Elementor #76

Anton BRENDER, Géopolitique de la dette, Eds Odile Jacob, 180 pages

Partout dans le monde, les dettes progressent et les records ne cessent d’être battus. Le seuil des 300 000 milliards d’euros ou de dollars, la différence n’est plus vraiment essentielle à cette échelle, de dettes publiques et privées a été franchi. À propos de la dette française, François Bayrou parlait, lors de son passage à Matignon à l’été 2025, d’un « Himalaya de dettes ». Mais Anton Brender rappelle une évidence souvent négligée : « les dettes des uns sont toujours les créances des autres ». S’il n’y a jamais eu autant de dettes, c’est aussi parce que le patrimoine financier des ménages n’a jamais été aussi élevé. L’« Himalaya de dettes » trouve donc sa contrepartie dans un « Himalaya d’épargne » mondiale. De façon très pédagogique, l’auteur explique les mécanismes fondamentaux de construction d’une économie financière. D’un côté se trouvent les emprunteurs naturels : les entreprises, qui financent leurs capacités de production, leurs usines, leurs entrepôts et leurs investissements ; les États, qui fournissent des services non marchands et doivent financer leurs déficits. De l’autre côté se trouvent les épargnants naturels, principalement les ménages, dont l’épargne alimente directement ou indirectement les besoins de financement de l’économie. La fin des accords de Bretton Woods, les chocs pétroliers et l’ouverture croissante des mouvements de capitaux ont élargi le champ de l’épargne et de la dette. Ils ont aussi favorisé l’apparition de déséquilibres extérieurs, nés de l’interaction entre des politiques économiques nationales différentes. L’entrée de la Chine dans le commerce mondial en 2001 constitue, dans cette perspective, un moment décisif. Les excédents commerciaux chinois captent une partie de la demande intérieure des États-Unis et de l’Europe. Ils contribuent à la destruction d’emplois industriels dans les pays occidentaux et conduisent les banques centrales à réagir par une baisse durable des taux d’intérêt. L’endettement des ménages américains permet ainsi, en miroir, l’accumulation de l’épargne des ménages chinois. Cette dynamique contribue à préparer la crise financière de 2008. En un quart de siècle, les États-Unis sont devenus l’emprunteur en dernier ressort de la planète. Ils ont financé le développement des pays émergents au prix d’une dette colossale et de la perte de millions d’emplois industriels. En janvier 2025, Donald Trump annonce la fin de ce qu’il qualifie d’« arnaque » et engage une politique de barrières douanières d’une ampleur inédite depuis les années 1930, en s’affranchissant largement des règles existantes. La dynamique du commerce mondial, et donc celle de l’épargne et de la dette, s’en trouve profondément affectée. Le monde pourrait ainsi passer d’une situation caractérisée par un nombre limité d’emprunteurs à un monde où les besoins de financement deviendraient beaucoup plus nombreux. Les puissances industrielles asiatiques, au premier rang desquelles la Chine, devront soutenir leur marché intérieur. Le Japon devra inciter sa population à mobiliser davantage son épargne. L’Europe devra financer simultanément sa défense, sa sécurité et sa transition énergétique. Les pays émergents auront, eux aussi, besoin de capitaux pour poursuivre leur développement. Dans ce nouveau contexte, les dettes publiques devraient continuer d’augmenter, ce qui n’est pas favorable à une baisse durable des taux d’intérêt. Au contraire, la multiplication des besoins de financement pourrait exercer une pression haussière sur les taux. L’Europe, et la France en particulier, doivent donc se préparer à un environnement plus instable, marqué par des tensions accrues sur l’épargne disponible, sur les équilibres budgétaires et sur le financement des priorités stratégiques. Anton Brender, Économiste, ex directeur du CEPII, Centre d’études prospectives et d’informations internationales, professeur associé à Dauphine. Ph Alezard

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ALBRITTON  JONSSON Frederik, WENNERLIND Carl , Politiques de la rareté, des origines du capitalisme à la crise écologique, Flammarion, 2026, 456 pages. Préface de Arnaud Orain.

Les auteurs retracent la généalogie de la notion de « rareté » des ressources naturelles. Ils distinguent les raretés néo-aristotélicienne, utopique, malthusienne, romantique, socialiste, planétaire…  Ils se livrent également à une critique du système capitaliste et libéral qui s’est développé depuis la 1ere révolution industrielle et ils préconisent de repenser la « relation entre la nature et l’économie », qui a traversé plusieurs périodes depuis l’origine de l’humanité. Cette relation débute avec la démarche « cornucopienne », marquée par l’illusion que la nature pourvoira éternellement à tous les besoins de l’homme (malgré les disettes et les famines). Cette approche s’oppose à la « thèse finitiste », selon laquelle la population mondiale doit modérer sa consommation en prenant conscience de l’extinction progressive et inéluctable des ressources naturelles. La mondialisation exerce une pression croissante sur les ressources naturelles et la biodiversité. L’homme du XXIe siècle est – il capable d‘arrêter la résorption de son empreinte écologique ?  Cette approche s’est progressivement étendue à de multiples ressources : métaux et terres rares, surfaces cultivables, espèces en voie de disparition… Durant l’âge classique, les physiocrates espéraient une « grande restauration » rendue possible par l’«exploitation rationnelle de la terre » ; ils étaient assurés que « l’homme déchiffrerait le code source de la nature ». A partir du Siècle des Lumières, les philosophes considèrent que la « raison technicienne » dominera « l’idéal naturaliste » et au XIXe  siècle, les ingénieurs de la révolution industrielle prônèrent la division du travail et le libre échange. Les économistes étaient assurés qu’afin d’éviter de dégrader leur environnement, les ménages adapteraient leur modes de consommation et que les entreprises créeraient de nouveaux procédés et produits économes en énergie et en sous-produits non recyclables.  L’homme était alors considéré comme un homo faber capable de « sculpter le monde à son image ». Mais ce n’est qu’à partir des années 1970 que les gouvernants prennent pleinement conscience des enjeux de la préservation de l’environnement et de la nécessité d’instaurer une « économie soutenable et conviviale » satisfaisant les besoins réels des populations. Les auteurs rappellent alors les critiques du consumérisme moderne et de la dégradation de l’environnement qui a été formulée par le Vatican dans son encyclique Laudato si et par les multiples mouvements écologistes. Ils analysent notamment les effets des émissions de carbone, de l’acidification des océans, des atteintes à la biodiversité… Le phénomène leur parait d’autant plus préoccupant que l’homme du XX e siècle est incapable de mesurer et de corriger  les effets à long terme de ses activités . Ils partagent certains principes défendus par les mouvements écologistes radicaux, en faveur de l’auto-suffisance et de la décroissance économique. Ils soutiennent la théorie de Kahneman (Prix Nobel d’économie) selon laquelle, en raison d’un « biais de négativité »,  les prévisions pessimistes du club de Rome ou du GIEC sont généralement perçues avec incrédulité ou scepticisme par la majorité de la population.   L’ouvrage témoigne de l’érudition,  de la capacité de persuasion et de l’expérience militante de ses auteurs ; il éclaire sans pouvoir le résoudre le dilemme du choix entre économie durable et nature soutenable. Frederik ALBRITTON  JONSSON est professeur à l’université de Chicago et Carl  WENNERLIND est historien spécialiste de l’Europe moderne. JJ  Pluchart

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PHILIBERT Cédric , Climat : Les énergies de l’espoir, Editions Les petits matins, 2025, 222 pages

PHILIBERT Cédric , Climat : Les énergies de l’espoir, Editions Les petits matins, 2025, 222 pages Le blocus du détroit d’Ormuz nous remet face à notre dépendance aux énergies fossiles et tout particulièrement du pétrole. La transition énergétique se heurte aujourd’hui à conflit où l’arrêt de l’acheminement du pétrole et du gaz perturbe les économies mondiales. Le locataire de la Maison-Blanche, en tant que défenseur acharné du charbon et de « l’or liquide » du pétrole et du gaz, fait le chaud et le froid sur les marchés au détriment de l’usager qui voit sa note de carburant grimpée en flèche. Publié en octobre dernier, l’essai de Cédric Philibert aborde la transition énergétique et les énergies renouvelables, sous un angle optimiste. Les solutions pour un monde décarboné sont là et il est urgent de poursuivre la transition entamée. L’auteur remet en cause un certain nombre d’idées préconçues à travers de nombreux argumentaires chiffrés. Il fait la part des choses dans un débat polarisé entre les climatosceptiques et les promoteurs de la décroissance. Il démontre dans cet essai que les ressources, de type solaires ou éoliennes, sont suffisantes et abondantes afin de réaliser la transition. Disposer de ces énergies à un cout modéré permettra de tendre à d’autres possibilités, comme de chauffer les minerais à plusieurs centaines de degrés afin d’accélérer les procédés hydrométallurgiques, applicables au cuivre et aux terres rares entre autres. Un des leviers principaux pour atteindre la neutralité carbone concerne l’efficacité énergétique des véhicules. L’auteur affirme même que la voiture électrique est bonne pour le climat. En effet, avec le développement exponentiel des énergies renouvelables, les véhicules électriques bénéficieront d’une électricité toujours plus décarbonée au cours de leurs fabrications et de leurs existences. A cela, il démontre aussi qu’il est possible de réaliser cette transition sans avoir des conséquences néfastes sur la biodiversité. Il estime que l’ensemble de la transition énergétique n’a pas un impact notable sur le flux d’artificialisation. Le développement de l’agrivoltaïsme est une réelle opportunité pour atteindre l’objectif de décarbonation des énergies et a plus d’impact que de produire des biocarburants. En guise de solution, l’auteur fait la part belle à la sobriété. Pour tendre vers des émissions nettes nulles, il est nécessaire de diviser par 8 ou 10 les émissions nettes de CO2, de méthane et de protoxyde d’azote. Il faut malgré tout rester vigilant à « l’effet rebond ». Des études ont montré que les investissements dans la rénovation thermique des bâtiments n’entrainent pas une baisse notable de la consommation d’énergie des bâtiments ; puisque mieux isolé, les propriétaires misent sur leur confort.   Un livre à conseiller à tous les lecteurs avides des enjeux de la transition énergétique, qui souhaitent avoir une vision objective d’un expert de l’énergie et du climat. Cédric PHILIBERT est consultant indépendant et analyste senior dans le domaine de l’énergie et du climat. Il est également chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (Ifri). Il a conseillé le directeur général de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), avant de rejoindre le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), puis l’AIE jusqu’en 2019. Sophie FRIOT

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Black, Scholes et Merton ou la neutralisation mathématique du hasard

Philippe Alezard Avec Bachelier, la finance avait trouvé son intuition fondatrice : les cours de Bourse peuvent être pensés comme des mouvements aléatoires et les options comme des droits dont la valeur dépend de la probabilité des prix futurs. Avec Wiener, cette intuition reçoit une assise mathématique rigoureuse : le mouvement brownien devient un processus continu, doté d’incréments indépendants et gaussiens, capable de donner une forme à l’incertitude. Avec Markowitz, enfin, l’incertitude n’est plus seulement décrite ; elle devient l’objet d’une décision rationnelle, organisée à l’échelle d’un portefeuille. Il restait toutefois une question décisive : si le hasard gouverne les prix, est-il possible de donner un prix rigoureux à un contrat qui porte précisément sur ce hasard ? C’est à cette question que répondent Fischer Black, Myron Scholes et Robert C. Merton au début des années 1970. Leur contribution ne consiste pas seulement à produire une formule célèbre. Elle transforme la nature même de l’évaluation financière. Avant eux, une option apparaît essentiellement comme un pari : le droit d’acheter ou de vendre un actif à un prix fixé, dans un avenir incertain. Après eux, l’option devient un objet que l’on peut répliquer, couvrir et valoriser à partir d’un raisonnement d’arbitrage. Le prix n’est plus seulement une opinion sur l’avenir ; il devient la conséquence logique d’une stratégie dynamique de couverture. Le contexte intellectuel et financier des années 1960 et 1970 est essentiel pour comprendre cette rupture. Aux États-Unis, la finance est alors en train de devenir une discipline académique autonome. Les business schools se rapprochent des marchés, les bases de données de prix se développent, la théorie du portefeuille de Markowitz a fait entrer la variance et la covariance dans le langage des investisseurs, tandis que le CAPM (Capital Asset Pricing Model) de Sharpe, Lintner et Mossin cherche à établir une relation d’équilibre entre rendement attendu et risque systématique. Dans le même temps, les marchés d’options, longtemps dominés par des transactions de gré à gré, connaissent une mutation institutionnelle. En avril 1973, le Chicago Board Options Exchange ouvre ses portes et offre pour la première fois un marché organisé de contrats d’options standardisés sur actions. La publication du modèle de Black et Scholes intervient la même année, presque au moment exact où le marché avait besoin d’un langage commun pour coter, comparer et couvrir ces nouveaux instruments. Fischer Sheffey Black naît en 1938 à Washington D.C. Son parcours est moins linéaire que celui des économistes académiques classiques. Il étudie d’abord la physique à Harvard avant de se tourner vers les mathématiques appliquées et l’informatique. Il obtient un doctorat à Harvard en 1964 en mathématique appliquée avec une thèse consacrée[1] à ce que l’on appellerait aujourd’hui l’intelligence artificielle, à une époque où cette discipline en est encore à ses débuts. Rien, dans cette trajectoire initiale, ne le destinait à devenir l’un des fondateurs de la finance moderne. Pourtant, cette formation transversale, entre physique, calcul, logique et systèmes dynamiques, explique sans doute sa capacité à regarder les marchés comme des mécanismes formalisables. Après ses études, Black travaille notamment chez Arthur D. Little, cabinet de conseil où il rencontre Jack Treynor[2], l’un des pionniers de la théorie moderne du portefeuille et du modèle d’équilibre des actifs financiers. Cette rencontre est décisive. Treynor introduit Black aux problèmes financiers et l’encourage à réfléchir aux liens entre risque, rendement et équilibre de marché. Black développe alors une approche très personnelle de la finance : il s’intéresse moins aux institutions qu’aux forces abstraites qui doivent gouverner les prix si les opportunités d’arbitrage sont éliminées. Son esprit est celui d’un ingénieur théoricien : il cherche la contrainte cachée, la relation nécessaire, l’équation qui doit être vraie si le marché est cohérent. Myron Scholes naît en 1941 à Timmins, dans l’Ontario, au Canada, dans une famille profondément liée au monde des affaires. Dans son autobiographie Nobel, il insiste sur l’importance de cet environnement familial : très jeune, il s’intéresse aux échanges, à la comptabilité, aux probabilités et au risque. Une opération des yeux, durant son adolescence, perturbe sa scolarité et l’oblige à développer des méthodes de travail particulières, fondées sur l’écoute, la mémoire et la conceptualisation. Cette contrainte personnelle jouera un rôle important dans sa manière de penser : Scholes n’est pas seulement un technicien du calcul, il est attentif à la structure économique des problèmes. Il poursuit ses études à l’université McMaster, puis à l’université de Chicago, où il obtient son doctorat en 1969. Chicago est alors l’un des centres les plus puissants de la nouvelle économie financière. Eugene Fama y travaille sur l’efficience des marchés, Merton Miller sur la finance d’entreprise, Milton Friedman sur la théorie monétaire, et la tradition intellectuelle de l’université valorise les raisonnements d’équilibre, la cohérence des prix et la discipline imposée par les marchés concurrentiels. Scholes y reçoit une formation économique très différente de la tradition plus institutionnelle européenne : l’objectif n’est pas seulement de décrire les marchés, mais de déduire ce que doivent être les prix dans un monde où les agents exploitent toutes les possibilités d’arbitrage. Robert Cox Merton naît en 1944 à New York. Son père, Robert K. Merton, est l’un des sociologues les plus influents du XXe siècle, connu notamment pour ses travaux sur « la prophétie autoréalisatrice » et « les conséquences inattendues ». Le jeune Robert grandit donc dans un environnement intellectuel exceptionnel, mais choisit rapidement une voie différente. Il étudie d’abord l’ingénierie mathématique à Columbia en 1966, puis les mathématiques appliquées au California Institute of Technology où il obtient son MS en 1967. Il rejoint ensuite le MIT pour son doctorat en économie, sous la direction de Paul Samuelson. Ce point est capital : Samuelson est l’un des passeurs de Bachelier dans la finance américaine. À travers lui, Merton hérite d’une tradition où la physique mathématique, les probabilités et l’économie peuvent être réunies dans une même architecture analytique. Merton possède une maîtrise technique du calcul stochastique plus poussée que celle de la plupart des économistes financiers de son temps. Là où Black et Scholes construisent une intuition d’arbitrage d’une

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Pauline ROSSI, Le déclin démographique, une urgence économique – Editions PUF, 158 pages, 2026

Ce livre très synthétique traite d’un sujet qui occupe beaucoup l’actualité celui de la baisse de la natalité. Celle-ci préoccupe également la plupart des gouvernements depuis plusieurs années. L’angle choisi par l’auteur est intéressant dans la mesure où il se préoccupe essentiellement de l’impact de ce phénomène démographique sur l’économie qu’il impacte fortement. Ce livre se base sur des recherches récentes pour faire un diagnostic de la France avant d’élargir son analyse à un périmètre mondial. La baisse de la natalité en France est régulière depuis la seconde moitié du 18ème siècle avec une seule véritable parenthèse inversée durant les « 30 glorieuses ». L’accélération récente de cette baisse et l’augmentation du nombre de décès aujourd’hui conduisent à un croisement des courbes qui crée une inquiétude économique. Seul le solde migratoire important a permis de constater une progression de la population. Même si longtemps un nombre d’enfants par femme autour de 2,1 a été considéré comme un chiffre qui permet le renouvellement et la sécurisation des systèmes sociaux et de retraite, le chiffre actuel de 1,6 enfant par femme conduit à des inquiétudes. Cette évolution est globalement partagée dans la plupart des pays sauf dans un certain nombre de pays d’Afrique ou aux États-Unis dans le futur du fait d’une forte immigration. Cette situation factuelle va poser des problèmes de financement de la sécurité sociale et des retraites malgré une hausse du taux des actifs avec une hausse des personnes âgées mais en moins bonne santé. Tout ceci devrait conduire à une baisse de la croissance économique avec une main d’œuvre réduite, une baisse de l’innovation dans les entreprises ainsi qu’une augmentation de l’automatisation. Les gouvernements ont lancé des programmes pour essayer d’enrayer cette baisse de la natalité avec de nombreuses initiatives comme la sécurisation du travail pour les femmes ou des mesures fiscales mais celles-ci se sont avérées globalement peu efficaces, que ce soit pour des contraintes de temps avec en particulier des femmes qui travaillent plus mais aussi des contraintes biologiques avec l’arrivée d’enfants plus tardifs qui ont globalement baissé le nombre d’enfants par femme. L’alternative à cette situation est souvent l’intégration de populations issues de l’immigration qui ont globalement plus d’enfants même si cette solution est très controversée en termes d’acceptabilité sociale et d’impact futur. Les facteurs structurels de cette faible natalité sont très bien décrits avec tout d’abord la sociabilisation des risques qui permet un parallèle intéressant entre retraites et fécondité. En effet il y un paradoxe sur le fait que des retraites généreuses ne poussent finalement pas à avoir des familles nombreuses, l’émancipation des femmes a également réduit le besoin d’un nombre d’enfants importants ce qui pouvait être vécu comme une sécurité pour le futur. La baisse des mariages et souvent plus tardifs réduit la période de natalité ainsi que le célibat plus souvent subi que choisi et qui concerne en particulier les hommes sans enfants qui ont beaucoup augmenté. D’autre part un enfant est aujourd’hui souvent considéré comme un investissement parental aussi bien pour optimiser le temps qui lui est dédié que le financement de sa formation en privilégiant largement la qualité sur la quantité. Face à une évolution structurelle et dont le futur n’est pas complètement précis, l’auteur nous recommande d’adapter notre modèle économique et social à cette démographie. Il y a évidemment des opportunités liées à la décroissance en particulier environnementales même si l’impact de la quantité d’habitants doit être nuancé par le mode de vie constaté depuis les années 60. Cela permet également de rééquilibrer l’usage des ressources entre les pays riches et les pays en voie de développement avec des évolutions de la natalité assez différentes. À court terme cette situation doit permettre de faire des économies sur les finances publiques avec moins d’inactifs au chômage ou des financements moins importants en particulier pour l’éducation. Cette situation va également ouvrir des opportunités significatives de la « Silver Economy » pour de nombreuses entreprises. Pour s’inscrire dans une vision plus longue il convient néanmoins de préparer l’impact de cette décroissance sur l’économie : investir dans l’innovation et le capital humain pour augmenter la productivité, valoriser les compétences, mieux insérer les jeunes, mobiliser les seniors et réformer le système de protection sociale et de retraite (en particulier par des systèmes complémentaires). En conclusion, l’auteur fait un parallèle avec la prise de conscience récente du changement climatique et nous incite à nous organiser rapidement pour faire face à l’impact de la dénatalité sur l’économie à court et moyen terme. Pauline ROSSI est professeur d’Economie à l’Ecole Polytechnique Olivier STEPHAN

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Pierre-André BUIGUES,  La France à la loupe européenne, Eds Dunod, 2026, 220 pages.

Dans cet ouvrage grand public, Pierre-André BUIGUES dresse un portrait de la France à travers 11 angles d’analyse des grands défis économiques, sociaux et sociétaux. Chaque thème est éclairé par des comparaisons avec les principaux pays européens, étayées par des données et des analyses récentes. Il en ressort que la France se situe parmi les pays du Sud de l’Europe, souvent en retrait par rapport aux nations du Nord, comme l’Allemagne, qui se distingue par sa productivité élevée et sa rigueur budgétaire. Parallèlement, les pays de l’Est progressent rapidement, tirés par une compétitivité accrue et des coûts de production attractifs. Malgré une hausse du taux de pauvreté, la France se distingue par son système de redistribution, l’un des plus efficaces au monde, capable de réduire significativement les inégalités de revenus. Pourtant, elle reste le pays le moins industrialisé d’Europe, avec une productivité du travail et un niveau de robotisation insuffisants. L’industrie automobile illustre cette faiblesse : sa production de véhicules thermiques a chuté de plus de 60 % en 25 ans. À cela s’ajoutent un environnement réglementaire complexe et une surcharge normative qui entravent la compétitivité face aux exportations chinoises. L’auteur souligne à plusieurs reprises un manque criant d’investissements dans la recherche, l’innovation et la transformation numérique. Pour combler son retard, la France devrait porter ses dépenses en R&D à 3 % du PIB, contre 2,19 % en 2023. Contrairement à l’Allemagne, qui utilise ses investissements à l’étranger pour renforcer son économie nationale, la France a privilégié l’internationalisation de ses multinationales, dont les succès profitent peu au territoire. Un autre point faible mis en lumière est la gestion des dépenses publiques : malgré des budgets supérieurs à la moyenne européenne dans des domaines clés comme la santé ou l’éducation, les résultats concrets peinent à convaincre les citoyens. En conclusion, cet ouvrage, riche en données factuelles, offre une vision nuancée de la France : à la fois performante dans certains domaines, en difficulté dans d’autres, et parfois en déclin. Pourtant, des solutions existent, car le pays dispose d’atouts et d’un potentiel qu’il est urgent de mobiliser. Un livre à conseiller à tous les esprits curieux en quête d’une vision claire et documentée de la France d’aujourd’hui. Pierre-André BUIGUES est économiste. Il a exercé pendant 22 ans des fonctions de direction à la Commission européenne, puis comme professeur à la Toulouse Business School. Expert des questions européennes, il a également mené une activité de consultant international et de conseiller pour diverses institutions mondiales. Il est l’auteur de nombreux ouvrages de référence. Note de lecture réalisée par Sophie FRIOT

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