Depuis les ouvrages pionniers de Mc Luhan et de Patino, le thème des « négligences » est devenu un débat de société. Ce livre a le mérite de ne pas limiter les négligences à de simples défauts d’attention dus notamment à l’attraction des écrans ou à des boites noires algorithmiques. Il s’étend à tous les gestes quotidiens, comportements professionnels et attitudes sociales. Le sous-titre du livre « une économie de l’inattention » trahit bien l’ambition des autrices qui est d’ériger la négligence en discipline scientifique.
Si il y prète attention, le lecteur du livre découvrira qu’il existe des négligences coupables, naturelles, rationnelles ou irrationnelles… mais aussi, confortables (lorsqu’elles économisent du temps) et désirables (lorsqu’elles sont affectées). Le lecteur distinguera les négligents intellectuels, manuels, fonctionnaires, crédules, débordés, fatigués, assoupis… Il comprendra que la négligence ne peut être évitée dans le jeu démocratique, le management des organisations et le fonctionnement de la société, mais que, dans certains cas, elle contribue à de nouvelles inventions ou créations. Les formes de négligence se diversifient sous les effets des plateformes numériques qui pratiquent le nudge (influence douce), déployent des dark patterns (pièges de l’internaute) ou offrent de trop « bonnes affaires ».
Les autrices ne se limitent pas à des cas pratiques, elles déclinent les négligences des intellectuels, des décideurs, des crédules, des fatigués… mais aussi des citoyens et des élus pris dans le jeu démocratique, faisant ainsi preuve d’un certain sens de l’actualité politique française.
L’ouvrage mérite donc l’attention des citoyens-consommateurs par l’originalité de son propos, la pertinence de ses observations et la qualité de son style. Peut être les autrices se montrent elles à leurs tours négligentes en n’analysant pas les causes psychologiques et psychanalytiques de la négligence, ainsi qu’en n’évaluant pas ses effets destructeurs de valeur à l’échelle d’une famille, d’une entreprise ou d’un pays.
M.BACACHE-BEAUVALLET est professeure à l’ENS et à Telecom Paris. F. BENHAMOU est professeure émérite à l’Université Paris-Nord et à Sciences po Paris. Elle est présidente du Cercle des économistes.
Jean-Jacques Pluchart

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