L’ouvrage témoigne des multiples talents de l’auteur, qui observe les dimensions consciente et inconsciente de l’administration publique.
Dans une première partie, l’auteur se présente en historien et en linguiste. Il retrace la généalogie de la notion « d’administration », initiée par Bonnin au XVIIIe siècle et inspirée par l’esprit des lois de Montesquieu et l’esprit de système de Turgot, puis enrichie par le positivisme d’Auguste Comte. Il rappelle avec Mirabeau que « l’administration est à la fois une science et un art ». Il redéfinit « l’éthique laïque » de l’administration, orientée vers le « bien du service », ordonnatrice des droits et des devoirs du citoyen et initiatrice d’un « lien social désincarné ». Il analyse le langage administratif, marqué par un certain « fétichisme verbal » et chargé d’une « violence symbolique ».
Dans une deuxième partie, l’auteur se livre à une psychanalyse de l’administration publique, qu’il estime frappée par un « symptome kafkaïen ». Il assimile la règle à un « surmoi administratif » et la compulsion de répétition du fonctionnaire à un « ça » freudien. Le préposé est animé par une passion réglementaire et des pulsions d’emprise. L’instance administrative présente donc un caractère disciplinaire, qui suscite chez l’administré, perdu dans le « labyrinthe bureaucratique », une « angoisse sociale » et une « inquiétante étrangeté ». Il montre que tout déreglement administratif – et notamment de l’ espace-temps de la « file d’attente » – provoque des affects chez les administrateurs et les administrés. Il montre que le « dossier perdu » est un acte manqué. Par une analyse saisissante, il transpose à «l’organisme administratif » le cas clinique de « l’homme au rat », analysé par Freud.
Dans une troisième partie, il devient critique littéraire, en rappelant les portraits – le plus souvent à charge – des mœurs administratives, qui ont été dressés par Courteline, Feydeau, Mirbeau, Melville, Gogol, mais aussi Balzac, Flaubert et Camus.
Les français se plaignent que la France est « sous-gouvernée et sur-administrée ». Ils réclament une simplification des procédures et un allègement des normes. Ils comprendront en lisant ce livre qu’il est simple de compliquer et difficile de simplifier, d’autant plus que le fonctionnaire et l’administré sont de plus en plus asservis à leurs pulsions mais aussi à l’Intelligence Artificielle.
Paul-Laurent Assoun (ENS Saint cloud) est psychanalyste et professeur d’université . Il a écrit de nombreux ouvrages et articles dans les différents champs des sciences sociales.
Jean-Jacques Pluchart


