Le rapport, commandé par les ministres français et allemand des finances, à Jörg Kukies et Christian Noyer, a été rendu public en janvier 2026. Le rapport FIVE (Financing Innovative Ventures in Europe) propose des mesures concrètes destinées à améliorer l’accès au capital des entreprises à forte croissance (scales’ups et pépites) en Europe. Il formule des recommandations concrètes sur l’accès au financement en phase avancée pour les entreprises européennes innovantes. Il vise l’objectif de renforcer la compétitivité de l’UE et de créer un marché européen des capitaux plus efficace et plus intégré.
Le constat
L’absence de leaders mondiaux européens dans certains secteurs de hautes technologies est un paradoxe, dans la mesure où l’écosystème des jeunes pousses du Vieux continent est dans l’ensemble solide. Les experts soutiennent que la capacité à transformer les start-ups en « pépites » est une condition essentielle à la compétitivité de l’industrie et à la souveraineté de l’Europe. Ils constatent que le déficit actuel de développement provient d’une pénurie de capital-risque en phase finale, d’un manque de réserves de capitaux adaptés, en raison notamment de l’insuffisance des retraites par capitalisation, de l’aversion au risque des investisseurs institutionnels, des contraintes réglementaires et de la fragmentation du marché européen des capitaux. Les auteurs soulignent que l’Union européenne est à un tournant critique, nécessitant « une action audacieuse et immédiate ».
Les propositions
Le groupe de réflexion formule cinq principales propositions.
- Les États membres de l’UE devraient développer des régimes de retraite complémentaire par capitalisation pour compléter leurs systèmes de retraite. En l’absence d’un réservoir suffisant d’épargne-retraite, l’Europe restera incapable de financer l’innovation à grande échelle. En s’inspirant de l’exemple suédois, les pays européens devraient entreprendre des réformes ambitieuses de leurs systèmes de retraite complémentaire afin de relever les défis du vieillissement démographique et du déficit de financement de l’innovation
- Une plus grande part du capital institutionnel et de détail existant devrait être mobilisée pour financer l’innovation. Il serait essentiel à court terme de débloquer les pools de capitaux institutionnels existants, notamment ceux des assureurs. Afin de promouvoir l’allocation des investisseurs institutionnels dans le capital-risque, des initiatives telles que Tibi et WIN devraient être déployées en Europe. La transparence et la liquidité sont d’autres obstacles non prudentiels qui devraient être améliorés.
- Le financement public national et européen des investissements dans les sociétés en croissance devrait être mieux adapté aux besoins en capitaux des scale-ups, et un 28e régime de droit des sociétés devrait être créé pour faciliter leur expansion transfrontalière et limiter les coûts de transaction.
- Les régimes d’options d’achat d’actions devraient être également harmonisés, notamment les cadres actuels d’inscription et de négociation.
- Les marchés des actions du Vieux continent devraient offrir des conditions de financement plus attractives. Des mesures devraient être enfin prises afin de renforcer l’attractivité des marchés boursiers européens. Afin de soutenir les cotations, l’UE devrait favoriser une intégration plus poussée et une liquidité accrue sur ses marchés.
Jean-Jacques Pluchart


