Jean-Jacques Pluchart
Le club Turgot a constaté depuis sa création en 1987 un déséquilibre statistique récurrent entre les auteurs et les auteures (ou autrices) dans la parution des ouvrages économiques et financiers francophones. Cette inégalité est-elle attribuable au processus d’orientation scolaire français ou à d’autres facteurs de nature plus sociologique ? L’enquête récente de la Chaire pour l’emploi et l’entrepreneuriat des femmes (Sciences Po Paris) sur la mixité dans les filières « sciences et technologies » – et notamment en sciences économiques – a tenté d’apporter une réponse à cette question. Les résultats de cette enquête ont été publiés par l’Observatoire du bien-être du Centre pour la recherche économique et ses applications (Cepremap).
L’enquète complète les dernières initiatives des pouvoirs publics en faveur de la mixité dans toutes les filières d’enseignement supérieur. Elle fait suite au plan d’action « Filles et maths », lancé par le ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, en mai 2025. Ce plan vise à soutenir la croissance dans des domaines porteurs tout en réduissant les inégalités notamment salariales. L’enquète a été conduite auprès d’un échantillon de 1400 élèves de terminale candidats et candidates à une inscription dans l’enseignement supérieur public ou privé, sur la plateforme Parcoursup en 2025.
Les résultats montrent clairement que les femmes sont moins enclines que les garçons à se diriger vers des filières scientifiques : les hommes représentent environ 70 % des candidatures aux formations en sciences et technologies (y compris en sciences économiques), tandis que les femmes couvrent 75 % des candidatures dans les formations en santé, sciences humaines et sociales, lettres, langues et arts. Les hommes sont plus nombreux à n’avoir aimé que des matières scientifiques dans le secondaire (29 % des étudiants contre 14 % des étudiantes).
Ces écarts s’expliquent par de multiples facteurs – comme des stéréotypes de genre, le rejet précoce des mathématiques, l’attraction d’emplois mieux rémunérés pour les hommes ou la recherche de flières de formation plus diversifiées pour les femmes – qui ne suffisent pas à complétement les expliquer. L’enquète laisse apparaitre que les femmes préfèrent en majorité sacrifier des carrières rémunératrices afin de pouvoir assouvir leurs passions pour des activités sanitaires, sociales ou culturelles. Ces préférences des filles seraient encouragées par les parents pendant leurs études secondaires, alors que ces derniers inciteraient plus les garçons à engager des études à terme plus rémunératrices. Paradoxalement, le manque de prescriptions parentales sur les choix des filles peut expliquer qu’elles suivent plus souvent leur passion et qu’elles se retrouvent ensuite plus contraintes sur le marché du travail.
Comment faire alors pour attirer les femmes vers les sciences et les technologies ? Les auteurs de l’étude plaident en faveur d’une plus grande diversification de ces études et d’une plus grande attractivité des méthodes pédagogoqies afin de susciter plus de passion chez les élèves notamment féminines. La présentation des apports des sciences et technologies dans le succès des transitions numérique, énergétique, écologique et sociale en cours et à venir , constituerait un des leviers en faveur d’une plus grande mixité des formations scientifiques.



