants du réchauffement planétaire et de l’empoisonnement de la biosphère. Je terminerai sur une réflexion personnelle. René Passet fut, en 1975, le président de mon jury de thèse de doctorat d’État à ce qui était alors l’Université de Paris 1. Je ne vois pas quel est le professeur d’économie autre que lui qui aurait pu accepter un thème qui relevait davantage de l’anthropologie que de l’économie et dont les premiers mots étaient empruntés au Pr. Jacob Viner, « L’économie, c’est ce que disent les économistes ». La disparition de celui qui sera probablement reconnu plus tard comme un précurseur nous fait ainsi un devoir, à nous qui sommes du CIRET, de poursuivre le chemin qu’il a ainsi tracé. Hubert Landier René Passet, L’économique et le vivant, Petite bibliothèque Payot, 1983. René Passet, Les grandes représentations du monde et de l’économie à travers l’histoire, Les Liens qui Libèrent, 2010.

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Combattre la pauvreté par le travail

Nadia ANTONIN Dans une étude publiée le 16 avril 2026, l’INSEE révèle que le système français de redistribution réduit les inégalités de revenus mais enferme les bénéficiaires dans une dépendance structurelle aux pouvoirs publics. Cette réduction des inégalités résulte pour l’essentiel de quatre éléments : 1) les transferts sociaux en nature individualisables ; 2) les prestations sociales en espèces sous forme de revenus de remplacement ; 3) les dépenses collectives ; 4) les prélèvements (impôts sur les revenus et le patrimoine). La note d’étude de l’INSEE illustre en outre qu’entre les 10% les plus riches et les 10 % les plus pauvres, les écarts passent de 1 à 20 avant redistribution à 1 à 3,7, après application des mécanismes sociaux. Enfin, l’analyse de l’INSEE dévoile qu’en 2023, plus d’un français sur deux a perçu davantage du système qu’il n’y a contribué. D’aucuns déclarent que les aides sociales en France enferment les personnes dans une « trappe à inactivité ». Après avoir examiné le concept de pauvreté, nous démontrerons que « le travail est indispensable au bonheur de l’homme ; il l’élève, il le console ; et peu importe la nature du travail »[…] (Alexandre Dumas Fils). Examen du concept « pauvreté » Comme le rappelle Marie Lecerf du service de recherche du Parlement européen (« La pauvreté dans l’Union européenne », mars 2016), « il n’y a pas de consensus sur la définition de la pauvreté, souvent définie par d’autres concepts, tels que le bien-être, les besoins fondamentaux, les revenus ou l’exclusion sociale, plutôt que par elle-même ». Selon l’INSEE, « un ménage et les individus qui le composent sont considérés comme pauvres lorsque le niveau de vie du ménage est inférieur au seuil de pauvreté qui est le plus souvent fixé à 60 % du niveau de vie médian ». Comme Eurostat et les autres pays européens, l’INSEE mesure la pauvreté monétaire de manière relative alors que d’autres pays (comme les Etats-Unis ou le Canada) ont une approche absolue. La pauvreté absolue désigne les personnes qui ne sont pas en mesure de combler leurs besoins élémentaires (nourriture, habitation, etc.). Les conséquences de la disparition de la valeur travail : vivre des aides de l’Etat L’assistanat est trop développé en France. Les comparaisons internationales révèlent une « certaine exception française ». D’aucuns parlent de la France comme « la patrie des mille et une allocs ! La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), le service statistique du ministère de la santé et de la solidarité, intitule sa présentation des comptes de la protection sociale pour 2024 « Les Français champions de la protection sociale ». En 2024, les dépenses de protection sociale ont atteint 932 milliards d’euros, soit 31,9 % du PIB et 13 650 euros en moyenne par habitant. Dans l’Union européenne à 27, ces dépenses représentent en moyenne 27,3 % du PIB. La redistribution ayant atteint ses limites structurelles, « il faut remettre la France au travail ». Le travail est le meilleur moyen de sortir de la pauvreté Dans son ouvrage intitulé “Celui qui ne travaille pas ne mange pas“, Régis Brunet, professeur à l’université catholique de Louvain, rappelle que “des abbayes bénédictines aux soviets bolchéviques et de la Réforme calviniste au capitalisme“, la formule de Saint Paul n’a cessé de retentir : “que celui qui ne travaille pas ne mange pas non plus“. Cet aphorisme, repris par Lénine pendant la révolution russe, exprime un contrat social autour de la “valeur travail“. Voltaire dans Candide écrit : « le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin ». Le travail est utile à l’homme. Pour Emmanuel Kant, « la meilleure façon de jouir de la vie est le travail : c’est une délivrance profonde, qui réalise l’homme, lui permet de s’épanouir en sa liberté, qui l’arrache à l’ennui pour le conduire à saisir profondément l’intérêt pratique, qui vivifie sa raison, et enfin le mène à la joie ». S’affranchir de la pauvreté par le travail implique certes la stabilité, une juste rémunération, un marché du travail favorable mais aussi d’autres conditions essentielles. Créer les conditions pour permettre aux individus de réussir et de s’élever grâce à leur travail Dans son ouvrage « Repenser l’inégalité » (1992), l’économiste Amartya Sen propose d’appréhender la pauvreté non pas à partir de l’insuffisance des niveaux de revenus mais à partir des capacités des individus à se réaliser : liberté d’expression, dignité, respect de soi, participation à la vie sociale en général (ce qu’il nomme les « capabilités »). Afin de redonner au travail ses titres de noblesse, nous proposons les orientations suivantes : – réduire le poids des impôts qui pèse sur le facteur travail et le capital productif. Selon l’OCDE, la France reste la championne d’Europe de la fiscalité. En 2024, le poids des prélèvements obligatoires s’établit à 45,3 % du PIB en France contre 40,4 % dans l’ensemble de l’UE (Source Eurostat). – reconnaître le travail, c’est-à-dire identifier, évaluer et récompenser les mérites de chacun. Il faut condamner les primes à l’incompétence, le népotisme et le copinage. Outre la non-reconnaissance du mérite, d’aucuns déplorent à juste titre la dévalorisation des diplômes et notamment le doctorat. – combattre la jalousie qui ne se cantonne pas uniquement aux relations professionnelles. Qualifiée alors de jalousie sociale, elle est à l’origine d’un certain idéal politique qui prône l’égalitarisme, l’assistanat plutôt qu’une aisance financière acquise par le travail. Pour conclure sur l’affirmation selon laquelle nous pouvons combattre la pauvreté par le travail, référons nous aux victimes chrétiennes du génocide perpétré en 1915 dans l’Empire Ottoman. Arrivés comme apatrides, ils ont trouvé leur place grâce à leur force de travail. Ils n’ont reçu aucune aide et ont tenu bon avec ténacité. Ils travaillaient 16 heures par jour, sept jours sur sept. Travailleurs acharnés et très dignes, ils ont permis à leurs enfants de la deuxième génération de se hisser au sommet de la hiérarchie.

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Michel ALBOUY, Fréderic Bastiat au XXIe siècle. Un économiste visionnaire, eds EMS, 2026, 100 pages.

L’ambition du livre est de « revisiter à la lumière de la situation actuelle de la France du XXIe siècle, l’œuvre d’un grand économiste français méconnu dans son pays mais reconnu à l’étranger. L’économiste Florin Aftalion  déclarait à propos de Bastiat : « la compréhension de Bastiat des rouages de l’État était tellement fine qu’il a prévu l’instauration de la Sécurité sociale et qu’elle serait déficitaire avant même qu’elle n’existe ». Michel Albouy montre bien dans son livre toute l’actualité de la pensée de Bastiat plus de 150 ans après. Bastiat considère que « la défense du marché et de la concurrence apparaît comme l’une des plus éclairantes pour notre époque de regain du socialisme et de l’interventionnisme ». Il se demande « pourquoi nous payons de si lourds impôts », pourquoi l’éducation nationale peine autant à bien enseigner aux jeunes français, pourquoi une guerre ne crée pas d’emplois… En se posant ces questions,  Bastiat s’avère être un  « visionnaire ». Pour lui, « le marché et le libre-échange sont les fondements de la prospérité des nations », le protectionnisme est récessif et le blocage des prix crée des pénuries. Bastiat critique l’incohérence du citoyen qui approuve les subventions aux entreprises mais critique les hausses d’impôts. Le fondement de la pensée de Bastiat repose également sur la propriété privée, qui est un droit naturel antérieur à la loi, constitue « un rempart contre l’arbitraire de l’État » et un facteur de liberté. Il est un fervent défenseur de l’économie de marché qui permet de « répondre aux véritables besoins de gens ordinaires », car ce sont « les gens les plus modestes, les peuples les plus pauvres, qui ont intérêt à la concurrence ». Michel Albouy prend prétexte d’une bibliographie de Frederic Bastiat pour préciser sa propre conception du rôle social des économistes, qui est d’expliquer les conséquences des politiques économiques et d’éclairer les décisions publiques. C’est précisément ce qu’a fait Frédéric Bastiat à travers ses ouvrages et ses articles. Michel Albouy est professeur émérite de finance. Il a notamment observé que « c’est l’actionnaire qui finance son propre dividende » ou qu’en cas d’offre publique d’achat, on dénonce les licenciements qui s’ensuivent en oubliant que « l’entreprise visée était mal gérée et/ou que la fusion allait  permettre de sauver ce qui peut encore l’être ». Jean Jacques Pluchart

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