L’auteure, grand reporter au Figaro, se livre à un exercice difficile et original : tirer des leçons d’économie de la littérature romanesque mondiale. L’exercice est particulièrement réussi car le livre enrichit ses lecteurs d’utiles connaissances économiques et de précieux apports culturels. L’auteure décline son parcours littéraire en relisant 18 ouvrages couvrant 6 périodes.
La première rapporte les leçons prodiguées par les auteurs de la Genèse (la malédiction du travail), Homère (le role de la monnaie), Hésiode (les effets de la misère), Thucydide (la finance de la guerre) et Petrone (la manipulation et la fraude). La seconde couvre les Temps médiévaux, avec Tristan et Iseult, le conte du Graal, le Roman de Renart et les ballades de Christine de Pisan, qui illustrent les conditions matérielles et sociales difficiles des paysans, des femmes et des bourgeois des cités et des foires. La troisième séquence est marquée par le basculement dans l’économie de marché, avec les analyses des œuvres de Shakespeare, Cervantes, Lafayette, La Fontaine, Rousseau et Casanova, marquées par des tensions entre intérêts financiers et amitié, règles du passé et de l’avenir, travail et rente, nature et culture, placement et spéculation. Le quatrième âge est celui du passage de l’économie à l’état de science avec les leçons économiques de Goethe, d’Austin, de Stendhal, de Balzac, de Dostoievki, de Zola, de Mann et de Wharton, qui décrivent les effets du capitalisme et des conventions sur les situations économiques des femmes, des bourgeois , des travailleurs et des consommateurs. La phase suivante est consacrée à London, (l’éthique du travail), Kafka (les excès de la bureaucratie), Yourcenar (la fin des religions), d’Akhmatova (le totalitarisme), Ayn Rand (l’individualisme), Perec (le consumérisme), Druon (le déclassement social), Pamuk (la standardisation) et Wolf (l’ambition). La dernière séquence porte sur la littérature du XXIe siècle, avec des livres de Houellebecque (l’attraction des plateformes), Adiichie (les migrations), Coe (les affres de la classe moyenne), Egan (le développement du numérique) et Koenig (les transitions numérique et écologique).
Le livre d’Anne de Guigné permet ainsi de redécouvrir ou de découvrir les pensées et les biographies d’auteurs ayant traversé leur siècle et de lois économiques traversant les siècles. Le style élégant et vivant de l’auteure confère au livre un caractère à la fois pédagogique et culturel.
Anne de Guigné est grand reporter au figaro, chargée des problèmes économiques, et auteure de plusieurs livres.
Jean-Jacques Pluchart


