Elementor #76

Comment l’entreprise applique – t- elle l’IA ? L’exemple de la banque.

Les observations canoniques d’Abernathy et Utterbach (1975) sur le passage de l’innovation expérimentale à l’innovation appliquée, sont elles encore valides un demi-siècle plus tard ? L’exemple de l’IA appliquée aux activités bancaires permettra- t- il de le vérifier ? Depuis les années 2020, les banques sont engagées dans un vaste processus d’innovation par l’IA de leurs produits, services et systèmes, mais aussi, des relations avec leurs clients, leurs personnels, leurs partenaires et les régulateurs. Ces innovations visent la personnalisation des produits et des services en fonction des segments de clientèles (ménages, entreprises, collectivités locales, Etats), de leurs profils de rendement-risque, et des types de services rendus (paiement, crédit, placement…).  Elles cherchent à diversifier l’interface bancaire actuelle et à intégrer la fonction de paiement dans divers objets (téléphone, logement, véhicule, lunettes, montre…). Elles ont pour objet d’adapter à chaque achat les offres de crédit et d’assurance, et à automatiser la gestion des placements en fonction des profils de risque des épargnants, et de leurs exigences de scorings ESG.  Elles visent à ce que chaque opération soit accompagnée par un « robot advisor» ou  un conseiller bancaire «augmenté » par l’IA, capable de réaliser des prospections, projections, simulations et formations. Elles s’efforcent grace à l’IA de mieux accompagner les start’up dans leurs « vallées de la mort » et les groupes industriels ou financiers dans leurs projets de fusion -acquisition (notamment cross-border), avec l’aide de réseaux structurés multi-disciplinaires. Sur le marché des produits structurés, des applications d’IA  permettent  déjà  une sélection automatique  des contreparties, une analyse des niveaux de protection et des barrières offertes, des coupons proposés, du pricing des options implicites, de la solidité des bilans et du rating des émetteurs, de la profondeur et de la qualité du marché secondaire. Mais l’IA permet surtout d’assurer une meilleure sécurité des données des clients, des traitements, des transactions, des réglements-livraisons et des conservations de titres. L’atteinte de ces objectifs mobilise déjà les applications de l’IA les plus avancées comme l’identification biométrique, la traçabilité automatique des flux, la  diffusion programmée  des données, la systématisation des smart contracts (en MNBC et tokens),  le contrôle des crédits finançant les investissements à impacts ESG (comme Tree Token), le développement des « monnaies complémentaires » (comme Bancor) et des micro-paiements favorisant l’inclusion des personnes non bancarisées (comme Arcadia Blockchain)… Le personnel de chaque banque doit ainsi faire preuve « d’innovisme » (Phelps & al, 2020), afin que sa banque ne soit pas « suiveuse » mais « pionnière » en matière d’application de l’IA. L’innovisme recouvre les capacités à anticiper les situations nouvelles, anormales ou de crise, en se dotant de « laboratoires d’innovaton »,  en créant un « imaginarium » financier et en stimulant le « désir de créer »  parmi le personnel à tous les niveaux.  Il semble donc qu’à la lumière de cet exemple, l’accultation technologique des entreprises soit à la fois plus globale et plus rapide qu’elle n’était au cours des « trente glorieuses ». Abernathy, W. J., & Utterback, J. M. (1975). A Dynamic Model of Process and Product Innovation. Omega, 3(6), 639-656. Phelps, E., Bojilov, R., Hoon, H. T., & Zoega, G. (2020). Dynamism: The Values That Drive Innovation, Job Satisfaction, and Economic Growth. Cambridge, MA: Harvard University Press. Jean-Jacques Pluchart

Lire la suite »

Benjamin MOREL- Crise politique, crise de régime-Éditeur ‏ : ‎ Odile Jacob-Date de publication ‏ : ‎ 25 mars 2026- 176 pages

La Ve République repose sur un fait simple : celui qui détient la majorité détient le pouvoir. Or cette majorité est devenue introuvable. Le pouvoir a quitté l’Élysée, n’est pas à l’Assemblée et ne réside plus au gouvernement. L’objectif de ce livre est de comprendre comment un régime, qui a longtemps fonctionné sur l’évidence majoritaire, devient instable quand celle-ci disparaît. Benjamin Morel commence par examiner les raisons pour lesquelles nous sommes passés d’une bipolarisation stable à une tripolarisation dysfonctionnelle. Il analyse ensuite les effets de cette évolution sur le régime politique : la tentation d’étendre les compétences du chef de l’État en surinterprétant la Constitution, la multiplication des expédients pour gouverner malgré tout (maintien d’un gouvernement démissionnaire, ordonnances…), autant de précédents dont l’accumulation rend possible une dérive illibérale. L’ouvrage nous présente les éléments suivants : la tripolarisation, une Assemblée instable, sortir du piège de l’instabilité, un régime à l’équilibre fragile et gouverner malgré tout avec une Constitution faite pour conjurer l’instabilité tout en étant vulnérable aux dérives illibérales. La conclusion de l’ouvrage est teintée d’un certain optimisme : celui qui définit la crise est aussi celui qui y apporte des solutions pour autant qu’on ne se fait pas abuser par les faux prophètes. Changer le mode de scrutin n’est pas une fin en soi. Il convient de mieux me doter le Parlement pour lui permettre d’assurer une co-construction des textes entre Parlement et gouvernement. Le fonctionnement d’un régime n’est pas une propriété métaphysique de la norme, c’est une propriété de la société qui la reçoit. L’Etat fonctionne comme les services publics. Un gouvernement peut perdre sa légitimité politique lorsqu’il ne parvient plus à convertir l’élection en consentement : Gouverner quand même, c’est gouverner malgré !  Ce qui fait tenir un ordre juridique, c’est la conviction de chacun qu’il a intérêt à le respecter et à jouer le jeu. Il serait facile de régler le problème disent certains. Une nouvelle Constitution viendrait résoudre nos maux. Une nouvelle élection parviendrait à balayer nos soucis. Ce qui fait la crise, c’est le désajustement global entre l’élection et ses attentes. Ce dernier se découpe en trois pôles et attend pourtant que l’un d’eux gouverne avec les pouvoirs absolus d’un bloc majoritaire. Les regards continuent de se porter vers l’élection présidentielle alors que la situation électorale rend le retour d’un Jupiter improbable. Devant ce paradoxe, qui est porté par chaque citoyen, les remèdes ne sont pas dans les textes mais dans les têtes ! Dominique Chesneau

Lire la suite »

Leon XIV, Encyclique Magnifique humanité- Éditeur ‏ : ‎ CERF ; Date de publication ‏: ‎ 25 mai 2026 ;224 Pages

L’encyclique, qui « ne propose pas une analyse de l’IA, car il n’est pas possible d’en donner une définition univoque et complète », se concentre sur la dignité humaine et la responsabilité morale face aux technologies émergentes. Elle s’inscrit dans la lignée de celle de Léon XIII qui a présenté la doctrine sociale de l’Eglise et insistait sur le fait que la recherche du profit ne peut pas être l’alpha et l’oméga d’une société d’hommes. Le Pape explique deux raisons pour lesquelles l’ouvrage n’est pas technique : toute affirmation sur l’IA risque de devenir rapidement obsolète compte tenu de la vitesse à laquelle ces systèmes évoluent ; nous tous, y compris ceux qui les conçoivent, en savons peu sur leur fonctionnement réel ! Aussi, l’encyclique ne tient pas de propos catastrophistes tels qu’ une IA qui conduirait à des licenciements massifs et à un abêtissement généralisé de la population (« n’ayez pas peur »), mais, en s’appuyant sur les travaux de nombreux groupes de travail cités dans le livre, il considère que du bien sortira de cette révolution, pour autant que ce bien ne soit pas accaparé par une infime minorité parce qu’une « grande partie de cette technologie relève du bien commun ». Tentant d’établir des principes humanistes de développement et d’utilisation de l’IA, il ne s’agit pas de bâtir des règlementations contraignantes qui tueraient l’innovation, mais d’introduire une réflexion éthique et morale dans la conception des modèles et l’identification des données d’entrainement. Et le propre de l’éthique selon Ricoeur et Levinas c’est le respect de l’autre en se voyant dans le regard de son vis-à-vis, au-delà des lois et règles. Quelques chapitres – les 3 et 4 èmes méritent une attention particulière parmi : (1) Évolution de la doctrine sociale de l’Église et son rôle comme «théologie de la communion» dans l’histoire, (2) Fondements et principes de la doctrine sociale, incluant la dignité de la personne, le bien commun, la destination universelle des biens, la subsidiarité, la solidarité et la justice sociale, (3 )Analyse des risques liés à l’intelligence artificielle, la concentration des technologies et la nécessité d’un code éthique commun, (4) Préservation de l’humain dans la transformation numérique, valorisation du travail, éducation et liberté face à la marchandisation, (5) Construction d’une «civilisation de l’amour» à l’ère numérique, promotion de la paix, du dialogue et du multilatéralisme . On  rappellera  les cinq principes retenus par la doctrine sociale de l’Eglise catholique présentés par ailleurs par des économistes passés et actuels et développés dans les deux premiers chapitres : le principe du bien commun ( développé par Jean Tirole dans son maitre-livre), le principe de la destination universelle des biens ( mentionné par les moralistes du XVIIIème siècle), le principe de subsidiarité (dans la littérature managériale apparaît le terme de «subsidiarité » et la difficulté de sa mise en œuvre dans France-Lanord et Vannier 2014 ; Verrier et Bourgeois 2016, 27) ; le principe de solidarité et le principe de justice sociale. Afin d’illustrer la pertinence des sujets abordés, citons quelques verbatims illustratifs de l’ouvrage : évitons la prétention d’un langage unique capable de tout traduire en données et en performances, même le mystère de la personne ; confier, dans les faits à un algorithme, le pouvoir de sélectionner qui mérite sans que personne n’assume plus le poids de la décision, revient à lui confier la tâche de redéfinir les limites des possibilités humaines ; la propriété des données doit être réglementée et gérée comme un bien commun ( !) ; les développeurs portent une responsabilité éthique car chaque choix de conception exprime une vision de l’humanité. Ces craintes et ces recommandations humanistes sont repris par Anthropic qui ne peut pas prévoir si le phénomène de désalignement des IA (lorsqu’une intelligence artificielle poursuit des objectifs contraires aux valeurs humaines ou ne correspondant pas réellement à ce que l’humain lui a demandé, NDLR) sera pleinement résolu un jour. Anthropic poursuit dans un texte publié par son centre de réflexion, l’Anthropic Institute : «Nous pensons qu’il serait bon pour le monde d’avoir la possibilité de ralentir ou de suspendre temporairement le développement de l’IA de pointe, afin de permettre aux structures sociétales et à la recherche sur l’alignement de suivre le rythme des progrès de la technologie». Cette lettre de près de deux cents pages, consacrée à « la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle », interpelle bien au-delà des cercles catholiques et « constitue un manifeste politique et humaniste d’une portée inédite.  Dominique Chesneau

Lire la suite »

Anton BRENDER, Géopolitique de la dette, Eds Odile Jacob, 180 pages

Partout dans le monde, les dettes progressent et les records ne cessent d’être battus. Le seuil des 300 000 milliards d’euros ou de dollars, la différence n’est plus vraiment essentielle à cette échelle, de dettes publiques et privées a été franchi. À propos de la dette française, François Bayrou parlait, lors de son passage à Matignon à l’été 2025, d’un « Himalaya de dettes ». Mais Anton Brender rappelle une évidence souvent négligée : « les dettes des uns sont toujours les créances des autres ». S’il n’y a jamais eu autant de dettes, c’est aussi parce que le patrimoine financier des ménages n’a jamais été aussi élevé. L’« Himalaya de dettes » trouve donc sa contrepartie dans un « Himalaya d’épargne » mondiale. De façon très pédagogique, l’auteur explique les mécanismes fondamentaux de construction d’une économie financière. D’un côté se trouvent les emprunteurs naturels : les entreprises, qui financent leurs capacités de production, leurs usines, leurs entrepôts et leurs investissements ; les États, qui fournissent des services non marchands et doivent financer leurs déficits. De l’autre côté se trouvent les épargnants naturels, principalement les ménages, dont l’épargne alimente directement ou indirectement les besoins de financement de l’économie. La fin des accords de Bretton Woods, les chocs pétroliers et l’ouverture croissante des mouvements de capitaux ont élargi le champ de l’épargne et de la dette. Ils ont aussi favorisé l’apparition de déséquilibres extérieurs, nés de l’interaction entre des politiques économiques nationales différentes. L’entrée de la Chine dans le commerce mondial en 2001 constitue, dans cette perspective, un moment décisif. Les excédents commerciaux chinois captent une partie de la demande intérieure des États-Unis et de l’Europe. Ils contribuent à la destruction d’emplois industriels dans les pays occidentaux et conduisent les banques centrales à réagir par une baisse durable des taux d’intérêt. L’endettement des ménages américains permet ainsi, en miroir, l’accumulation de l’épargne des ménages chinois. Cette dynamique contribue à préparer la crise financière de 2008. En un quart de siècle, les États-Unis sont devenus l’emprunteur en dernier ressort de la planète. Ils ont financé le développement des pays émergents au prix d’une dette colossale et de la perte de millions d’emplois industriels. En janvier 2025, Donald Trump annonce la fin de ce qu’il qualifie d’« arnaque » et engage une politique de barrières douanières d’une ampleur inédite depuis les années 1930, en s’affranchissant largement des règles existantes. La dynamique du commerce mondial, et donc celle de l’épargne et de la dette, s’en trouve profondément affectée. Le monde pourrait ainsi passer d’une situation caractérisée par un nombre limité d’emprunteurs à un monde où les besoins de financement deviendraient beaucoup plus nombreux. Les puissances industrielles asiatiques, au premier rang desquelles la Chine, devront soutenir leur marché intérieur. Le Japon devra inciter sa population à mobiliser davantage son épargne. L’Europe devra financer simultanément sa défense, sa sécurité et sa transition énergétique. Les pays émergents auront, eux aussi, besoin de capitaux pour poursuivre leur développement. Dans ce nouveau contexte, les dettes publiques devraient continuer d’augmenter, ce qui n’est pas favorable à une baisse durable des taux d’intérêt. Au contraire, la multiplication des besoins de financement pourrait exercer une pression haussière sur les taux. L’Europe, et la France en particulier, doivent donc se préparer à un environnement plus instable, marqué par des tensions accrues sur l’épargne disponible, sur les équilibres budgétaires et sur le financement des priorités stratégiques. Anton Brender, Économiste, ex directeur du CEPII, Centre d’études prospectives et d’informations internationales, professeur associé à Dauphine. Ph Alezard

Lire la suite »

ALBRITTON  JONSSON Frederik, WENNERLIND Carl , Politiques de la rareté, des origines du capitalisme à la crise écologique, Flammarion, 2026, 456 pages. Préface de Arnaud Orain.

Les auteurs retracent la généalogie de la notion de « rareté » des ressources naturelles. Ils distinguent les raretés néo-aristotélicienne, utopique, malthusienne, romantique, socialiste, planétaire…  Ils se livrent également à une critique du système capitaliste et libéral qui s’est développé depuis la 1ere révolution industrielle et ils préconisent de repenser la « relation entre la nature et l’économie », qui a traversé plusieurs périodes depuis l’origine de l’humanité. Cette relation débute avec la démarche « cornucopienne », marquée par l’illusion que la nature pourvoira éternellement à tous les besoins de l’homme (malgré les disettes et les famines). Cette approche s’oppose à la « thèse finitiste », selon laquelle la population mondiale doit modérer sa consommation en prenant conscience de l’extinction progressive et inéluctable des ressources naturelles. La mondialisation exerce une pression croissante sur les ressources naturelles et la biodiversité. L’homme du XXIe siècle est – il capable d‘arrêter la résorption de son empreinte écologique ?  Cette approche s’est progressivement étendue à de multiples ressources : métaux et terres rares, surfaces cultivables, espèces en voie de disparition… Durant l’âge classique, les physiocrates espéraient une « grande restauration » rendue possible par l’«exploitation rationnelle de la terre » ; ils étaient assurés que « l’homme déchiffrerait le code source de la nature ». A partir du Siècle des Lumières, les philosophes considèrent que la « raison technicienne » dominera « l’idéal naturaliste » et au XIXe  siècle, les ingénieurs de la révolution industrielle prônèrent la division du travail et le libre échange. Les économistes étaient assurés qu’afin d’éviter de dégrader leur environnement, les ménages adapteraient leur modes de consommation et que les entreprises créeraient de nouveaux procédés et produits économes en énergie et en sous-produits non recyclables.  L’homme était alors considéré comme un homo faber capable de « sculpter le monde à son image ». Mais ce n’est qu’à partir des années 1970 que les gouvernants prennent pleinement conscience des enjeux de la préservation de l’environnement et de la nécessité d’instaurer une « économie soutenable et conviviale » satisfaisant les besoins réels des populations. Les auteurs rappellent alors les critiques du consumérisme moderne et de la dégradation de l’environnement qui a été formulée par le Vatican dans son encyclique Laudato si et par les multiples mouvements écologistes. Ils analysent notamment les effets des émissions de carbone, de l’acidification des océans, des atteintes à la biodiversité… Le phénomène leur parait d’autant plus préoccupant que l’homme du XX e siècle est incapable de mesurer et de corriger  les effets à long terme de ses activités . Ils partagent certains principes défendus par les mouvements écologistes radicaux, en faveur de l’auto-suffisance et de la décroissance économique. Ils soutiennent la théorie de Kahneman (Prix Nobel d’économie) selon laquelle, en raison d’un « biais de négativité »,  les prévisions pessimistes du club de Rome ou du GIEC sont généralement perçues avec incrédulité ou scepticisme par la majorité de la population.   L’ouvrage témoigne de l’érudition,  de la capacité de persuasion et de l’expérience militante de ses auteurs ; il éclaire sans pouvoir le résoudre le dilemme du choix entre économie durable et nature soutenable. Frederik ALBRITTON  JONSSON est professeur à l’université de Chicago et Carl  WENNERLIND est historien spécialiste de l’Europe moderne. JJ  Pluchart

Lire la suite »

PHILIBERT Cédric , Climat : Les énergies de l’espoir, Editions Les petits matins, 2025, 222 pages

PHILIBERT Cédric , Climat : Les énergies de l’espoir, Editions Les petits matins, 2025, 222 pages Le blocus du détroit d’Ormuz nous remet face à notre dépendance aux énergies fossiles et tout particulièrement du pétrole. La transition énergétique se heurte aujourd’hui à conflit où l’arrêt de l’acheminement du pétrole et du gaz perturbe les économies mondiales. Le locataire de la Maison-Blanche, en tant que défenseur acharné du charbon et de « l’or liquide » du pétrole et du gaz, fait le chaud et le froid sur les marchés au détriment de l’usager qui voit sa note de carburant grimpée en flèche. Publié en octobre dernier, l’essai de Cédric Philibert aborde la transition énergétique et les énergies renouvelables, sous un angle optimiste. Les solutions pour un monde décarboné sont là et il est urgent de poursuivre la transition entamée. L’auteur remet en cause un certain nombre d’idées préconçues à travers de nombreux argumentaires chiffrés. Il fait la part des choses dans un débat polarisé entre les climatosceptiques et les promoteurs de la décroissance. Il démontre dans cet essai que les ressources, de type solaires ou éoliennes, sont suffisantes et abondantes afin de réaliser la transition. Disposer de ces énergies à un cout modéré permettra de tendre à d’autres possibilités, comme de chauffer les minerais à plusieurs centaines de degrés afin d’accélérer les procédés hydrométallurgiques, applicables au cuivre et aux terres rares entre autres. Un des leviers principaux pour atteindre la neutralité carbone concerne l’efficacité énergétique des véhicules. L’auteur affirme même que la voiture électrique est bonne pour le climat. En effet, avec le développement exponentiel des énergies renouvelables, les véhicules électriques bénéficieront d’une électricité toujours plus décarbonée au cours de leurs fabrications et de leurs existences. A cela, il démontre aussi qu’il est possible de réaliser cette transition sans avoir des conséquences néfastes sur la biodiversité. Il estime que l’ensemble de la transition énergétique n’a pas un impact notable sur le flux d’artificialisation. Le développement de l’agrivoltaïsme est une réelle opportunité pour atteindre l’objectif de décarbonation des énergies et a plus d’impact que de produire des biocarburants. En guise de solution, l’auteur fait la part belle à la sobriété. Pour tendre vers des émissions nettes nulles, il est nécessaire de diviser par 8 ou 10 les émissions nettes de CO2, de méthane et de protoxyde d’azote. Il faut malgré tout rester vigilant à « l’effet rebond ». Des études ont montré que les investissements dans la rénovation thermique des bâtiments n’entrainent pas une baisse notable de la consommation d’énergie des bâtiments ; puisque mieux isolé, les propriétaires misent sur leur confort.   Un livre à conseiller à tous les lecteurs avides des enjeux de la transition énergétique, qui souhaitent avoir une vision objective d’un expert de l’énergie et du climat. Cédric PHILIBERT est consultant indépendant et analyste senior dans le domaine de l’énergie et du climat. Il est également chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (Ifri). Il a conseillé le directeur général de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), avant de rejoindre le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), puis l’AIE jusqu’en 2019. Sophie FRIOT

Lire la suite »

© 2023 Created with Royal Elementor Addons