
Les effets paradoxaux des conflits géopolitiques sur la transition énergétique
Jean-Jacques Pluchart La hausse du pétrole

Paul SEABRIGHT, La divine Economie, Eds Markus Haller, 571 pages,2026
Au XXIème siècle, la religion prospère

ABDILLAHY M., Le chercheur en devenir. Voyage méthodique à travers les sciences sociales, Eds l’Harmattan, 2026.
Ce petit opuscule rédigé par un

David McWILLIAMS, Argent.- Une histoire de l’humanité , Bérengère Viennot (Traduction) 2026 , Presses de La Cité, 348 pages.
Objet de nos désirs, moteur de

Jean PEYRELEVADE, La France, du populisme au chaos, Eds Odile Jacob, 235 pages
L’ancien directeur adjoint de cabinet de

Rogoff Kenneth, Our dollar, your problem, Eds Yale University Press 2025, 345 pages.
« Notre dollar, votre problème » se lit

Les effets paradoxaux des conflits géopolitiques sur la transition énergétique
Jean-Jacques Pluchart La hausse du pétrole brut de plus 70% au cours des six derniers mois modfie- t- elle l’équation de la transition énergétique mondiale ? Le remplacement des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) par des énergies alternatives (solaire, éolien, biomasse), est en principe régi par leurs cours différentiels. Le niveau de 105-110 $ atteint en mai 2026 par le baril de pétrole brut (brent) devrait en principe rendre compétitives la plupart des énergies nouvelles, et les risques de pénuries entrainées par la fermeture du détroit d’Ormuz devrait inciter les pays européens et asiatiques à promouvoir leurs sources domestiques d’énergie. Malgré ces incitations, les décideurs des entreprises les plus consommatrices d’énergie semblent encore hésiter à engager les investissements à long terme nécessaires à chaque maillon de la chaine de création de valeur des différentes sources d’énergie : production, transport massif, distribution, consommation. Les cours boursiers des parties prenantes de ces chaînes restent encore sous-valorisées par rapport à ceux des groupes dominants des filières d’énergies fossiles. Les gouvernements des pays consommateurs tardent à mettre en œuvre des plans massifs de soutien du développement des énergies alternatives. Ces hésitations trouvent différentes explications. La volatilité des cours du pétrole brut et du gaz naturel est due à l’incertitude pesant sur les issues des conflits ukrainien et iranien. Une chute significative des cours consécutive à leur règlement compromettrait la rentabilité des projets engagés dans les filières énergétiques alternatives. Les investisseurs seraient-ils soumis à la théorie des jeux et à sa loi du minimum regret ? Dans les pays les plus endettés, comme la France, la marge de manœuvre pour soutenir l’offre et la demande d’énergie reste limitée. Le financement des investissements verts reste freiné par l’incertitude pesant sur leur rentabilité à long terme, sur les sources d’approvisionnement étrangères de certains composants et sur leurs infrastructures d’approvisionnement, comme dans le cas des voitures électiques et des panneaux solaires. Pour l’ensemble de ces raisons, si les derniers conflits contribuent à modifer les stratégies des acteurs privés et publics impliqués dans la transition énergétique, leurs issues improbables et l’inconstance des politiques publiques ne permettent pas d’en percevoir encore tous les effets.

Paul SEABRIGHT, La divine Economie, Eds Markus Haller, 571 pages,2026
Au XXIème siècle, la religion prospère dans le monde entier, malgré son déclin apparent dans certaines parties de l’Europe et de l’Amérique. Depuis toujours, les différents mouvements religieux se livrent à une concurrence acharnée pour la richesse et le pouvoir. Dans cet ouvrage, l’auteur affirme que les mouvements religieux sont une forme particulière d’entreprise et en tant que telles sont bien autre chose : ce sont des communautés, des objets d’inspiration ou d’inquiétude pour les observateurs extérieurs, des creusets d’ambition et de frustration pour les recrues, ou encore le théâtre des espoirs satisfaits ou déçus de ceux qui y investissent leur vie ou leur fortune. C’est la pluralité des services proposés qui a permis aux religions de se consolider et d’exercer leur pouvoir. Si l’on s’en tenait à la « promesse » du titre tendant à présenter les religions en tant qu’économie politique, on serait déçu. Mais l’on aurait tort. L’ouvrage est restreint sur ce sujet mais il est exhaustif en matière sociologique, et ce livre est une revue universitaire de l’histoire du développement des religions. Il ne s’agit pas de confirmer le concept de religion naturelle chère à René Guénon, mais d’expliquer pourquoi, hors de tout besoin spirituel, qui n’est pas nié mais pas traité ici, et comment les religions sont apparues puis se sont développées et consolidées ; depuis les religions spiritualistes jusqu’aux monothéismes historiques et actuels. Ce livre tente de traiter certaines questions difficiles de trois ordres : à quels besoins individuels ces mouvements religieux répondent-ils ? La religiosité est elle un ensemble de traits divers sans point commun ? Pourquoi a-t-on pu dire que les femmes sont e moyenne plus religieuses que les hommes ? pourquoi la religion semble être en déclin dans certaines régions du monde et florissante ailleurs ? Viennent ensuite les questions liées à leur organisation ? Viennent enfin les questions politiques portant sur le pouvoir, ses usages et se dérives. « Les religions doivent leur forme actuelle à la concurrence à laquelle se livrent ces plateformes de service pour attirer de nouveaux membres et de nouvelles ressources, concurrence qui détermine la marge de manœuvre des mouvements religieux et de leurs soutiens politiques pour leu siècle à venir. Le livre est structuré comme un document universitaire : au début de chaque partie et chapitre se trouve un résumé de ce qui suit. Cela rend l’ouvrage facile à lire, à comprendre et à retenir. Chaque personne intéressée par ce sujet d’actualité dans notre monde incertain travaillé par l’influence des religions, cet ouvrage sociologique de très haute tenue doit le lire ! Dominique Chesneau

ABDILLAHY M., Le chercheur en devenir. Voyage méthodique à travers les sciences sociales, Eds l’Harmattan, 2026.
Ce petit opuscule rédigé par un professeur d’université du Sénégal, mérite d’être lu par tous les étudiants africains. Il prodigue d’utiles conseils aux futurs chercheurs en sciences sociales destinés à rédiger un mémoire ou une thèse de doctorat. Comme dans tous les manuels, il définit ce qu’est une recherche scientifique, comment construire une problématique, dresser une revue précise de littérature, choisir un terrain d’observation adapté, sélectionner et appliquer une méthodologie de recherche robuste, présenter clairement les résultats – de préférence valides et rigoureux – des observations, puis les discuter en dégageant leurs apports théoriques et pratiques. L’auteur assortit ses leçons d’exemples concrets et de récits de vie empruntés à des problématiques africaines. Il ne fait étrangement pas référence aux nombreux ouvrages consacrés à l’épistémologie des sciences sociales. Il est rédigé dans un style précis et concis, comme il convient pour tout manuel pédagogique. Mais ce livre est plus qu’un guide méthodologique ; il est un message lancé à la jeunesse africaine impatiente de contribuer à la prospérité de son village, de sa région et de son pays ; il est une mise en garde contre les discours faciles et les idéologies improbables ; il est une incitation à acquérir des avoirs utiles, à exercer son esprit critique, à nourrir le débat public, à proposer des solutions enracinées dans la réalité sociale. « Le chercheur en devenir, par sa rigueur, son humilité et sa passion, devient un gardien de la liberté », «un acteur de la transformation de son pays ». Des leçons qui mériteraient d’être également administrées sur le Vieux continent. Mistoihi Abdillahy est professeur d’université en sciences sociales et président fondateur d’ADP Consulting. Jean-Jacques Pluchart

David McWILLIAMS, Argent.- Une histoire de l’humanité , Bérengère Viennot (Traduction) 2026 , Presses de La Cité, 348 pages.
Objet de nos désirs, moteur de notre génie… Et si l’argent était aussi la plus grande invention de l’humanité ? Saviez-vous que la piastre était l’ancêtre du dollar ? Que Hitler et Lénine s’étaient servis de la monnaie pour manipuler les foules ? Que Le Magicien d’Oz parle en réalité de la déflation associée à l’étalon-or ? Que notre avenir financier ne se trouve pas dans le bitcoin mais dans le crédit téléphonique ? Des grains d’orge des Sumériens aux cryptomonnaies en passant par les assignats révolutionnaires et l’invention du dollar, David McWilliams retrace d’une plume alerte et accessible l’histoire de cette invention qui – au même titre que la roue ou le feu – a façonné les relations entre les hommes. Loin des austères traités d’économie, David McWilliams nous montre que l’argent n’est pas qu’un instrument de pouvoir. Il peut aussi mener à la coopération et au progrès collectif. Il ne s’agit pas du premier ouvrage sur l’argent dans la littérature ni dans la liste des chroniques du Cercle Turgot. L’intérêt renouvelé de type d’ouvrage réside dans l’histoire de l’auteur et sa propre perception de l’argent. De cela découle le choix de continuum historique et des exemples. Certes, on commence avec une partie 1 dédiée à l’Antiquité et le fameux « pactole », on poursuite avec : l’argent au Moyen-Âge, l’argent révolutionnaire, l’argent moderne et enfin l’argent délivré (qui contrôle l’argent, la psychologie de l’argent, l’évolution de l’argent et la théorie monétaire moderne et le M-Pesa). Aussi sont abordées de nombreuses cultures qui ont contribué au développement de l’argent et les innovations que chacune a apportées. La maitrise de l’argent a coïncidé avec d’autres avancées majeures telles que l’écriture, le calcul le droit, la démocratie et la philosophie. Cette évolution soulève une question : l’argent a-t-il été al cause des autres développements ou ces développements ont-ils conduit à l’évolution de l’argent ? Lequel est la poule, lequel est l’œuf ? Telles est l’originalité de ce livre qui a été élu livre de l’année par le Financial Times : donner des éléments de réflexion pour tenter de répondre à la question. David Mc Williams est un auteur social, il a donc fait appel à de nombreux conseils et contributions, et exprime des opinions et… des erreurs qui sont les siennes et celles des gens cités dans le livre. Il ne s’agit pas pour le lecteur d’identifier les éventuelles bévues, mais de comprendre le cheminement intellectuel des contributeurs qui ont pu conduire à « des écarts par rapport à un consensus d’économistes spécialistes de la chose monétaire. Un ouvrage qui doit être lu par toutes personnes curieuses des idées et de leur interprétation et en l’espèce celles de l’argent et de la monnaie qui sont des concepts personnels. C’est un bien commun et un bien…individuel ! Dominique Chesneau

Jean PEYRELEVADE, La France, du populisme au chaos, Eds Odile Jacob, 235 pages
L’ancien directeur adjoint de cabinet de Pierre Mauroy, de 1981 à 1983, dresse un portrait pamphlétaire de la situation économique, sociale, politique et syndicale de notre pays. La démocratie est affaiblie, la société est fracturée, l’économie est en déclin, les finances publiques sont lourdement déficitaires, et le monde politique et syndical ne cesse de faire preuve de son incapacité à relever ces défis. La verticalité des pouvoirs à tous les niveaux, le refus du dualisme, le déni de la réalité, l’inculture économique, doublée de l’escroquerie intellectuelle de quelques-uns, ont poussé la France dans un désordre tel que la démocratie est menacée de disparition. La France n’est pas capable, par elle-même, de faire société. Les faits historiques postrévolutionnaires nous le rappellent : de la Terreur jusqu’à la IIIe République, qui s’installe après avoir vaincu militairement la Commune, la France se réforme dans les émeutes et le sang. Les différentes forces sociales et les nombreux partis ne cherchent qu’à accéder à ce pouvoir suprême de verticalité. Chacun défend donc ses positions dans son propre intérêt, sans se soucier du bien commun. Pour l’auteur, la situation actuelle n’est pas sans rappeler celle de la monarchie de Juillet. La crise qui nous menace est à la fois économique, financière et politique. Le déficit et la dette sont tous deux hors de contrôle, et notre appareil productif souffre d’un manque de compétitivité. Les organisations patronales et syndicales campent sur leurs positions, tandis que, du côté des responsables politiques, la gauche, encore profondément anticapitaliste, reste prisonnière du mythe des ultra-riches qu’il faudrait taxer toujours davantage, et la droite se berce d’illusions en pensant qu’il suffirait de baisser les dépenses publiques sans toucher aux dépenses sociales. Pendant ce temps, les extrémistes de gauche comme de droite, dont les programmes n’ont pas la moindre capacité de redressement économique du pays, font miroiter des idées de changement et de bouleversement de la société pour attirer les « derniers de cordée ». Pourtant, les solutions existent pour traiter chacun de ces problèmes. Elles sont connues, documentées. Mais qui, à gauche comme à droite, est prêt à exprimer et à expliquer ce qu’il conviendrait de mettre en œuvre ? Les solutions naissent du drame : c’est une habitude bien française. Alors, devrons-nous d’abord plonger dans le chaos, ceci étant le scénario le plus probable retenu par l’auteur, pour voir apparaître une fois encore l’homme ou la femme providentiel capable de résoudre les problèmes de fond et de changer enfin nos méthodes de gouvernance ? Jean Peyrelevade, Haut fonctionnaire, ex directeur adjoint du cabinet de Pierre Mauroy, Ex-Président de Suez, Banque Stern, UAP et Crédit Lyonnais. Économiste et conseil indépendant. Ph Alezard

Rogoff Kenneth, Our dollar, your problem, Eds Yale University Press 2025, 345 pages.
« Notre dollar, votre problème » se lit presque comme un roman, tant Kenneth Rogoff livre au lecteur un récit à la fois précis et technique de plus de quarante années passées au sein de cercles financiers de premier plan, universitaires et institutionnels, à l’échelle mondiale. L’expression originelle « our dollar, your problem » a été forgée par John Connally, alors secrétaire au Trésor des États‑Unis, au début des années 1970, lorsqu’il s’adressait à des dirigeants européens exaspérés à la suite de la suspension de la convertibilité du dollar en or par l’administration Nixon. À cette époque, les pays européens détenaient d’importantes quantités de bons du Trésor américain. Dans le contexte actuel de montée des tensions géopolitiques à travers le globe et de plusieurs conflits impliquant des pays historiquement dépendants du dollar sur les plans monétaire et économique, l’ère dite de la « pax », qui reposait sur le dollar « pour assurer la stabilité et la croissance pour un avenir indéfini », pourrait bien atteindre un tournant décisif. Quoi qu’il en soit, Rogoff suggère que la période antérieure à la pandémie laissera très probablement place à des phases accrues d’instabilité, de surendettement, d’inflation et de volatilité des taux de change. S’appuyant sur sa propre expérience, ses travaux et des prévisions particulièrement éclairantes, Rogoff explore les limites des précédents candidats susceptibles de remettre en cause la domination du dollar, en évoquant successivement l’Union soviétique, le yen japonais, l’euro et le renminbi chinois. Il formule plusieurs analyses intéressantes et pertinentes sur l’émergence de la monnaie unique européenne. Si, en théorie, l’euro disposait du potentiel nécessaire pour rivaliser sérieusement avec le dollar américain, il demeure aujourd’hui essentiellement une monnaie régionale. Les insuffisances d’une « union politique plus profonde », d’une « autorité budgétaire forte », d’un « système bancaire intégré » ainsi que l’absence d’une croissance soutenue au cours des dernières décennies figurent parmi les principales raisons que Rogoff avance pour expliquer les limites de l’euro en tant que véritable concurrent du dollar. Il considère toutefois le renminbi chinois comme une « menace à plus long terme et potentiellement plus redoutable pour le dollar ». Si, par exemple, les autorités chinoises décidaient de découpler le renminbi du dollar, cela entraînerait un basculement massif des économies asiatiques — très dépendantes du dollar pour leurs chaînes d’approvisionnement — en faveur de la monnaie chinoise. À elles seules, les économies asiatiques représentent près de la moitié du bloc dollar (hors États‑Unis) en termes de PIB pondéré. Cette hypothèse comporte néanmoins des défis majeurs pour la Chine, notamment l’essoufflement de son modèle historique de forte croissance, ainsi que les conséquences sociales et financières qu’impliquerait la réussite de trajectoires économiques alternatives. Quoi qu’il en soit, l’auteur estime que le découplage du dollar par la Chine est inévitable à terme. Dans plusieurs chapitres de l’ouvrage, l’auteur revient sur un point particulièrement saillant dans le contexte géopolitique actuel : la relation étroite entre la puissance militaire, soutenue par la technologie, et la force d’une devise. L’Europe, en particulier, accuse un retard significatif par rapport aux États‑Unis et à la Chine dans le domaine technologique, pourtant essentiel pour renforcer efficacement ses capacités de défense. Rogoff s’interroge à juste titre sur la capacité de l’Europe à déployer, avec la même rigueur et le même succès, une montée en puissance rapide de ses ambitions de défense que celle qui avait accompagné la mise en place de l’euro. Rogoff développe également la question des monnaies numériques. S’il reconnaît qu’elles peuvent concurrencer le dollar pour une part des transactions, leur impact resterait selon lui largement cantonné à « l’économie souterraine mondiale ». En tout état de cause, s’agissant des stablecoins, leur évolution restera, in fine, soumise à la régulation des pouvoirs publics. Quant aux monnaies numériques de banques centrales (MNBC), elles constituent un moyen d’accroître l’efficacité des systèmes financiers et l’inclusion financière, tout en pouvant servir de rempart contre une pénétration accrue du dollar dans les économies mondiales. La Réserve fédérale américaine s’est montrée relativement lente à lancer une MNBC : le dollar demeure la monnaie dominante à l’échelle mondiale et il semble exister une préférence consistant à laisser d’autres pays faire l’expérience des turbulences liées au lancement de telles devises numériques. Néanmoins, une initiative comme celle actuellement portée par la Banque centrale européenne pourrait constituer un levier significatif pour contester la domination du dollar. L’auteur conclut cette analyse remarquable en abordant les avantages conférés par la domination monétaire ainsi que la question d’un éventuel pic de la suprématie du dollar. Les bénéfices évidents d’un dollar dominant résident dans sa forte liquidité, liée à une demande soutenue et à son utilisation massive dans les transactions commerciales internationales. Rogoff souligne une nouvelle fois le lien établi plus tôt entre la puissance militaire et la domination monétaire : la prééminence du dollar permet aux États‑Unis de financer plus facilement leurs dépenses militaires et, surtout, leur offre une marge de manœuvre financière considérable en cas de besoin d’augmentation rapide des budgets de défense — une situation que nous observons clairement en 2026. S’agissant de la question de savoir si le dollar a atteint ou atteindra prochainement son apogée en tant que principale monnaie mondiale, l’auteur explique que tant que la Réserve fédérale parvient à maintenir l’inflation à un niveau durable et maîtrisé, et que l’endettement américain « hors de contrôle » reste contenu, rien ne devrait fondamentalement remettre en cause le statu quo. En revanche, un environnement politique instable, une dérive incontrôlée de la dette et/ou des pressions politiques réduisant l’indépendance de la Fed pourraient ouvrir la voie à une plus grande instabilité et offrir des opportunités à des acteurs périphériques — tels que la Chine, les crypto‑monnaies ou même l’euro — pour modifier sensiblement l’équilibre existant. En guise de conclusion, Rogoff rappelle dès l’ouverture de cet ouvrage majeur que les monnaies dominantes ne changent en général qu’une fois tous les uns à deux siècles. L’avenir dira si nous entrons dans l’ère d’un ou de plusieurs « nouveaux champions ». Kathleen Wantz‑O’Rourke Kenneth Rogoff, ancien économiste en chef du Fonds monétaire international de 2001 à 2003, est professeur d’économie Maurits C. Boas à l’Université de Harvard. Grand maître d’échecs, il siège