Cet ouvrage est éminemment collectif : pas moins de 21 contributeurs, la plupart issus de l’université de Rennes (Comptabilité – Finance de l’IGR-IAE Rennes) pour analyser l’impact extra-financier des organisations.
Malgré des pratiques d’évaluation extra-financières institutionnalisées et un reporting systématique des grandes entreprises, ambiguïté et tension semblent déterminer l’évaluation de l’impact extra-financier des organisations. Ambiguïté de la place accordée aux évaluations par les organisations bénéficiaires lorsque les activités de l’agence Vigéo (agence de notation sociale et environnementale créée en 2002 avec Nicole Notat, ex-secrétaire générale de la CFDT) sont rachetées par Moody’s en 2019. Dès lors, il devient difficile de ne pas souligner le lien de subordination qui existe entre le financier et l’extra-financier.
Nous savons déjà que la finance s’inscrit dans la durée. Les auteurs mettent en évidence les tensions récurrentes entre performances financières et extra-financières, deux objectifs qui sont au centre de la finance durable. Trois pistes de réflexions sont envisagées : (i) promotion d’un nouvel équilibre entre ces deux objectifs, laissant plus de place à l’expression des parties prenantes, (ii) mise en place d’une règlementation plus pertinente, remplacer les mesures relatives ESG par des mesures absolues de performance extra-financière, (iii) détermination du niveau réel d’implication des parties prenantes pour porter des modèles d’affaires plus durables.
Si l’ambition avouée des auteurs est de constituer un support structurant pour le développement de partenariats dédiés à l’étude des enjeux contemporains de performance globale et de responsabilité des organisations, on peut dire que le livre arrive au bon moment. En effet, Patrick d’Humières, auteur de « Entreprise et géopolitique » ne manque pas de souligner que la demande d’information ESG est d’abord venue des investisseurs et que l’on ne peut que s’étonner que ce levier ne soit pas utilisé contre la submersion manufacturière chinoise pour « arrêter un dumping illégitime au nom des différentiels sociaux, environnementaux et de loyauté, contraires aux valeurs qui constituent le socle de notre modèle de société ».
Aurélien RAGAIGNE travaille sur le sujet des indicateurs extra-financiers et les situations managériales sujettes à des tensions et des paradoxes. Jean-Laurent VIVIANI porte ses recherches sur la finance d’entreprise, la gestion des risques et la finance durable. Hélène RAINELLI-WEISS est Directrice du Master Finance Parcours trésorerie et s’intéresse à la manière dont les théories des organisations peuvent aider à comprendre le fonctionnement de l’industrie financière.
Alain Brunet


