POLITIQUE ECONOMIQUE DE LA FRANCE
Jean-Jacques Pluchart
Les français ont été récemment surpris par la publication du dernier rapport de l’OCDE sur les niveaux de consommation de ses 38 États-membres. L’enquête a révélé que, sur la base de la Consommation Individuelle Effective (CIE) par habitant , la France se situe au 13e rang des pays occidentaux, notamment après les États-Unis, le Luxembourg, la Norvège, la Suisse et le Royaume Uni, mais également après le Mississippi, considéré comme l’État américain le plus pauvre. Bien que modeste, ce rang demeurait toutefois meilleur que le classement au 25e rang de la France sur la base de son PIB en parité de pouvoir d’achat.
Ce triste constat a donné lieu à des débats entre économistes aux États- Unis et en France, auxquels ont participé notamment le Prix Nobel Paul Krugman. La controverse a surtout porté sur l’indicateur le plus approprié pour mesurer la consommation d’un ménage, pour la comparer entre pays et pour suivre son évolution. L’indicateur le plus simple et le plus ancien est le Produit Intérieur Brut (PIB) par habitant, qui mesure la création de valeur produite sur un territoire au cours d’une année (exprimée en valeur courante ou en parité de pouvoir d’achat ou PPA). Un autre marqueur courant est le Revenu National Brut (RNB), qui couvre le revenu des agents nationaux net d’amortissement du capital, et surtout le Revenu Disponible Brut (RDB) qui inclut les revenus d’activité (salaires, revenus des indépendants…), les revenus du patrimoine (loyers, dividendes, intérêts), les prestations sociales reçues (allocations familiales, retraites, chômage…) et les impôts directs (impôt sur le revenu, CSG, CRDS). Le RDB est généralement calculé par Unités de Consommation (équivalences au sein d’un ménage).
Mais le ratio considéré aujourd’hui comme le plus pertinent dans les comparaisons internationales est l’indicateur de la Consommation Individuelle Effective (CIE) par habitant, qui cumule trois composantes : la dépense de consommation finale des ménages (en alimentation, logement, transport, loisirs…) ; la dépense de consommation finale des ISBLSM ou Institutions Sans But Lucratif au Service des Ménages (associations caritatives, syndicats, cultes…) ; la part des Dépenses Publiques Individualisables ou DPI (attribuable à un ménage précis, contrairement aux dépenses collectives comme la défense ou la justice). Les DPI intègrent la santé, l’éducation, l’action sociale et le logement social, la culture et le sport (subventionnés). Les dépenses collectives (défense nationale, police, administration générale, recherche fondamentale…) servant la collectivité dans son ensemble, sont exclues.
Les évolutions comparées au cours des dix dernières années du PIB en PPA et du CIE sont particulièrement éclairantes. Elles montrent que la France recule régulièrement dans la classement sur la base du premier indicateur mais qu’elle reste stable sur la base du second, ce qui reflète le recul relatif (comparé aux autres pays) de la production et du revenu brut des français , mais que ce déclin est compensé par une augmentation des transferts sociaux sous toutes formes. Ce constat vient confirmer la politique des derniers gouvernements français qui se sont succédés depuis une dizaine d’années. Leur politique , plus que dans la plupart des autres pays de l’OCDE, est demeurée axée plus sur la consommation que sur la production. Cette « exception française » – comme toutes les exceptions – risque toutefois de n’être plus longtemps soutenable.


