Le 5 mars 1946, Winston Churchill prononça un discours dans lequel il dit « je ne pense pas que la Russie soviétique veuille la guerre ; ce qu’elle veut ce sont les fruits de sa puissance comme de ses doctrines. Nos difficultés et nos dangers ne disparaitront pas si nous nous voilons la face, si nous attendons de voir ce qui va se passer ou encore si nous pratiquons une politique d’apaisement ».
Ces réflexions d’un autre temps frappent par leur actualité. Le Kremlin veut redevenir la puissance redoutée qu’il a été dans le passé en réaffirmant ses droit sur des terres considérées comme ancestrales. Face à la montée des périls il est impératif d’avoir les idées claires, sur l’état de la menace, sur les modes d’actions adverses, sur nos biais d’interprétation et notre niveau de préparation.
Un danger autrement plus pernicieux est également à redouter : c’est celui d’une altération des systèmes démocratiques alors que l’intelligence artificielle va permettre un ciblage d’une rare précision et des manipulations de l’information d’une sophistication insoupçonnée. Pour l’Ukraine c’est une guerre de libération nationale, une lutte pour la survie de l’état et un combat pour la liberté puisque que le président Russe nie l’existence de la nation ukrainienne. La guerre a forgé une nouvelle Ukraine, éprouvée, épuisée mais unie et résolue. Le Kremlin utilise la guerre en Ukraine pour mettre en scène sa confrontation avec les pays occidentaux et accentuer les divisions du monde.
Ce qui est certain, c’est que dans la confrontation actuelle ne se jouent pas seulement la survie de l’Ukraine et la sécurité de l’Europe, mais bien la pérennité de la démocratie libérale, désormais assaillie de toutes parts. Face à un danger certe imprécis mais flagrant, parer au plus pressé est une nécessité ; imaginer le pire est un impératif catégorique. Sans cet effort d’imagination et un sursaut de volonté, le risque est grand d’être pris au dépourvu.
Car la Russie se prépare activement à la possibilité d’une extension de la guerre en Europe. Plusieurs indicateurs montrent que la Russie se prépare à une guerre prolongée :
Le budget de la défense qui représente 38% du budget de la Russie atteste que la priorité du kremlin est à la poursuite de la guerre, elle se réarme à plein régime tout en s’organisant pour améliorer ses approvisionnement et ses armements : elle fabrique 300 chars par an – la France qui est la mieux dotée possède 215 chars Leclerc. La Russie augmente la taille de son armée : 600 000 soldats contre 150 000 avant la guerre d’Ukraine. Une levée des sanctions donnerait une bouffée d’air à l’économie Russe.
Un régime militariste se nourrit de la guerre ; nombreuses sont les actions qui frappent déjà l’Europe et la France en particulier, il y a aussi les attaques contre l’intégrité du débat public visant à orienter l’opinion générale et il y a surtout les attaques contre la cohésion nationale.
L’Europe doit se préparer à une confrontation de longue haleine ou tous les coups sont permis.
Céline Marangé est chercheuse sur la Russie, l’Ukraine et le Belarus à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire, et membre associée du Centre de recherche en histoire des Slaves (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
Fiche de lecture réalisée par Michel Gabet


